Agriculture
La Tchécoslovaquie a un climat qui tient le milieu entre le climat maritime de l’Europe occidentale et le climat continental de l’Europe orientale. $es hivers, s’ils sont plus rigoureux que ceux de pays comme la France ou l’Angleterre, le sont beaucoup moins que ceux de la Russie et de la Pologne; ses étés sont moins chauds que ceux de la plaine hongroise. La moyenne des températures de janvier et juillet donne, pour la majeure partie du territoire, l’isotherme de 8°; dans les chaînes des Carpathes et dans le pourtour montagneux de la Bohême, il ne descend pas au-dessous de 5°. Son climat est donc bien un climat tempéré. l :
En Tchécoslovaquie, les vents dominants sont ceux qui soufflent de l'Ouest, le plus souvent du Nord-Ouest. Les pluies y sont peu abondantes, sauf dans les régions montagneuses; la hauteur des précipitations atmosphériques, qui n’est que de 400 à 500 millimètres” au centre de la Bohême, en atteint 1.000 à 1.400 dans les montagnes. Cette moyenne, plutôt défavorable, est compensée par une heureuse répartition des pluies entre les saisons; les 2/3 de ces pluies tombent en effet pendant le printemps et l'été, c’est-à-dire aux époques où elles sont le plus nécessaires à l’agriculture.
Grâce à cette distribution favorable des pluies, due en grande partie aux immenses forêts qui recouvrent ses montagnes frontières, grâce à son climat tempéré, à la fertilité de son sol et aussi aux méthodes perfectionnées de ses cultivateurs, méthodes dont le mérite de la diffusion revient surtout à ses syndicats, écoles et journaux professionnels, la Tchécoslovaquie venait, dans l’ancien empire d’Autriche-Hongrie, au premier rang des pays producteurs de céréales. 47,1 ° de l'orge, 16,1 % du froment, 37,5 % de l’avoine, 39 % du seigle, 37,4 % des pommes de terre n’y étaient-ils pas produits par la Bohême, la Moravie, la Silésie, la Slovaquie et la Russie Subcarpathique?
Le seul fait que 43,14 %, de la superficie de l’État tchécoslovaque sont en terre arable, 18,52 % en prés et pâturages, 33,16 % en forêts ét 5,18 % seulement en terrains improductifs est la meilleure preuve
de.son activité agricole. Si d’ailleurs en Slovaquie et en Russie Subcarpathique, où dominent les forêts et les pâturages, la surface du sol arable est inférieure à la moyenne, par contre en Bohême, en Moravie et en Silésie, régions depuis longtemps occupées par l’homme, la moyenne de ce sol dépasse 50 % et il n’y a guère comme terre inexploitée que celle occupée par les bâtiments, les routes, les cours d’eau, etc.
La principale céréale cultivée en Tchécoslovaquie est le seigle qui couvre 17 % de sa terre arable; ensuite viennent l’avoine (15 %), les pommes de terre (15 %), l'orge (14 %), la betterave, le houblon, le colza et les autres produits industriels (12 %), le blé (11 %), les plantes fourragères (6 %), le maïs (3 %).7 % du sol restent en jachère.
