‹ La forêt des CippesChapitre 50 sur 181 · ON NAIT ESCLAVE I · texte numérisé non relu

ON NAIT ESCLAVE I

et que ce sens peut varier d'une personne à l'autre. C'était à l'auteur d'être assez explicite pour dissiper toute équivoque. Mais trois tableaux sur quatre consistent en râles et suffocations de poitrinaire, lectures et commentaires de la Bible, cérémonie funèbre à bord d'un paquebot, le texte est réduit à rien ; nous avons donc besoin de quelque éloignement pour considérer ce bloc à peine équarri et en déchiffrer les grands traits ; ce n'est qu'à tête reposée et en y réfléchissant qu'il devient possible de reconstituer la philosophie de l'auteur. Mais sur le moment, que fait le public ? Il bâille ou prend le change. Quand, à de rares moments, il s'intéresse, c'est que le dialogue est renoué entre deux des principaux personnages; alors l'intérêt renaît indépendamment de toute conception métaphysique ou morale, et le spectateur cède à Tattrait de la comédie pure et simple.

J'avoue bien volontiers que certaines scènes de quiproquos entre Mioche et son duc offrent, outre l'agrément du style, un plaisir d'ironie attendrissante qui n'est assurément pas méprisable; voilà de vraie comédie humaine. On souhaiterait donc que l'expérience démontrât à M. Pierre Berton qu'en matière de théâtre, pour les vétérans comme pour leurs cadets, il n'existe qu'une poétique et qu'un secret, qui est de faire converser des êtres humains par le moyen d'un dialogue qui répercute, en quelque sorte, leur monologue intérieur.

La mise en scène enchantera quiconque fut un jour porté sur l'Océan.

Avec Mioche, le nouveau spectacle, presque trop copieux, du Vaudeville comporte une comédie de

Pierre Gilbert. — II. 9

MM. Tristan Bernard et Jean Schlumberger, qui s'écoute avec peine. Des domestiques autoritaires et des maîtres terrorisés, ce sujet devait un jour être traité par M. Tristan Bernard qui prend pour le fin du fin le renversement des situations ordinaires de la vie, d'où il tire de gros effets mécaniques, de loin prévus et d'avance redoutés. Ce sujet devait donc être traité par lui, il vient de l'être ; on se console en songeant qu'il n'a plus à l'être.

THÉÂTRE DE L'ODÉON

L'Honneur japonais de M. Paul Anthelme.

Depuis mercredi dernier, le Japon est entré dans la littérature, ou, plus exactement, dans le répertoire de l'imagination populaire. Auparavant, il y avait bien les écrits des Concourt et les descriptions de Loti; mais ces écrivains s'ingéniaient à nous rendre les modes de sentir propres au peuple japonais encore un peu plus étrangers qu'ils ne le sont en réalité ; le dernier mot de Loti était d'effarement et d'incompréhension après tant d'efforts pour sonder les bords de l'âme nipponne ; et le bon lecteur hésitait à reconnaître des hommes dans ces êtres inexplicables.

Mais c'est fini ; ce temps est passé ; depuis mercredi, un événement s'est produit qui change toutes nos idées sur le Japon et les Japonais : le secret de leur âme est percé et nous leur sommes devenus fraternels. Cet événement, c'est la représentation au Théâtre national de FOdéon d'une pièce qui, sous le costume des anciens « samouraïs », montre l'homme et le type d'homme le

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