LES CAPUCINES
Ce qu'on veut dire Revue de MM. Hugues Delorme & Jean Derymon.
Cest l'habitude, à Paris, d'inviter à la générale d'une Revue les personnes visées et souvent déchirées par les auteurs, et l'usage veut qu'à cette poUtesse perfide les victimes désignées répondent en venant, le sourire aux lèvres, se faire publiquement exécuter. Ainsi, récemment, devant toute une salle qui l'épiait, une jeune femme dut faire bonne contenance à des couplets qui touchaient à une douleur encore fraîche.
On n'oserait décider si le spectacle ainsi transporté de la scène dans la salle est plus ou moins cruel que les jeux du cirque; il est assurément du même ordre. Le public guette le mouvement de la colère, jouit de la souffrance avouée, tâche de percer le masque de l'indifférence ou de la bonne humeur ; et ce n'est pas toujours très beau. L'autre jour aux Capucines nous assistâmes ainsi à la torture publique des frères Isola. Arthur Meyer reçut aussi sa part. Le dessinateur Sem donna aux auteurs une déconvenue : il ne vint pas et fit bien.
— Eh ! quoi, encore une revue ? direz-vous. — Oui, et jamais ce genre, même dans sa forme la plus banale, ne sera déplacé aux Capucines; là, jamais il ne fatiguera. Ce théâtre n'est pas une salle de spectacle ; c'est presque un salon; il en a les dimensions, et aussi la composition; le public qui y fréquente a des goûts, des habitudes, j'allais écrire des mœurs; c'est un petit monde à l'esprit vif. La Revue, c'est-à-dire le défilé satirique des actualités et personnaUtés en vue, n'a pas de temple mieux