LA PRISE DE BERG-OP-ZOOM
à peine, çà et là, quelques traits de phosphore rayant l'obscurité du fond.
Par contre, ou par compensation, Tauteur a surchargé son intrigue d'une machinerie de ressorts et de ficelles, dont la seule utilité apparente est de dépenser du temps. On croirait malaisément, en effet, qu'un esprit aussi libre et agile que M. Sacha Guitry ait eu réellement besoin pour charpenter son intrigue de si lourdes et encombrantes combinaisons. Il n'y a pas de proportion numérique entre les scènes utiles au sujet et celles qui sont postiches.
Imagine-t-on bien que, dans cette pochade de jeune homme, l'auteur a ressuscité le personnage, ici affreusement déplacé, du confident et qu'en plus d'une scène il a métamorphosé son protagoniste en raisonneur ? Estce l'indice d'un changement de manière? Il est certain qu'aux endroits qui, vraisemblablement, parurent à l'auteur importants, M. Sacha Guitry n'a plus gardé son ton d'autrefois. On le savait mystificateur et pince-sans-rire. Il a voulu devenir émouvant et tenter une veine plus sentimentale, pour ne pas dire idéaliste. Entre ces deux manières, qui rappellent si curieusement une évolution analogue de Guitry le père, le goût sans doute est libre de choisir. Il restera toujours pour nous que c'est un manque d'art de la part d'un auteur de se montrer si à découvert dans des ouvrages dramatiques, et de parler en son nom propre, soit qu'il nargue et berne son public, soit qu'il quête un attendrissement.
Le dialogue de M.Sacha Guitry offre toujours la même amusante fantaisie. Un peu trop d'esprit de mots peut-être, pasassez de discrétion nidechoix. On ne peutdénier cependant à cet écrivain un style de théâtre, net, gros et original. C'est le langage courant avec je ne sais quelle sous-pointe de parodie et de caricature. Ce n'est pas encore la langue créée d'un grand écrivain, et ce n'est
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plus le parler trivial. Et tout le talent de M. Sacha Guitry pourrait bien être à la ressemblance de son style. Il plaît pour les petites offenses qu'il fait à la réalité ; il offre un commencement de stylisation, de création poétique ou comique ; mais il y a encore plus de caprice que d'art et, s'il faut le dire, de procédé que de naturel.
La Prise de Berg-op-Zoom est parfaitement bien jouée par Texcellente troupe du théâtre du Vaudeville, ;t laquelle se sont réunis M. Sacha Guitry et M""' Charlotte Lysés.
COMÉDIE-ROTÂLE
A la Comédie-Royale, M'"' Réjane a fait devant le public parisien une rentrée saluée d'ovations et d'applaudissements. Il n'existe pas une autre comédienne, actuellement, qui ait autant que M'"* Réjane ce don de communication personnelle et instantanée avec le public. Quand elle entre en scène, c'est comme si la rampe s'éteignait.
La nouvelle comédie de M. Bénière, Aglaïs, qui servait de prétexte à cette rentrée, est agréable et s'entend sans fatigue ; mais elle manque de nerf et de gaieté.
Séavce de nuit, de M. Georges Feydeau, est une machine bien lente et dure à remonter pour des plaisirs