MIL NEUF CENT DOUZE
jaune qui, d'acte en acte, inévitablement, obsèdent les fils Touffe, sont autant d'heureuses indications d'un renouveau de la fantaisie; le reste, malheureusement, est faible.
Il y a plus d'ambition dans la tentative de MM. Charles Muller ' et Régis Gignoux, qui ont délibérément renoncé à l'allusion personnelle pour tâcher d'équilibrer des types représentatifs, de concrétiser des idées générales. Un instant, l'on put croire que l'esprit de Jary revivrait dans ces deux auteurs, dont l'un au moins est justement tenu pour un habile pasticheur; mais d'heureuses idées de scènes, comme le dialogue des gras et des maigres, la satire des professionnels du duel et des affaires d'honneur, le ballet des vices, l'ironique apologie de la troisième République, tournent court après une indication trop sommaire; quant aux autres scènes, quant aux autres idées, elles sont manquées, elles ont avorté : n'en parlons donc pas. Il fallait, pour réussir dans une telle entreprise, de la grandeur dans l'imagination, de l'énormité dans la bouffonnerie, et surtout de l'esprit passionné, toutes choses que la littérature ne remplace pas.
Au surplus, la mise en scène du théâtre des Arts va à rencontre des exigences du genre. On sait qu'une nouvelle esthétique décorative est née dans ce théâtre, à beaucoup d'égards excellente ; mais les tenants de cette école seraient volontiers enclins à confondre le style avec la pauvreté, la simplicité avec l'indigence. Les décors d'une Revue peuvent être schématiques, simplifiés et résumés, tant qu'on voudra ; ils doivent, avant tout, enchanter l'imagination par un air de féerie et d'irréalité; au contraire, ici^ la mesquinerie du décor
I. Charles Muller a été tué à l'ennemi le ler octoblre 1914. — E. M.
afflige l'esprit d'idées tristes et plates : comment, dès lors, cet esprit pourrait-il assez se libérer des impressions physiques pour s'adonner aux transports récréateurs de la fantaisie et du rire ?
Mais il faut beaucoup pardonner à des erreurs de début et, espérons-le au moins, de renaissance.
THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE
reprise de Diverçons
De la valeur de la pièce, on nous permettra de ne point parler : cela est cousu de ficelles, et seul le second acte est utile. Mais la pièce est jouée dans les costumes de 1880, et cela suffira pour que, de longs soirs, le public visite cette annexe de l'Exposition rétrospective du Costume (quelques détails, pourtant, de la mise en scène demanderaient à être revus).
M""' Marthe Régnier, M. Gaston Dubosc et toute l'excellente troupe de la Renaissance doivent renoncer à obtenir tous les applaudissements qu'ils mériteraient.
THÉÂTRE DE L'AMBIGU
Le Coquelicot de M. J. -Joseph Renaud.
Ce qui, à mon goût, fait le sel de cet ouvrage bon enfant, c'est la note d'espièglerie joviale et d'héroïque rondeur imprimée au principal personnage, lord Blakeney, descendant de Jacobites secourus par des gentilshommes français, après la bataille de CuUoden, et qui