UN SOIR DE PAQUES I
THÉÂTRE DES VARIÉTÉS
Spectacles d'été.
Un soir de Pâques
La « légende roumaine » de MM. Albert Keim et Alfred Gragnon, ne serait pas déplacée au Grand- Guignol. Et c'est le tort de toutes ces pièces, pour une seule minute, pour une rapide vision d'épouvante, d'avoir les préparations de toutes les plus laborieuses. Pour sentir pleinement l'horreur d'une situation ou d'un simple tableau, le public a besoin d'autant d'explications et d'informations que dans une comédie psychologique. Mais rien n'est alors si languissant et fastidieux que cette exposition à froid d'événements et parfois de sentiments qui voudraient être sinistres et ne sont que surprenants, à moins que rien ne soit si comique et par le fait satfsfaisnnt, puisque cette loi de la clarté, qui contraint l'auteur à se rendre intelligible, avant de prétendre faire peur, marque en somme la supériorité de l'esprit sur les nerfs, qu'on ne peut faire marcher sans avoir.au préalable circonvenu l'intelligence. Seulement on la prévient trop sommairement et avec l'évidente volonté d'expédier une formalité fâcheuse.
',} L'exposition à'un Soir de Pâques a semblé tout particulièrement longue. Et parce que l'auteur subit cette lo i comme un joug, il fait retomber et peser sur l'innocent spectateur la charge de son embarras. Il ne fallut pas moins, en e ffet, de trois faux départs avant qu'enfin la piè ce s'ébranlât.
Tout cela pour que nous trouvions naturel, une fois le vieux juif demeuré seul, de voir ceci : tandis
FiEBRE Gilbert — !I 12
qu'Abram compte ses écus, il entend des voix autour de sa maison ; puis à sa porte un bruit se précise, celui d'une scie, et bientôt un morceau de la porte tombe à ses pieds; par le trou, passe une main qui veut ouvrir la porte, et le vieux juif s'attend à être égorgé et détroussé ; quand, soudain, il avise un licol fixé à un crampon scellé et en ligote la main pillarde ; le voleur crie et se démène ; ce sont des hurlements de douleur qu'il poussera quand le vieux allumera sous la main un cierge qui la brûlera à petit feu. Le rideau tombe.
La difficulté et l'intérêt de cette pièce tenait principalement à la mise en scène : si l'on avait inventé quelque machine qui nous montrât une main lentement carbonisée, le spectacle aurait, je crois, pleinement rempU son but; au lieu de cela, on nous expose simplement une main qui s'agite, mais ne se calcine pas. C'est bien peu de chose, en vérité, en cette année 19 12; et ce pauvre spectacle est bien dépassé par l'imagination. Pourtant la marche générale de l'ouvrage, même lente et laborieuse, ferait encore quelque impression de cauchemar bénin, si le principal interprète ne s'appliquait constamment à détourner l'attention du public du drame sur l'acteur : on sait qu'il n'est pas de meilleur moyen de rompre l'illusion.
Les Amoiirs et Ovide
Les trois auteurs, MM. Mouézy-Eon, Auzanet et Faral, tenaient un assez bon sujet de comédie, du type Don Juan joué. Par mégarde sans doute, ils ont omis de la traiter, distraits qu'ils étaient par toutes les fleurs du chemin. C'est toujours un danger de tirer de l'histoire, surtout de l'histoire littéraire, ses personnages : les allusions et réminiscences historiques fournissent aux auteurs de riches broderies qui peuvent leur faire