‹ La forêt des CippesChapitre 59 sur 181 · LA CRISE · texte numérisé non relu

LA CRISE

cœur de Gisèle, comptant par le plus vil des marchandages obtenir le sacrifice de l'amour à l'ambition ; tantôt, par une feinte ignoble, il force Gisèle à révéler devant Laurent Bernard une ancienne erreur dont l'aveu pourrait tuer l'amour au cœur de ce dernier. Jamais ce qu'il y a de souple, de retors et aussi d'ingénu, de borné et comme d'innocent dans le maquignonnage parlementaire, ne fut plus fortement touché : MM. Bourget et Beaunier ont mis à nu un cœur pourri pour en laisser se dégager toutes les pestilences.

On reprochera peut-être aux auteurs de la Crise d'avoir subordonné tous leurs personnages au caractère central de Ravardin ; et je leur en ferai un mérite. En tout état de cause, le caractère de Gisèle Prieur est vrai et homogène : cette femme qui a besoin de s'assurer par le témoignage public de sa propre honnêteté, bien moins, comme elle le croit, à cause de son âge que parce qu'elle change d'amour, est criante de vérité ; quant au personnage de Laurent Bernard, s'il est moins expliqué, il ne sort jamais de la vraisemblance. Quoi qu'il en soit, les auteurs ont fait œuvre d'art en concentrant la lumière sur leur principal personnage, au détrimeat des comparses : c'est là une loi essentielle de la composition dramatique; et ceux qui ont bien osé reprocher à Racine d'avoir sacrifié ses Atalide, ses Xipharès, ses Hippolyte et ses Aricie, n'ont pas entendu que, dans le drame aussi, la perspective exige ces disproportions.

La Crise est interprétée par M™*' Jane Hading et Frévalles et par MM. Huguenet, Gauthier et Bour. Cette énumération nous dispense d'éloges auxquels nous ne suffirions pas.

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