‹ La forêt des CippesChapitre 6 sur 181 · PIERRE GILBERT XV · texte numérisé non relu

PIERRE GILBERT XV

taire entendre même les « démons élémentaires » du désir, et qui peut donc suffire aux plus subtils et raffinés.

Les pièges les plus séduisants, ceux de la musique, seront évités, car au théâtre « l'émotion, le pathétique, toutes ces répercussions intérieures » que le poète dramatique est tenté d'envier au musicien, n'ont pas à être produits par les sons. Par la situation. Se vouant à la mort Iphigénie, et Polyeucte récitant les stances, font s'élever de la foule assemblée « un accompagnement perceptible ' . » Sainte diversité des arts pour produire la même beauté.

Dernier point : il n'y a nulle part plus fines et profondes remarques sur les difterents publics qui se sont succédé dans les salles de théâtre au xix« siècle, jusqu'à ce public contemporain, suspendu dans une attente jusqu'ici presque vaine. Je recommande à l'attention du lecteur, comme une grande page, celle oii Gilbert découvrant ce « groupe français assez homogène d'hommes d'affaires, financiers, chefs d'industrie, avocats, ingénieurs, rompus au maniement des hommes, habiles à se soumettre les choses » définit l'objet de son attente : un jeu compliqué, la vraisemblance la plus rigoureuse, une extrême précision dans l'imagination, une passion de l'observation psychologique, et la part de la fatalité réduite autant que possible par la force de l'esprit et de la volonté, Homo, homini lynx...

Ces idées qui reviennent sous la plume de Gilbert, il pensait les présenter au public dans le corps d'un volume où il aurait repris, et parfois revisé, la plupart des chapitres qu'on va lire, lorsque se précipita l'assaut ennemi*.

Chaque fois que Gilbert traite de l'un des chefs-d'œuvre de notre art classique, le lecteur sentira qu'il parle en maître, rompu dans la fréquentation des deux grands siècles et des

1. Voir en appendice, une analyse et un commentaire magistral du Phalène de M. Bataille, notamment p. 449 et suiv.

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