HELENE DE SPARTE I
Grèce natale où tout mon cœur me précédait ! ...Je suis chez moi depuis un jour et les blocs tombent Du haut du fronton d'or que mon rêve a construit. Oh ! qui me rendra Troie et la rouge hécatombe. Des guerriers s'égorgeant en luttant dans la nuit? ...Car c'est ici, dans ma patrie et dans ma race, Par une vierge et par un frère, ici, chez eux, Que j'ai compris jusqu'où pouvaient aller l'audace Et le crime et l'effroi des amours monstrueux.
Mais, au fait, on peut très bien se passer de connaître l'argument d'Hélène, qui constitue en l'occurence l'accessoire et presque le superflu, tout l'intérêt se concentrant sur l'opposition de deux caractères, ou, plus exactement, de deux idées, représentées par Hélène et Pollux. Cela est si vrai que, quand approche la conclusion, l'auteur ne sait plus que faire d'un des personnages, Electre, qui lui furent pourtant le plus utiles pour promouvoir l'action. Au dernier acte, Electre sort de scène, faute de savoir qu'y faire, et sans que son destin soit fixé ni prédit, ce qui fait une grosse faute contre l'intérét dramatique. Mais c'est qu'à ce moment, ayant expédié son rudiment de drame, qui ne fut jamais qu'un prétexte, l'auteur ne désire plus que philosopher.
Je crois d'ailleurs que, dans l'intérêt même de cette philosophie, le quatrième et dernier acte devait être retranché, de sorte que l'auteur quittât son public au troisième acte, sur l'apothéose de Pollux, qui figure sans aucun doute le sommet pathétique du drame, parce que la fable et l'idée s'y épousent encore étroitement : au contraire, l'acte suivant paraît postiche.
Donc, le double meurtre de Ménélas et de Castor allume dans Sparte un commencement de sédition que Pollux apaise par la parole. Son discours, qui, à la représentation, me fit ressouvenir, assez à tort, du discours d'Antoine, dans Jules César, s'inspire tout de même assez
et d'Homère et de Ronsard pour frapper l'esprit, au moins par sa force dénuée de charme. « Hélène porte le meurtre avec elle, vient de dire un notable, elle est pour Sparte un danger », Pollux répond :
Ne parlez point ainsi et dites-vous plutôt
Que sans elle, la gloire et ses ailes fougueuses
N'eussent touché au front la Grèce et ses héros.
L'angoisse est nécessaire aux races qui sont fortes.
Et, pour grandir encor, il leur faut le danger.
Amis, rappelez-vous qu'à Troie, au long des portes.
Quand le soir s'étendait sur les champs ravagés
Et qu'Hélène marchait, seule, dans la lumière.
Ceux qui la regardaient passer, du haut des tours,
Disaient : « Que nous importent et la mort et la guerre.
Et la chute des corps sanglants sur le sol lourd,
Et le fracas entre eux et des chars et des armes,
Puisque rien de plus beau sous le ciel n'a vécu
Que la femme qui met en nos cœurs tant d'alarmes ? »
Ils raisonnaient ainsi, et c'étaient des vaincus !
Et ma sœur s'en allait sans ouïr leur louange,
Et vous, vous les vainqueurs, vous osez l'outrager.
Mais je veux oublier vos paroles étranges
Et ne voir en vos cœurs qu'un émoi passager.
Sparte doit ressurgir plus haute de l'Epreuve
Et du deuil où la plonge, hélas! la mort du roi.
Je ne dis rien encore de ce style (« au long des portes... » !) ni de cette versification. Je note seulement qu'à la scène, cette fin d'acte, avec son tumulte de guerre civile dompté par l'astucieux Pollux, produit assez grand effet. Mais à condition qu'on ne réfléchisse guère. Car Pollux, qui pouvait faire une si curieuse figure de politique olympien, ce fils de Jupiter et de Léda ne réussit le plus souvent qu'à représenter un simple traître de mélodrame, aux malices transparentes. Sa roublardise paraît enfantine, encore que l'idée de