THÉÂTRE DU GRAND-GUIGNOL
Spectacle nouveau.
Trois pièces gaies : le Grand Match, de MM. André Leroy et Paul Cartoux, agréable satire du monde de la boxe; le Sacrifice, fantaisie un peu lourdement sca-
breuse, tirée d'une nouvelle de M. Henri Duvernois, par M. Jean d'Aguzan ; la Bienfaitrice, de M. Paul Giafferi, amusante et ironique aventure d'un jeune homme qui devra sans doute à son ingénue bienfaitrice sa première et inoubliable déception. Deux petits drames corsent le spectacle.
Pendant Varmistice.
Pendant l'armistice a été tiré par M. Armand Charmain, d'une nouvelle assez connue de Guy de Maupassant, les Deux Amis. — Pendant le siège, profitant du premier armistice, deux amis, un pharmacien et un horloger, poussent jusqu'à la Marne pour se livrer à leur passion de la pèche à la ligne. Tout en péchant, ils devisent des malheurs de la guerre, l'un chauvin en paroles, l'autre ami de la paix et du calme qui fait aller les affaires. Mais les deux amis se sont, par mégarde, fourvoyés dans la zone allemande. Une patrouille les arrête ; et après interrogatoire sommaire, l'officier prussien se dispose à les relâcher quand, se ravisant, il imagine de leur arracher, par la menace de mort, le mot de passe des avant-postes français. Le patriotisme verbal du pharmacien s'évanouit sur l'heure et l'homme proteste en tremblant que ce mot de passe, il l'ignore. On le fusille pour intimider son compagnon l'horloger, qui mourra pourtant plutôt que de manquer à l'honneur. Ce petit drame, rapide et sobre, fait impression. Mais il risque d'égarer le public sur son vrai sens. Maupassant voulut nous mettre en garde contre l'abus des manifestations cocardières et chauvines qui endorment la vigilance d'un peuple et par l'Empire amenèrent les désastres dont tous les écrivains de la génération de Maupassant reçurent une secousse profonde. Il pouvait alors y avoir intérêt à exalter l'horloger pacifiste et