L’avoine, qui aime la fraîcheur et l'humidité, se plait surtout dans les régions accidentées, en particulier dans les Carpathes. Là où lon trouve l’avoine, on trouve aussi le seigle. La pomme de terre réussit aux moyennes altitudes, dans les terres pauvres de la Slovaquie; sa récolte est en partie consommée par la population et en partie utilisée à la fabrication de l’alcool; elle se trouve être ainsi à la fois une culture alimentaire et une culture industrielle. La culture exigeante de Ja betterave trouve des conditions favorables dans les vallées fertiles de la Bohême et de la Moravie, principalement dans celles de l’Elbe et de la Morava où elle alterne avec le blé et le seigle; l'extension considérable de cette culture, dont la production, à raison de 225 q. à l’hectare, atteint 47.000.000 de quintaux en Bohême et 14.000.000 en Moravie, fait de la Tchécoslovaquie le premier pays exportateur de sucre de betterave. L’orge, dont on récolte la meilleure sorte dans les terres riches des bassins de Brno et d’Olomouc et dont la production à l’hectare était avant-guerre de 17 q. en pays tchèques, est employée dans l’industrie de la brasserie, à laquelle la Bohême fournit d’excellent houblon. Dans cette culture du houblon, l'État tchécoslovaque se place au premier rang tant pour la qualité que pour la quantité à l’hectare et au quatrième pour la quantité absolue. C’est dans les plaines de la Nitra et du Vah que la culture du blé est le plus développée, mais c’est dans la plaine crétacée de la Bohême qu’elle fournit les plus forts rendements. La Bohême produit la moitié du lin, du chanvre et du colza de l’ancienne Autriche, cependant ses récoltes ne suffisent plus aux besoins de plus en plus impérieux de son industrie, Le maïs, qui sert à l’alimentation du bétail, et le tabac, dont la récolte annuelle atteint environ 60.000 q., sont fournis par la Slovaquie.
Si du Canada, des États-Unis et de tous les États européens
d’avant-guerre, à l’exception de la Turquie et du Luxembourg, on dresse une liste qui, avec la Tchécoslovaquie, comprend 23 noms et si l’on compare leur production moyenne par tête d’habitant entre 1909 et 1913, on inscrit la Tchécoslovaquie 13e pour le froment, 3€ pour l'orge, 4€ pour le seigle, 7€ pour l’avoine, 2e pour les pommes de terre.
Si nous passons des cultures alimentaires et industrielles aux cultures fruitières et maraîchères, nous constatons que là encore les pays tchèques et slovaques ne le cèdent en rien aux autres pays européens. En Bohême, des régions entières sont plantées d'arbres fruitiers, par exemple les environs de Jicin (Gitschin) et de Litomerice (Leitmeritz). Quant à la Moravie, grâce à son climat privilégié, elle est le pays des cultures fruitières par excellence.
La vigne est l’objet de grands soins en Bohême, en Basse-Moravie et en Slovaquie; elle fournit des vins d’une renommée universelle, tels que ceux de Melnik, dé Znojmo (Znaïm) des rives de la Tisa, où les collines donnent un vin qui a le feu du célèbre Tokaj.
La Tchécoslovaquie est boisée sur une étendue totale de près de 5 millions d'hectares, soit 33 % environ de sa superficie, ce qui en fait l’un des pays les plus riches en forêts de l’Europe. La zone forestière suit le pourtour montagneux de la Bohême, s’élargit dans la partie occidentale de la Silésie d'Opava, couvre les Carpathes blanches et les Petites Carpathes, les Beskides et les Tatras, s’étale dans les Monts Métallifères et dans la Russie Subcarpathique, surtout dans sa partie orientale qu’elle recouvre entièrement. Les principales essences d’arbres de ces forêts sont, parmi les conifères : le pin, qui, à lui seul, couvre le tiers de leur totalité, puis le sapin et le mélèze et, au nombre des arbres à feuilles : le hêtre, qui domine en Slovaquie, le chêne, le frêne et, en plus faible proportion, le charme, l’acacia, l’orme, le bouleau. Leur exploitation fournit annuellement plus de 2.000.000 de stères de bois dur et près de 11.000.000 de stères de bois tendre.
La production des céréales, des plantes textiles, des arbres fruitiers et des forêts n’a d’ailleurs pas atteint son maximum; elle augmentera incontestablement, au fur et à mesure que seront appliquées les lois agraires (1) et que sera améliorée par elles la répartition de la propriété foncière. C’est qu’en effet, lors du démembrement de l'empire austro-hongrois, les conditions de cette propriété étaient loin d’être satisfaisantes. En Bohême, en Moravie et en Silé-
(4) Ces lois, dont la plus importante est celle du 16 avril 1919, prévoient la réduction, moyennant indemnité, des grandes propriétés foncières, la vente des terres expropriées aux petits propriétaires et aux ouvriers agricoles et l organisation de caisses de crédit DANS permettant a aux paysans d’accéder à la propriété,
sie, 5 %,. seulement des champs, prés, pâturages et jardins dépendaient des propriétés de moins de 20 hectares et 31 % appartenaient à un millier de propriétaires seulement, la plupart allemands. En Slovaquie, la situation n’était pas meilleure puisque la moitié du sol était entre les mains de grands propriétaires magyars. En Russie Subcarpathique, pays classique de la grande propriété, les biens d’un seul individu s’étendaient sur le tiers du territoire, alors que le paysan ruthène ne possédait pas 15 % de son sol.
