‹ La Forêt Française et le marché des boisChapitre 13 sur 61 · PATATE · texte numérisé non relu

PATATE

les désordres publics de la minorité du roi. L’autorité royale, en 1661, était pleinement rétablie ; les forêts ne devaient pas tarder à en ressentir le bienfait (1).

(1) J’emprunte à M. Huffel (Econ. for. T. III, p. 125) certains exemples frappants des abus et de l'énergie employée à les combattre ; il les puise dans la correspondance de Colbert.

« Il faut continuer vos informations sans craindre ni épargner qui que ce soit, et soyez assuré que vous serez bien protégé », écrivait le ministre au commissaire Chamillard, le 8 novembre 1662. « L'autorité du roi ne vous manquera pas pour vous appuyer » (Lettre du même au commissaire de Mauroy qui se plaignait de la résistance obstinée que faisaient à ses opérations les ecclésiastiques de la province de Bourgogne). Tous les documents officiels de l’époque signalent les officiers des maîtrises et les grands-maîtres comme les pires ennemis des forêts. « Il est de notoriété publique qu’il y a des forêts de l'Ile de France qui ont été ruinées par les seuls officiers. >» (Colbert, septembre 1662.) « La ruine entière des forêts est la preuve convaincante contre tous les officiers en général. » (Le même, 10 mars 1663.) Dans l'instruction adressée par le Ministre en 1663 à ces commissaires, il appelle leur attention sur les abus les plus fréquents : ventes irrégulières, gratifications et vacations prélevées abusivement, arpentages infidèles, outrepasses tolérées, dons de bois faits à des amis ou à des complices, ventes faites à des marchands associés en cachette à des officiers, ou même à des serviteurs à gage de ces officiers, aliénations de terrains, etc. etc. Il est recommandé aux commissaires de « soigneusement se donner garde » des officiers qui les accompagneront dans leurs visites et qui seront habituellement les principaux coupables.

« Et de fait la réformation révéla des actes inimaginables à la charge des officiers des maîtrises. Charles Colbert (frère du ministre qui fut plus tard Ministre des Affaires Etrangères), commissaire départi en Touraine en 1664 déclare que « les officiers des provinces sont les grands ennemis des forêts, les désradent et les ruinent, la plupart n'ayant traité de leurs offices que pour cette fin ». Il dénonce entre autres le cas du sieur Marquis de Sourdis qui avait acheté et réuni en sa personne toutes les charges de la maîtrise de Montrichard, parce que se prétendant engagiste de la forêt domaniale, il avait trouvé ce moyen excellent de « n'avoir point d'officier pour contradicteur ». 11 sut du reste profiter à merveille de l'absence de contradicteur en faisant abattre à son profit, en une seule année, près de la moitié (609 à 700 arpents) de la forêt, laquelle, ajoute le réformateur renfermait de belles futaies.… Machault, commissaire pour la réformation en Champagne, prononça la peine de mort contre le maître des Eaux et Forêts d'Epernay ».

« Appliquez-vous à d’autres affaires de même nature », écrit le Ministre, le 22 juin 1663 au terrible commissaire. Nous ignorons si cette sentence de mort fut exécutée.

Barentin fit réunir en 1666, à la forêt de Moulières, près Poitiers, plus de 1.000 arpents qui avaient été vendus frauduleusement par les officiers. Cette réformation de Moulières fut l’occasion d’une révocation générale de tout le personnel forestier, des deux grands maîtres jusqu'aux simples gardes, en passant par les maîtres particuliers, procureurs, greffiers, etc. Le grand maître ancien Jouslard fut de plus condamné à 4.000 livres d'amende et 2.000 d’aumône : l’alternatif :

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