IMPRESSION DE RENTREE
En remettant les pieds, pour la première fois de la saison, dans une salle de répétition générale, on pense comme ce serait charmant de rentrer dans cette vie de théâtre, si seulement on avait l'espoir d'y passer ses soirées dans un air français. En temps normal, on imagine qu'une salle de répétition générale, dont la composition en gros ne varie jamais beaucoup, pourrait être comme un salon parisien ambulant. Mais y a-t-il e?icore des salons? Existe-t-il toujours un Paris? En tout cas, il est certain que pour un homme né « chrétien et français », ayant à Paris ses attaches et respirant tout le jour son air natal, c'est sortir de sa patrie et franchir la frontière que de passer la porte d'un théâtre, le soir d'une première ou d'mie répétition générale.
Quels charmants plaisirs l'invasion étrangère et juive détruit donc ! fe ne dis pas seulement plaisirs de société : un couloir de théâtre ne ressemble plus qu'à un coin de la Bourse ou d'un ba:^ar, qui ressemblerait au coin d'un bois ; mais plaisirs d'esprit et de critique. Ces salles où les rassemblements de juifs et d'Allemands, par moments, forment comme des léproseries, elles ne réagi'isent pas comme le public français, elles privent donc le critique du plus vivant dialogue, celui de l'acteur avec le spectateur. A Madrid, an théâtre, un Français se sent che^ lui davantage qu'à Paris.
Septembre
Les Yeux ouverts comédie de M. Camille Oudinot.
Le sujet en est scabreux, et, comme si ce n'était pas assez, l'auteur en a détaillé les parties tristes et honteuses avec une grossièreté inconsciente et morne, avec une crudité, dirai-je, sans verdeur, mais aussi sans ragoût. Qu'on me comprenne : il y a une manière d'être licencieux et libertin, qui en excitant l'esprit, soit par la verve, par le tour, ou par l'ironie, le soustrait à l'oppression de la matière, à l'ascendant de la bestialité. On peut dire d'un certain art de parler librement que relevé en saveur, il l'est aussi en dignité. Eh bien, la manière de M. Camille Oudinot se tient à l'antipode de cet art indispensable : elle est lourde, elle est vulgaire, elle est triste. Il parle froidement, comme il décrirait les mœurs de la planète Mars, de certains actes auxquels, depuis bon nombre de siècles, la pudeur attache quelques voiles.
Il y a beaucoup de pédanterie dans le cas de M. Oudinot. Il est assez clair que sa comédie s'est combinée et arrangée dans sa tête comme les pièces d'une mécanique. Les Yeux ouverts sont un produit cérébral. A