‹ La Forêt Française et le marché des boisChapitre 3 sur 61 · ROMA (ARS · texte numérisé non relu

ROMA (ARS

beaucoup d’autres encore, mirages souvent plus que réalités, qui sont comme des appâts sur un piège. Mais il ne faut pas leur attribuer trop d'importance. Le bon sens des paysans est trop solide et l'amour de la terre a en eux de trop profondes racines pour qu’ils ne résistent pas, le plus souvent, à de si vains désirs. La raison. profonde de la désertion des campagnes ne serait-elle pas plutôt le niveau élevé et la fallacieuse sécurité des salaires citadins ? Cela aussi, dira-t-on, est mirage plus que réalité, le chômage actuel dans les villes le montre bien. Combien pourtant sont partis parce qu’à la campagne, ils n’avaient pas de situation, parce que, ouvriers agricoles, les maigres salaires d’hiver ne leur permettaient pas de nourrir leur famille, parce que, fils de petits propriétaires, ils étaient de trop sur l'héritage ? Combien parmi eux seraient restés s’ils avaient eu la possibilité de trouver, pendant l’hiver, un travail certain, stable et rémunérateur ?

Ce travail, la forêt seule peut le fournir. On l’exploite en hiver, à l’époque du chômage saisonnier de l’agriculture. Elle ne s’accommode pas des machines : beaucoup de bras trouveront leur emploi. Elle impose des travaux pénibles, mais bien rémunérés. De par sa nature, le travail forestier est presque toujours organisé à la tâche et ce mode de rémunération, incitant au travail actif, favorise les meilleurs ouvriers. Voilà pourquoi la forêt est précieuse aux paysans, pendant que les récoltes reposent en terre, attendant les premiers soleils. Voilà pourquoi il faut souhaiter que l’aire forestière, plus étendue, retienne plus de bras autour d’elle.

Pouvons-nous prétendre que la forêt devrait un jour suffire à écarter tout danger d’émigration rurale excessive ? Cela, hélas ! à l’heure où les industries forestières sont si durement éprouvées, est moins que jamais certain. La forêt constitue simplement la solution de l’un des éléments du problème qui consiste essentiellement à assurer aux paysans les plus pauvres — le « prolétariat agricole » __ un niveau suffisant d’existence.

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Doit-on craindre, au contraire, que la crise se prolongeant, la forêt disparaisse dans un marasme sans issue ? Les épreuves actuelles sont-elles de nature à diminuer, dans l'avenir, l'importance qu’elle a prise dans notre vie économique ? Ce n’est pas encore le lieu de répondre à cette question, mais simplement de noter la puissance industrielle incomparable que représente encore la forêt. Les diverses façons de mettre en œuvre le bois le rendent indispensable aux industries de l’habitation (charpentes, planchers, meubles, menuiserie, coffrage) ; à toutes celles des transports, qu’il s’agisse de chemins de fer (voies et matériel roulant), de la route (automobiles), de l’air et de la mer ; aux transmissions électriques (télégraphe et téléphone).

Les mines de charbon consomment d’énormes quantités de bois (un mètre cube en moyenne pour dix tonnes extraites). L’exportation des poteaux de mine des Landes vers l’Angleterre a occupé longtemps une place de tout premier plan parmi nos exportations.

Le bois, enfin, alimente de très importantes industries de transformation, au premier rang desquelles il faut placer la fabrication de la cellulose, et celle de la pâte à papier. A la veille de la crise actuelle, cette magnifique industrie semblait avoir un avenir illimité, tant avait crû rapidement dans notre pays, depuis la guerre surtout, les besoins d’informations et de lectures, parallèlement à l'extension des autres usages industriels du papier. Actuellement, il faut peut-être rabattre un peu de ces espoirs ; il n’en reste pas moins que l’industrie française du papier, obligée d’importer la presque totalité de ses pâtes, et même une grande partie de ses papiers d'imprimerie, est très lourdement tributaire des forêts étrangères ; situation déplorable, qu’il serait bien souhaitable de voir améliorée et qui doit pouvoir lêtre.

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Aipsi se trouvent mis en lumière quelques-uns des titres que la forêt possède à l'intérêt de la France. Notre plan est d'examiner sa situation actuelle, telle

qu’elle résulte d’une longue évolution, telle qu'après les siècles, les appétits, les erreurs, les efforts de protection au contraire nous l'ont laissée.

Changeant de domaine, nous étudierons la situation économique du marché du bois spécialement depuis la crise de 1930, puisqu’aussi bien, c’est de là que dépend avenir de la forêt.

Nous aurons, enfin, pour conclure, une fois le départ fait entre les nuages qui assombrissent l’avenir, à énoncer quelques-unes des réformes, quelques-uns des perfectionnements qui renforceraient la situation économique de la forêt française.

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