Richesses minérales
Dans l’ancienne Autriche-Hongrie, la Bohême et la Silésie étaient les mieux pourvues en combustibles minéraux. Pour se faire une idée de l’importance de ces ressources minières, il suffit de constater qu'en 1913 on extrayait du sous-sol des pays tchécoslovaques 230,2 millions de quintaux de lignite et 142,7 millions de quintaux de houille, soit respectivement les 5/6 et les 4/5 de la production totele de la Double-Monarchie.
Les plus importants gisements houillers sont ceux de Kladno, de Plzen-Stribro (Mies), de Zacler (Schatzlar) en Bohême, ceux de Rosice (Rossitz) en Moravie et ceux de Moravska-Ostrava et de Karvinna dans la Silésie de Tesin, prolongement des riches houillères de la Haute-Silésie prussienne et polonaise (1).
Voici quelle a été, en 1919, l’extraction en tonnes de chacune de ces régions :
Ostrava :...: 6.852.000 t. soit 69,6 % del’extraction totale tchèque, Kladno...... 1.419.000 — 144% pue Plzen-Stribro. 920.000 — 93% — Zactet.. . 32 343.000 — 35% — Rosiées 320.000 — 32% =
(1) Une partie du bassin d'Ostrava produit du charbon servant à la fabrication du coke,
L’extraction de la houille a été en progrès continu de 1876 à 1916, passant, pendant cette. période, de 3.100.000 tonnes à 14 millions de tonnes ; de 1916 à 1918, elle est redescendue, par suite de la guerre, à 10.900.000 &., mais dès 1920 elle a marqué une reprise à 11.140.000 t. et en 1921 elle a atteint 11.650.000 t. Malgré son importance, cette production ne suffit pas à la consommation intérieure de la Tchécoslovaquie, pays industriel par excellence et qui de plus, en vertu du traité de paix de Saint-Germain, est tenue de livrer environ le quart de son charbon à l'Autriche et à la Pologne.
Dans quelle situation critique se serait donc trouvé le nouvel État si la région d’Ostrava-Karvinna avait été attribuée à la Pologne. Songeons, en effet, que la quantité de houille dont il peut disposer annuellement serait diminuée des 2/3 et que sa réserve totale, au lieu d’atteindre 8 milliards et demi de tonnes, ne dépasserait pas Île demi-milliard !
L’extraction du lignite, plus facile que Te de la houille, la dépasse de beaucoup. Son principal siège est aux pieds des Monts Métalliques, dans les vallées de l’Ohre et de la Bela. On le trouve également à Hodonin (Goding) en Moravie du Sud et à Handlova dans la région slovaque de Nitra. L'industrie tchécoslovaque ne peut guère compter que sur le premier de ces bassins, celui de la Bohême du Nord-Ouest, dont les gisements s’échelonnent entre Cheb (Eger) et Usti (Aussig) par Falknov (Falkenau), Karlovy Vary (Carlsbad), Chomutov (Komotau), Most (Brüx), Duchcov (Düx) et Teplice (Teplitz). Ne fournissait-il pas en 1913,à lui seul,17 à 18 millions de tonnes, soit les 2/3 de la production autrichienne et son extraction en 1919 n’atteignait-t-elle pas, avec ses 16.545.000 t., les 97,8 % de l’extraction totale de l’État? (Moravie 22.800 t. et Slovaquie 13.200 t.) On évalue la réserve totale de ce basin à 11 milliards de tonnes.
Comme celle de la houille, la production du lignite, après avoir été en progrès de 1876 à 1916, a diminué entre 1916 et 1918, mais elle n'a pas tardé à remonter, pour atteindre en 1919 les chiffres que nous venons d'indiquer et en 1921, 21 millions de tonnes. Il n’est pas douteux que la production en lignite de l’État tchécoslovaque se relèvera encore. D'ailleurs, cette production dépasse largement la consommation de son industrie et lui permet de combler, par des échanges, notamment avec l’Allemagne, le déficit de sa production houillère.
