‹ La forêt des CippesChapitre 66 sur 181 · PERDREAU · texte numérisé non relu

PERDREAU

reprendre et se terminer entre le jeune auteur et Jeanne, la vierge innocente. Aucune continuité donc et presque pas de pièce ; mais de la sentimentalité à foison, du rire et des larmoiements, de gros effets, et un grand acteur. Cette recette n'est-elle pas assez bien conditionnée ?

M. Jacque, ce comédien belge dont la renommée a si rapidement conquis Paris, s'est chargé de prouver au public combien il avait eu tort de sourire des prétentions de Madeleine Germond, quand cette comédienne attribuait aux acteurs le succès des pièces.

LA COMÉDIE-ROYALE

L'orage qui, sur les dix heures, surprendra le flâneur au boulevard, lui rendra service en le chassant vers le réduit où se donne Perdreau, de M. Robert Dieudonné; Tlnoubliable Nuit, de MM. Grossmith et Max Dearly, et la Petite Dernière, « fantaisie d'actualité », de M. Dieudonné.

Perdreau.

Petit ouvrage qui n'a qu'un tort, c'est de faire désirer qu'il soit encore plus court. La mise en train est beaucoup trop longue en effet, le premier tableau qui sert à l'exposition (faux ménage à trois) ne réussissant pas une seule fois à accrocher l'intérêt et s'étendant bien au delà de ce qu'exigeait la clarté. M. Robert Dieudonné appartient à la classe des auteurs qui comptent, par la négligence ou le beau nonchaloir, donner l'impression de la facilité : leur erreur est grande. Leur paresse, en l'occurence, ne réussit qu'à exiger du public un trop

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gros effort d'attention, et l'ouvrage qui muse ne paraît que laborieux.

C'est grand dommage ici que l'auteur n'ait pas plus poussé l'esquisse. Le chantage qu'une petite femme peut exercer, par la menace du suicide, à la fois sur un mufle et sur le plus excellent des hommes, cette atroce comédie à trois, où le tragique fait irruption dès que la femme « mène », contient une forte situation, et par surcroît assez neuve. Tout ce que Molière eût su tirer de là ! — Mais c'est déjà très beau de paraître habiter l'ombre d'un si grand nom.

M. Marcel Simon et M"^ Betty Daussmond ont remarquablement interprété cette curieuse comédie.

L'Inoubliable Nuit..

Triomphe du comique pince-sans-rire et de l'effrontée mystification. Nul ne peut prétendre raconter cette pièce qui n'est écrite et ne se passe que sur les traits mobilesde M. Max Dearly. Mais l'on peut dire que le comédien a, dans sa propre pièce, surpassé l'auteur. Et encore fautil avoir vu l'Inoubliable Nuit pour bien saisir l'éloge renfermé dans ce comparatif.

M"^ Alice Nory est toujours la joie des yeux.

La Petite Dernière,.

Enfin, la Petite Dernière, honteuse d'elle-même,, comme son titre l'indique, est une « fantaisie d'actualité » qui fait tous ses efforts pour cacher qu'elle est une- Revue. M. Dieudonné a du moins réussi à fuir les sentiers battus. En outre, il s'est adjoint comme collaboratrice une chanteuse-danseuse' américaine. Miss Ethel Levey, qui possède un violoncelle dans le gosier et a del'âme jusque dans les jambes.

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