IV. — Industrie
Grâce à la présence de ces nombreux minerais dans le sous-sol du pays tchécoslovaque, grâce à leur extraction sans cesse croissante, grâce aussi à une abondante main-d'œuvre et à une grande disponibilité de capitaux, la vie industrielle est devenue st intense en Bohême, en Silésie et dans certaines parties de la Moravie qu’à la veille de la guerre, 80 % de l’industrie austro-hongroise étaient concentrés
dans ces trois seules provinces, D’après M. Russel (1) : « La Tchéeo-
(1) Journal des Débats, sup! ïll., avril 41924, p. 14,
slovaquie produisait avant la guerre 92 %, du sucre de l’ancienne monarchie austro-hongroise, 46 % de l'alcool, 57 % de la bière, 87 % du malt, 50 % des produits alimentaires, 75 % des produits chimiques, 60 % des métaux, 100 % de la porcelaine, 92 % du verre, 75 % du coton, 80 % de la laine, 90 % du jute, 70 % du cuir, 90 % des gants, 75 % des chaussures, 65 % du papier ».
La plus prospère des industries agricoles tchécoslovaques est l’industrie sucrière qui,en moyenne, entre 1909 et 1918, a produit 1.158.000 t. de sucre brut, soit 15 % de la production mondiale de sucre de betterave et 7 % de la production mondiale de tous sucres. La consommation intérieure ne pouvant absorber qu’une faible partie de cette production, les pays tchécoslovaques exportent chaque année de grandes quantités de sucre.
Comme importance, la fabrication de la bière vient immédiatement après celle du sucre. 140 malteries, la plupart moraves, produisaient, en 1913, 230.000 &. de malt, dont les 5/6 étaient livrés à l’exportation, et 20.000 ouvriers, occupés dans près de 700 brasseries, fabriquaient 13 millions d’hectolitres de bière. La seule « brasserie bourgeoise » de Plzen, qui employait les excellents houblons de Zatec (Saaz), produisait un million d’hectolitres.
Avant la guerre, la Tchécoslovaquie arrivait au 5° rang, après la Russie d'Europe, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, dans la fabrication de l’alcool. Ses distilleries produisaient annuellement 1.150.000 h]. d’alcoo! dont la moitié était exportée.
Les féculeries, les amidonneries, les fabriques de sirops et de glucose, de dextrine et de gomme, sont obligées d'exporter une grande partie de leurs produits.
L'industrie alimentaire joue,elle aussi,un rôle important grâce à l'abondance du sucre, des légumes et des fruits; c’est ainsi que la fabrication des confitures occupe 420 établissements, capables de produire 36.000 t. La minoterie, avec ses 10.000 moulins, travaille non seulement les céréales indigènes, mais encore celles étrangères. 800 laiteries transforment la moitié de la production du lait, soit 20 millions d’hectolitres, en beurre, fromages et autres produits lactés. Une grande partie des porcs élevés dans le pays et plus d’un million de porcs importés servent à la préparalion de la charcuterie. La plupart des produits alimentaires figurent parmi les articles d'exportation, notamment le vin dont la récolte annuelle atteint 600 à 800.000 1.
Le tiers de l'État tchécoslovaque est recouvert de forêts immenses, fournies également de conifères et d'arbres à feuilles ; aussi l'industrie du bois y est-elle très prospère, A côté de 3.000 scieries, on trouve,
en Bohême orientale, des tourneries qui fabriquent et exportent des robinets, dans les Monts Métalliques, les Monts des Géants et la Sumava, des fabriques de jouets et de poupées, d'instruments de musique, de papier et de cellulose, dans les Monts de Bohême, des fabriques d’allumettes, enMoravie, des fabriques de brosses et de pinceaux, de meubles en bois courbé, dans la région de Roudnice (Raudnitz), des usines pour la fabrication du liège et, dans les districts slovaques de Liptov (Liptau) et de Gemer, les plus importantes papeteries de l’ancien royaume de Hongrie. Les industries du meuble et du papier ont pris notamment un essor considérable. Sans parler des petites et moyennes menuiseries, qui occupaient plusieurs milliers d'ouvriers, la Tchécoslovaquie possédait, avant guerre, 48 fabriques de meubles, dans lesquelles étaient employés 15.000 ouvriers. 80 usines, groupées surtout dans la vallée de l’Elbe et en Slovaquie, autour de Zilina (Zsolna) et de Turciansky Sv.-Martin (Turocz Sv.-Marton), produisaient annuellement 400.000 mc. de cellulose; 200 usines de papier, localisées surtout dans les régions forestières de la Bohême et de la Slovaquie, fabriquent tous les genres de papier et les exportent à travers l’Europe, et même jusqu’en Amérique.