Les pays tchécoslovaques sont également très riches en minerais de fer que l’on trouve partout en abondance. Les gisements les plus considérables en étendue et en puissance sont ceux de la Bohême centrale et des Monts Métallifères en Slovaquie. Les principales exploitations dès formations siluriennes bohèmes sont celles de Koma-,
rov, d’Osek, de Kvan et de Zahorany; elles renferment des minerais à structure oolithique, composés surtout de chamoisite, de siderose, d’hématites rouge et brune; on évalue à 1 million de tonnes leur extraction annuelle et à 35 millions de tonnes leur réserve. Les minerais de fer de Slovaquie sont exploités dans les régions de Spis (Zips, Szepes), entre Dobsina et Kosice, de Gemer (Gembr) et d’Abauj- Turna; la siderose s’y trouve mêlée à d’autres minerais, notamment à des minerais de cuivre; leur teneur en fer oscille entre 36 et 38 %, mais elle atteint parfois 50 %,. L’extraction de ces filons slovaques a atteint, en 1912, 1.525.430 tonnes de minerai et leurs réserves vraisemblables sont évaluées à 47 millions de tonnes. La Moravie est également riche en fer; mais les gisements y sont peu étendus et difficiles à exploiter; l’extraction des minerais de fer a, elle aussi, notablement diminué au cours de la guerre, mais, depuis le démembrement de l'empire austro-hongrois, elle n’a cessé de reprendre.
La Tchécoslovaquie renferme encore quantité d’autres minerais,
C’est ainsi qu’en 1913 on retirait de son sous-sol 111 q. de minerai d’urane, 516 q. de minerai de wolfram, 10.832 q. de minerai de soufre, 6.384 q. dé minerai de zinc, 9.385 q. de minerai d’étain, 201 q.de minerai d’antimoine et 430.000 q. de sel gemme. - La Bohême fournit du minerai de plomb qu’elle extrait des mines de Pribram, entre Prague et Plzen, et de Stribro, à l'Ouest de Plzen; elle possède aussi de riches gisements de graphite. En 1917, la production tchécoslovaque de ces deux minerais atteignait, pour le plomb, 83.705 q. et pour le graphite, 288.835 q.
La Slovaquie, dans la région de Gbely (Egbell), à la pointe sudoccidentale des Carpathes blanches, renferme du naphte en quantités appréciables, puisque le rendement de ses puits atteint 60 à 70.000 q. La ressemblance, au point de vue géologique, des deux versants des Carpathes et les sondages qui y ont été opérés laissent croire à la présence en Slovaquie orientale et en Russie subcarpathique de gisements pétrolifères importants; cette richesse en pétrole offrirait à la Tchécoslovaquie une compensation à l’insuffisance de sa production houillère.
A la liste des richesses minérales de l’État tchécoslovaque, il faut ajouter la pechblende ou pechurane qu’on exploite en Bohême à Jachymov (Joachimstal), sur les pentes méridionales des Monts Métalliques; ôn en extrait le radium, pour la production duquel cet État se place au premier rang de toutes les puissances mondiales.
.. L'or et l'argent eux-mêmes ne manquent pas en Bohême et en Slovaquie, pays qui jouirent d’une réputation universelle au temps où la recherche des métaux précieux était la principale préoccupation
de l’industrie minière. Bien que les exploitations tchécoslovaques aient subi de nos jours la concurrence écrasante de celles américaines, infiniment plus riches que les leurs, elles méritent une mention spéciale avec une extraction qui en 1913 atteignait 266 kg. d’or et 48.062 kg. d'argent. Stiavnica (Schemnitz), Kremnica (Kremnitz) en Slovaquie, au Sud des Tatres, et Pribram sont restés les principaux centrés de la production tchécoslovaque en or et en argent.
Tous ces chiffres prouvent éloquemment de quelle importance et de quelle variété sont en Tchécoslovaquie les industries extractives qui, dans les 61.563 mines, dont 40.939 de charbon, recensées en 1913, exploitaient tous les minéraux indispensables à l’industrie, à l’exception seulement de l’asphalte et du mercure. Elles se complètent d’ailleurs par l'exploitation de nombreuses carrières. Le kaolin, que l’on trouve principalement dans les régions de Plzen, de Karlovy Vary, de Znojmo, le feldspath, la terre à feu des Monts Métalliques, de Budejovice et de Lucenec, l’argile à briques, dont les centres d'extraction les plus importants sont ceux de Prague, de Brno, de Breclava, alimentent des briqueteries, des fabriques de poteries, de terres cuites et de porcelaine. Le sable du Nord de la Bohême et de Lucenec est très recherché pour la fabrication du verre. Un très beau granit est extrait du Sud de la Bohême et exporté par l’Elbe et la Vitava.
Enfin la Tchécoslovaquie est lun des pays d'Europe les plus riches en sources minérales et thermales. Ces sources sont non seulement très nombreuses (170), mais encore abondantes et variées; les plus connues sont celles de Karlovy Vary, de Frantiskovy Lazne et de Marianske Lazne (Marienbad), Jachymov et Teplice en Bohême de Luhacovice en Moravie, de Zvolen et de Pistany (Püstyôn) en Slovaquie. L'État tchécoslovaque, principalement la Slovaquie, possède en outre d'importantes stations climatériques.