‹ La forêt des CippesChapitre 76 sur 181 · PETITE PESTE · texte numérisé non relu

PETITE PESTE

de cet assassinat, pour que l'éclair jaillît et réchauffât l'atmosphère de sa pièce. Il spécule donc sur notre légèreté; car, pour se rendre à ses spécieuses raisons, il faut ne pas prendre garde qu'il confond la discipline telle que d'aventure elle peut se rencontrer, avec ce que régulièrement elle doit être. Vigny n'a fait que dépeindre la perversion du sentiment de la discipline : M. Lenormand habille cette erreur en divinité et à l'idole sanguinaire sacrifie l'infortuné Marcel. Mais si le public s'aperçoit de la supercherie ? Mais s'il se rend compte que la maladie décrite par Vigny a même à peu près disparu, en sorte que cette ankylose de la discipline non seulement n'a jamais été vénérée, mais n'est plus aujourd'hui à craindre ? — Eh ! bien il refusera sa sympathie à des héros si contestables. Et il ne restera guère que l'impression faite sur nos nerfs par le bruit d'une fusillade et l'odeur de la poudre.

THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE

Reprise de la Petite Peste comédie de M. Romain CooLUS.

Cette ancienne pièce de M. Romain Coolus, qui met en scène tous les personnages ordinaires de cet auteur, plus un, celui de la jeune fille mal élevée, proche parente de la Petite Chocolatière, ce type de femme qui, à dire le vrai, commença de peupler les théâtres le jour que le talent de M™^ Marthe Régnier parut digne d'inspirer d'habiles industriels, bien plutôt qu'il ne répond à une exacte observation de la jeune fille contemporaine.

Au fait, « tous les personnages » de M. Romain Coolus se réduisent à deux, et son type même de « petite peste » tire sensiblement sur l'un des deux.'

184 CHRONiaUE DE LA SCÈNE EN I912

Ces deux personnages sont : d'une part, la femme, l'éternelle « enfant malade » ', dénuée de raison et sans conduite, trompant à corps perdu son mari qu'elle adore, et de l'autre, l'homme supérieur, protecteur,^ mais timide et martyrisé par l'incondaite de sa femme, qu'un mot de lui pourtant suffirait à ramener dans le devoir. (Mais ce mot, il se garde de le prononcer, et c'est, paraît-il, le fin du fin, à moins que ce ne soit l'absurdité même.) Ces deux personnages schématiques possèdent donc en commua un caractère ou plutôt une tare : la veulerie, qui les dispense de cohérence et permet à l'auteur le truquage et le faisandage. Les situations, à peine esquissées, s'escamotent. Et l'esprit de mots, les tirades, les dissertations alambiquées, enfin tout le clinquant oriental qui sert à cet auteur d'alibi fallacieux, remplit tant bien que mal les interstices du canevas dramatique. Mais la particularité de Petite Peste tient à ceci que, ayant à inventer un caractère nouveau, celui de la jeune fille moderne, réputée entreprenante et plutôt impavide, M. Romain Coolus n'a pas pu s'empêcher de retomber dans son ornière, dans son vice. C'est encore une timide, une hésitante et une menteuse qu'il peint sous la figure de sa Marceline, tandis qu'on attendait une effrontée délurée. Ainsi tout de même que Paule Chameron, miroir de l'honneur conjugal, accepte, malgré son grand amour pour son discret et infortuné époux, le rendez-vous d'un certain Chancelet et l'idée même de la trahison, de même Marceline, modèle des jeunes filles, ne rougit pas, encore qu'éprise du timide et dolent Chatelouvc, d'abandonner à un bellâtre d'enviables prélibations. Fausse symétrie, maniérisme, procédé et mécanique, c'est donc là tout ce théâtre. Il n'y manque assurément que la vie.

I.V., au tome I, le Sèmitisvie au ihcdtrc, notamment p. 219 et suiv- — E. M.

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