COMEDIANTE I7I
Hélas ! C'est l'arme de carton qui lui sert au théâtre. Le symbole d'une telle dérision n'échappe pas au comédien, qui, de désespoir, renonce à être tragique.
Je ne doute pas que ce coup de théâtre ne forme la raison d'être de ce petit drame : c'est ce mot de la fin, c'est ce geste du comédien tirant un poignard de carton, qui dut tenter l'auteur et l'inciter à coucher par écrit ses alexandrins sonores. Seulement, des deux situations, l'une fait tort à l'autre, l'une est donc de trop : et c'est probablement la dernière, celle à quoi, selon toute apparence, l'auteur tenait le plus. Ce poignard de carton, que prouve-t-il, sinon l'illusion et le factice qui forme l'atmosphère de la vie de comédien ? Il réduit à ses vraies proportions le désespoir (ou le dépit) amoureux de Rodomont. Mais alors la scène si cruelle, entre Isabelle et le pauvre cabotin, ce poignard trop réel qu'elle lui plantait dans le cœur, cette inique férocité de l'amour, que devient-elle, ne perd-elle pas toute son énergie, si Isabelle perd, de son côté, le pouvoir de torturer Rodomont et si le cœur du malheureux est également en carton ? Voilà aussi ce que c'est que d'écrire une pièce pour un geste, O romantisme !
M*"* Duluc,. pour ses débuts à la Comédie-Française, a obtenu le plus flatteur succès dans le rôle d'Isabelle.