Les rendements agricoles de la République tchécoslovaque, qui ont diminué pendant la guerre pour les mêmes raisons que ceux des autres pays, se relèvent depuis la paix; ils augmenteront encore lorsque l’agriculture de la Slovaquie, dont les richesses naturelles sont très grandes, sera devenue plus savante et plus intensive. Les progrès très rapides faits par cette province depuis la conquête de son indépendance sont du meilleur augure pour l'avenir.
Comment d’ailleurs ne pas fonder les plus belles espérances sur l’agriculture d’un pays comme la Tchécoslovaquie dont l’admirable organisation coopérative comprend 13.088 sociétés avec 2.500.000 membres?
Il. — Élevage.
Au cours des hostilités, le cheptel des pays tchèques et slovaques n’a pas été plus épargné par les pouvoirs publics et l’administration militaire de l'empire austro“hongrois que l’ont été les produits du sol. Par suite d’une alimentation insuffisante et des réquisitions répétées, ce cheptel a considérablement diminué en valeuret en quantité.
Avant la guerre, l'élevage était particulièrement florissant en Tchécoslovaquie; on comptait en effet, par 100 hectares de terres cultivables, 51 bovidés, 29 porcs et 15 moutons, c’est-à-dire, en ce qui concerne les deux premières catégories de bétail, plus que la France et ia Grande-Bretagne et tout de suite après les deux pays où l'élevage est le plus intensif, le Danemark et l'Allemagne; les pays tchèques (sans la Slovaquie) dépassaient même, avec 62 têtes de bétail bovin par hectare, l'Allemagne, le deuxième de ces pays.
Le bétail à cornes était en progression constante; il avait augmenté de 206.000 têtes entre 1880 et 1910 et la moyenne du nombre total de bovidés, pendant la période 1909-1913, avait atteint le chiffre de 4, 6 millions, soit 337 pour 1.000 habitants. C'est en Bohême, pays relativement sec, principalement dans le Sud et dans l'Est, que cet élevage a pris le plus d'extension et que la proportion entre l’importance de la population et le nombre de têtes de bétail est la plus forte, mais c’est la Moravie, pays dont le sol est plus hu-
mide, qui possède la meilleure race laitière et élève le plus grand nombre de bovidés par rapport à sa surface (avant-guerre, 86 têtes au km?).
Les prairies des riches vallées de la Morava et de la Basse-Nitra nourrissent des chevaux d’une belle race. Si, en 1919, la Tchécoslovaquie ne possédait que 482.000 chevaux, elle en comptait, en 1910, 747.000. Comme dans la plupart des pays de l’Europe, entre 1880 et 1910, en Tchécoslovaquie, à une augmentation du cheptel bovin correspondait une diminution de l'effectif ovin. Malgré tout, les pays tchèques et slovaques faisaient encore bonne figure dans les statistiques avec leurs 1.600.000 moutons, provenant surtout des régions sèches des Beskides, des Carpathes et des plaines slovaques.
Par contre, le nombre des pores a triplé de 1880 à 1910; il a atteint, entre 1909 et 1913, la moyenne de 2, 6 millions de têtes, scit 190 par 1.000 habitants et 18 % de l’effectif total des troupeaux de l’ancienne Autriche-Hongrie. Cet élevage, dont les centres les plus actifs sont ceux de Pardubice (Pardubitz) et de Prague, a donné un essor considérable à la fabrication des jambons et de la charcuterie. La chèvre est la « vache du pauvre » dans les régions montagneuses.