‹ La forêt des CippesChapitre 7 sur 181 · V. Appendice XVII · texte numérisé non relu

V. Appendice XVII

XVI AVERTISSEMENT

Anciens. Soit qu'il montre Corneille dans Nicomède affranchi par son génie des règles ordinaires du dialogue dramatique, soit qu'il indique un curieux parallèle de Molière et d'Euripide, soit qu'il dise des chœurs d'Athalie « qu'ils donnent l'angoisse du dénouement et font flotter autour du drame divin l'incertitude particulière de l'homme », soit que traitant deBajazet, il semble épuiser le sujet par une analyse de l'Art unique et l'étude des caractères ', soit que nommant le théâtre de Marivaux la Comédie des Aveux il définisse son style avec une chance inconnue avant lui, soit enfin que menant Bérénice au bord de la rampe il lui découvre un visage nouveau, vous verrez partout le sensible bonheur d'un homme enivré de considérer, dans les miracles de l'art, les images et la palpitation de la vie.

Cependant le théâtre classique ne remplit chez lui qu'un assez petit nombre de pages. Il s'était donné, au moins d'abord, la tâche d'appliquer à la production dramatique contemporaine ces mêmes principes généraux, fruits de l'expérience, dont l'ensemble constitue le classicisme.

Le lecteur verra qu'il y a réussi et que ce livre, unique du genre dans le jeune mouvement de renaissance littéraire, est à ce compte d'un prix inestimable.

I. Surtout de Roxanc : toutes les croix de la femme dédaignée, p. 20.

SUR CORNEILLE Nicomède.

La Comédie-Française ayant donné cette tragédie le 6 juin 1912, à l'occasion du 506' anniversaire de Corneille.

La destinée de cette tragédie mériterait un chapitre particulier, tant elle fut bizarre. De toutes les grandes oeuvres de Corneille, Niconiéde a peut-être été la moins souvent jouée, bien qu'à chaque résurrection son succès ait été éclatant. On ne peut donc attribuer qu'à sa mauvaise étoile le peu de persévérance des directeurs de théâtre à la maintenir sur l'affiche. Mais sa mauvaise étoile tient peut-être à ce que Nicomède se range dans une classe intermédiaire et ambiguë, entre la grande série de l'époque héroïque Le Cid-Polyeucte, et les œuvres déjà secondaires comme Rodogune et Pompa. Cette tragédie est seule à son rang, et cela fait sans doute que la postérité ne prit jamais la peine de déterminer ses justes honneurs.

Par exception, l'intrigue de Nicomède peut tenir en peu de lignes. La rappellerons-nous ?

Nicomède, fils de Prusias, roi de Bithynie, aime Laodice, reine d'Arménie. Mais à leur hymen, un double obstacle s'oppose. D'une part, la réunion de deux royaumes sous un seul sceptre inquiète Rome qui, par son ambassadeur Flaminius, traversera ce projet. De l'autre, Arsinoé, seconde femme de Prusias, suscite

des obstacles à ce mariage, sous couleur de favoriser l'amour de son propre fils Attale pour Laodice, mais en réalité afin de pousser Nicomède à la révolte, de le brouiller avec son père et d'obtenir pour Attale la succession de Prusias. Nicomède a commis une première faute en quittant l'armée sans permission, pour dénoncer au Roi un complot dont lui, Nicomède, faillit être victime et qui lui fut (mais faussement) révélé par deux hommes d'Arsinoé, Zenon et Métrobate. L'intrigue, assez ténue, roule, en dernière analyse, sur la déposition de ces deux traîtres : traduits devant le Roi, confirmeront-ils la version de Nicomède? Ou bien respecteront-ils jusqu'au bout le pacte conclu avec Arsinoé, et après avoir amené Nicomède à la Cour par le moyen de fausses révélations, se prétendront-ils subornés par le prince, afin de le perdre ?

Toute l'intrigue tient dans cette incertitude. Mais il est bon de dire qu'elle retient fort peu la curiosité du spectateur, qui n'y pense guère. Car Nicomède se passe presque entièrement en discours et altercations : c'est là que réside tout son intérêt, et il est permis de penser que la pièce ne fut écrite que pour ménager ces chocs violents et sonores de personnages éloquents et même grandiloquents. Quelques-uns des plus beaux discours, ■ disons mieux, les plus beaux discours de Corneille, se *' trouvent dans Nicomède. Et c'est très explicable. L'action ici tient peu de place. Les sentiments sont invariables ; les caractères ne se laissent pas entamer ; à telles enseignes que sans le coup de théâtre optimiste de la péripétie finale, la pièce ne pouvait se terminer que par regorgement sauvage et sans grandeur du plus noble par le plus fort. Comment, dans ces conditions, faire se rencontrer pendant cinq actes des personnages qui manifestement ne peuvent échanger que des invectives ou bien des voies de fait ? C'est ici que triomphe le génie ora-

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