‹ La forêt des CippesChapitre 65 sur 181 · POIL DE CAROTTE · texte numérisé non relu

POIL DE CAROTTE

ficence. Quant aux acteurs, c'est sans doute faire l'éloge d'une troupe, que de dire qu'elle comprend MM. Guy, Brasseur, Prince, Bourrillon et Silvestre, et M™" Méaly, Jeanne Saulier, Ariette Dorgère, Marcelle Yrven et Ugalde.

THÉÂTRE DE L'ŒUVRE

Dernière heure de M. J.-J. Frappa.

Le dernier spectacle du Théâtre de l'Œuvre nous a fait connaître une œuvre intéressante qui met en scène le monde des journalistes et contient une forte situation dramatique : d'habiles péripéties animent l'intérêt à tous les moments de la crise sentimentale, qui se termine par la double confession pathétique d'un vieux journaliste et de l'amant de sa femme, pour se dénouer par le suicide de ce dernier. Nul doute que cette pièce fournirait une bonne carrière sur une scène de boulevard.

COMÉDIE-FRANÇAISE

Reprise de Poil de Carotte de M. Jules Renard.

Il y a dans cette comédie, qu'on s'est peut-être un peu pressé de couronner chef-d'œuvre, une très belle et pathétique situation : c'est la découverte d'un père et d'un fils l'un par l'autre, au moment où le garçon devient un homme. L'émoi des premières confidences, le lent cheminement de la sincérité, la pudeur de cette

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franchise chez le père que la vie a froissé ; la volupté de cet abandon permis, si rarement goûtée par l'homme; telle pouvait être la matière de cet acte. Peut-être Jules Renard ne l'a-t-il pas traitée avec la fermeté et l'audace que requiert un chef-d'œuvre; en tout cas, il y a mêlé un élément bien inférieur : je veux parler des récriminations de ce père qui prend son fils pour confident et presque pour arbitre de ses petites misères domestiques. Le jeune Poil de Carotte, à un certain moment, prononce ce mot terrible : « Que veux-tu ? tout le monde ne peut pas être orphelin, » Pour qu'un tel mot ne semble pas partir d'un mauvais cœur d'enfant, pour qu'il produise tout son effet de pitié, il ne faudrait pas justement que son père, M. Lepic, ne parût qu'un pauvre homme mal marié; il faudrait que nous connaissions davantage et détestions le caractère de M""^ Lepic, qui, au contraire, demeure énigmatique et inspire plus de compassion qu'elle ne provoque de colère. Tel quel, ce mot d'enfant ne semble dicté que par l'insurrection de l'auteur contre le train le plus ordinaire et tolérable de l'existence, et il participe, par suite, de la faiblesse qu'il décèle dans ce cœur pfusillaninie.

THÉÂTRE DES ARTS

Jeannine comédie de M. Pierre Grasset.

Au Théâtre des Arts, une comédie d'un jeune auteur, déjà couronné de lauriers, a été accueillie avec toutes les marques de la plus flatteuse estime. Jeannine porte à la scène le conflit amoureux de deux frères, qui sont aussi deux auteurs et même deux collaborateurs. Le caractère

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des personnages, qui sont des intellectuels, a permis à l'auteur de donner tout son développement à l'analyse morale. Le drame est tout intérieur; et l'habitude de l'analyse confère aux acteurs une clairvoyance dénuée de complaisance. Il n'y aurait là rien à reprendre, sinon que l'élévation constante des sentiments et la tension du style peuvent nuire à l'émotion : l'air qui se respire sur ces sommets paraîtra glacé à certains. Je crois que M. Pierre Grasset, qui doit surtout désirer la critique au début d'une carrière si pleine de promesses, trouvera bénéfice à se rendre compte que, au théâtre, les sentiments, pour être dramatiques, (je prie qu'on pardonne ce truisme), doivent toujours tendre à des actes prévus par le spectateur. Le sentiment, à lui tout seul, ne suffit pas. Il doit être le signe et le présage d'actions auquel le public soit capable de prendre intérêt. L'acte, ainsi conçu, figure en quelque sorte l'ombre portée sur le rideau par le sentiment. Si l'ombre n'est pas visible, c'est que l'éclairage manque. Tel est le défaut de Jeannine; revers enviable d'une belle faculté : la puissance d'abstraction.

M"* Dermoz a fait de l'amoureuse Jeannine une création qui la mettra en vue.

THEATRE DE LA RENAISSANCE

Le Feu de Saint-Jean de MM. FoNSON & Wicheler.

On crut un moment (qui dura presque un acte) que la nouvelle pièce des heureux auteurs de Mademoiselle Beulemans, allait faire fourre. Mais à la fin du premier acte

Pierre Gilbert. — II. ii

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et durant tout le second, le Feu de Saint-Jean éclata soudain comme une bombe; et la fusée était trop bien partie et trop brillante pour qu'on prît garde, en dernier lieu, aux carcasses noircies et fumantes qui remplaçaient le feu éteint. Le Feu de Saint-Jean est une pièce déconcertante par sa gaucherie, sa lourdeur, autant que par son habileté et sa rouerie. A côté de quantité de traits de bonne comédie, on trouve des maladresses et des bévues qu'éviterait, semble-t-il, le plus neuf apprenti; puis l'on fait réflexion que ces parties mal venues procèdent de la même veine que les plus agréables du même ouvrage ; en sorte que le jugement reste suspendu. Mais la vérité, c'est que les auteurs ont constamment tâté le pouls au public, et que tantôt leur diagnostic a bien rencontré et tantôt mal.

Avec une telle méthode, la construction du Feu de Saint-Jean ne pouvait être que difforme, contorsionnée et monstrueuse. Elle est aussi tout cela. La plus grande partie du premier acte gagnerait, suivant un mot connu, à être retranchée. Puis, pendant un acte et demi, nous sommes aiguillés sur une piste qui n'aboutit à rien ; car je mets en fait que tout le second acte, plutôt que dans le Feu de Saint-Jean, trouverait sa place dans un ouvrage qui s'intitulerait Madame Tartuje, et c'est d'ailleurs la partie de beaucoup la plus forte de l'œuvre. Enfin, le dernier acte n'est qu'une berquinade qui commence par le poivre.

Il y a donc beaucoup d'idées dans cette pièce ; il y en a même trop. Il y a aussi trop de personnages, utiles ou inutiles. Les inutiles sont toujours de trop ; mais ceux qui ont leur emploi peuvent se gêner et se bousculer, en cherchant, à tour de rôle, à s'évincer du premier plan de la scène. Le dialogue, d'abord ouvert entre Madeleine la pécheresse et le jeune poète belge, se poursuit bientôt entre Madeleine et le papa Van Dael, pour

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