LA PRISE DE BERG-OP-ZOOM I
comique de la Prise de Bcrg-op-Zoom se réduit à ceci : le principal personnage, Charles Hériot, réunit la double qualité d'amoureux soupirant et de commissaire de police. Les autres acteurs ignorent la dualité du personnage; d'où méprises et quiproquos dont toujours l'homme s'esclaffera depuis l'âge de raison jusqu'à l'article de la mort. Charles Hériot, qui, depuis des mois, poursuit vainement, d'ailleurs sans être connu d'elle, ^me Paulette Vannaire, reçoit de cette dame, en sa qualité de commissaire de police et à l'occasion d'une affaire indifférente à la clarté de ce récit, une demande d'audience. Là-dessus, le galant vient à rencontrer la dame, et vous devinez ce qu'il ne manque pas de lui dire : « Je vous attendrai demain, à quatre heures, chez moi. » Protestations de la dame. « Je vous répète, Madame, que vous le vouliez ou non, que demain, à quatre heures, vous serez chez moi. — Mais, Monsieur... » Le lendemain, à quatre heures, la dame se présentant chez son commissaire de police, reconnaît son amoureux : « Vous voyez bien, Madame, que j'avais raison de dire que vous viendriez chez moi, aujourd'hui, à quatre heures... »
A un autre moment, le mari ayant surpris sa femme en conversation téléphonique avec un galant, fait appeler le commissaire de police qui est ce galant même, comme vous le savez déjà. « Monsieur le Commissaire, il est quatre heures, le galant de ma femme ne tardera pas à se présenter ; je m'étonne même qu'il ne soit pas ici. — Etes-vous sûr. Monsieur, qu'il n'y soit pas déjà? » Le premier bateleur qui fit rire des badauds attroupés devant ses tréteaux ne dut pas, on en jurerait, user de moyens très différents.
Il serait du dernier ridicule et de la plus déplaisante prétention de vouloir rabaisser ce genre de comique. Les farces de Molière ne sont rien autre justement que
Pierre Gilbert. — II. 13
le travail du génie sur cette matière d'apparence vile. Sans doute, M. Sacha Guitry n'est encore qu'un timide précurseur de Molière. Il faut tout de même lui faire compliment de son goût pour la simplicité et la peinture à fresque.
Seulement, c'est plus difficile qu'on ne croit de faire simple et populaire. Traiter à fond un sujet simple par des moyens simples résume peut-être le comble de l'art. M. Sacha Guitry ne semble pas s'y être beaucoup employé. De scènes bien venues, je n'en vois guère que trois, qui tiennent à peine au fond du sujet : au premier acte, tout entier rempli par une exposition laborieuse, froide et surchargée, l'auteur eut un moment d'heureuse inspiration : les explications embrouillées et verbeuses <iu mari pris en faute sont un franc morceau de comédie. Au second acte encore, M. Sacha Guitry nous donna de jolies joies d'ironie, lorsqu'il inventa de prêter au mari les mêmes arguments qui venaient de servir au galant pour convaincre une jeune femme qu'une amoureuse poursuite ne fait pas une offense. Même la scène du dénouement, où le commissaire joue, auprès du mari, avec peut-être un peu de verbalisme, de sa double qualité, passerait encore comme gros trait de farce.
Mais on manque de le bien goûter par la faute d'un troisième acte, factice et excessivement brillante, qui a paru avancer des prétentions à la fine comédie de sentiment.
Il y a donc d'agréables morceaux dans le nouvel •ouvrage de M. S. Guitry, que je comparerais à un ■carton d'ébauches ou de charges d'atelier : il existe justement, dans le nouveau jargon anglo-français, un rerme pour désigner ce genre de productions : la Prise de Bcrg- ^p-Zoom est une série de « sketches », pour ne pas dire d'esquisses. La situation, seulement indiquée, n'est pas traitée. M. Sacha Guitry n'en a presque rien fait jaillir :