NOUVEAU THÉÂTRE D'ART
(Salle du Palais-Roj'al).
Une fantaisie sentimentale qui met aux prises une jeune femme étourdie avec un fort mauvais sujet, un drame du Grand-Guignol et une comédie antique, il semble que voilà la dernière recette pour les spectacles coupés.
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Les Amants de Pontoise
Le mystère de l'amour, qui, dans une foule, fait élire par le cœur un seul être, souvent indigne, mais qui touche, et cet autre mystère de la jeunesse et de la pureté de cœur, qui se sauve intacte de tous les bourbiers, ce sont de beaux sujets, qui méritaient un poète. M. de Riberolles ne les a guère élevés plus haut que la comédie de paravent.
Le Valeureux Poltron
L'essai d'adaptation que M. H. Dargel a tenté du Miles gloriosus de Plante, a parfaitement réussi. Le transcripteur a su conserver de l'auteur ancien la verve, le mouvement et un certain ton comique qui me paraissent du plus haut prix. Son parti pris de moderniser le dialogue tout en respectant le cadre, les personnages et les costumes antiques, sera le plus discuté. J'estime qu'à la comédie, presque toutes les licences peuvent être concédées, à condition qu'elles réussissent. M. Dargel a-t-il toujours bien rencontré ? Non, sans doute. 0\i il m'a paru le moins heureux, c'est dans sa fureur d'anachronismes. L'anachronisme matériel, celui qui ne consiste qu'à prêter aux anciens notre vocabulaire, notre argot ou nos tics, me paraît être la pire forme de l'esprit de mots. Mais l'anachronisme moral qui, sous la convention du costume, fait transparaître l'homme éternel, est infiniment précieux et heureux, et peut avoir une grande force comique. M. Dargel n'a pas toujours distingué, ni choisi, entre ces deux formes ennemies.
Le Cachet rouge La part qui revient à M. Lenormand dans sa collabo-
LE CACHET ROUGE l8l
ration avec Vigny est importante. Il n'a retenu du livre (Laurette, dans Grandeur et SeiTittide) que l'anecdote; toute la construction dramatique, iort habile, est de lui, et je constate que son ouvrage a produit une grosse émotion.
Seulement, c'est la moralité, c'est l'esprit qui m'en parait contestable et même odieux.
Demander à Vigny, qui ne peut plus intéresser que par le tour de sa sensibilité, par cette pudeur orgueilleuse qui n'allait pourtant pas jusqu'à lui faire jeter la plume, demander à Vigny des leçons de pensée peut bien passer aujourd'hui pour une assez folle tentative. Vigny est peut-être l'écrivain qui conçut la manière la plus pernicieuse d'admirer l'armée et sa discipline : les motifs qu'il produit de son admiration se résument toujours plus ou moins à saluer dans la discipline une belle barbarie (le mot est de lui). Et l'on ne peut comparer à cette singulière contradiction, à cette annulation d'un jugement par ses « considérants » que le grand talent de parole déployé par Chateaubriand dans le personnage de fossoyeur pompeux de la monarchie. Tous les exemples choisis par Vigny pour caractériser et exalter la servitude de la discipline, confinent à l'odieux ou au stupide. Son livre ressemble à une galerie de monstres ou de caricatures. C'est l'exception, c'est l'anomalie prise pour norme et pour règle. Nous permettra-t-on d'appeler romantique ce vice d'esprit, qui pourrait bien venir d'une dépravation du cœur ?
On se rappelle que Lauretle raconte l'histoire de ce capitaine de vaisseau qui, sous le Directoire, par soumission à la discipline, fit exécuter à son bord un jeune homme, marié depuis peu, et pour qui il s'était pris d'amitié, que le Directoire lui avait ordonné de faire fusiller en pleine mer. Le capitaine n'ignore pas le motif
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misérable de cette condamnation : quelques couplets contre le Directoire. C'est de cette basse vengeance qu'on lui enjoint d'être l'exécuteur. Son jugement sur les hommes du Directoire se formule avec énergie et sans indulgence; et il résume lui-même en ces termes sa situation tragique : « Jamais le capitaine d'un bâtiment ne sera obligé d'être un bourreau, sinon quand viendront des gouvernements d'assassins et de voleurs, qui profiteront de l'habitude qu'a un pauvre homme d'obéir aveuglément, d'obéir toujours, d'obéir comme une malheureuse mécanique, malgré son cœur. » Une remarquable impropriété de langage sert à Vigny pour compliquer un cas qui peut paraître simple. Au lieu de obligé^ je voudrais lire conduit; et après malgré son cœur, il me semble qu'un soldat attendrait quelques mots comme ceux-ci : malgré sa raison et contre l'intérêt bien entendu de la discipline et tontes les traditions de l'honneur militaire. Mais l'esprit du livre semble indiquer que Vigny a bien moins prétendu poser un cas de conscience que citer un exemple de fait. Le capitaine ne délibère pas, balance à peine. « Je sentis la colère me prendre aux cheveux et, en même temps, je ne sais quoi me faisait obéir et me poussait en avant. » Et Vigny commente : voilà la discipline.
M. Lenormand en use différemment. C'est un cas de conscience qu'il veut débattre en scène, et tranche, bien entendu, dans le même sens que Vigny. Mais tandis que l'auteur de Grandeur et Servitude se contente d'exposer le fait en appelant dessus une admiration un peu eifrayée, M. Lenormand, jugeant peut-être trop peu communicative l'émorion de Vigny, qui ressemble, il est vrai, à une goutte d'essence (la larme d'Eloal) emprisonnée dans un épais cristal, a voulu que notre raison, confirmant le mouvement de cœur sollicité par Vigny, se choquât assez vivement contre notre instinctive réprobation