La verrerie tchécoslovaque travaille surtout le sable qu’elle importe de Saxe; dans ses 200 usines, la plupart bohèmes, elle occupait 60.000 ouvriers et produisait notamment près de 11 millions de mètres carrés de verre à vitres et 20 millions de bouteilles. La cristallerie de Bohême fournit, elle aussi, de nombreux produits; dès le xve siècle, elle rivalisait avec celle de Venise et aujourd’hui elle est encore très renommée pour la lumière chatoÿante de ses cristaux, l'élégance de leur forme et cette pureté qui les fait ressembler à « l’air d’un matin de printemps ». Si la Bohême s’est fait une réputation mondiale dans la fabrication de la verrerie d’art, elle est arrivée, par un habile dosage de produits, à obtenir les tons mêmes des pierres précieuses, le rouge rubis, le bleu saphir, le jaune topaze, le violet améthyste, et à développer, surtout dans les régions de Turnov (Turnau) et de Jablonec (Gablonz), l’industrie des verres de couleur et de la bijouterie fausse. Prague est le centre de la bijouterie en grenats.
Grâce à la présence, dans l’Ouest de la Bohême et à Znojmo en Moravie, de riches gisements de kaolin et de glaise, l’industrie céramique est devenue l’une des branches d’activité industrielle les plus prospères des pays tchécoslovaques. De nombreuses usines produisent de grandes quantités de carreaux vernis, de briques à paver, d'articles en grès et en argile réfractaire, de faïence, de ciment. La fabrication de la porcelaine est localisée aux environs de Karlovy Vary où, avant-gucrre, 68 usines occupaient 17.000 ouvriers et pro-
duisaient 30.000 t. dont 17.500 étaient exportées. Le graphite est utilisé dans la région de Budejovice à la fabrication des crayons.
Toutes ces industries, agricole et alimentaire, du bois, de la céramique et de la verrerie, trouvent leurs matières premières à l’intérieur du pays et exportent la majeure partie de leurs produits. Il n'en est pas de même d’un deuxième groupe dans lequel figurent les industries chimiques, du cuir et des métaux; ces industries exportent bien des produits fabriqués, mais doivent importer des matières premières.
Les industries chimiques sont très florissantes en Tchécoslovaquie; elles le seront encore beaucoup plus lorsque la Slovaquie et la Russie Subcarpathique se seront développées autant que permettent de l’espérer les ressources et les richesses de ces pays, lorsque notamment de nouvelles usines exploiteront à plein rendement leurs mines de sel et salines, distilleront le bois de leurs forêts et utiliseront les gisements de pétrole des Carpathes. On fabrique actuellement de l’acide sulfurique, des engrais artificiels, du carbonate de soude, du sulfate d’ammoniaque, du carbure de calcium, des produits pharmaceutiques, de l’encre, des matières colorantes et des vernis, des matières grasses, des explosifs, des allumettes; des usines sont occupées à l’extraction et à la transformation du goudron, d’autres transforment les sels de Strassfurth en potasse; des raffineries travaillent les huiles minérales de Gbely et surtout celles de Galicie et de Roumanie et fournissent de grandes quantités de pétrole, de benzine, d’essence, de paraffine, de bougies, etc.
L'industr'e du cuir, l’une des plus anciennes des pays tchécoslovaques, produit les 2/3 de ce que produisait l’ancienne Autriche- Hongrie. Les tanneries et corroieries, groupées autour de Liberec, Plzen, Brno, Znojmo, sont aujourd’hui au nombre de 260 et occupent en moyenne 10.000 ouvriers; elles travaillent les peaux indigènes et celles importées surtout de Galicie. L'industrie des chaussures, concentrée dans la Bohême orientale et dans la Moravie centrale, produisait, en 1912-13, avec ses 35.000 ouvriers répartis entre 250 usines, 2» millions de paires de chaussures dont 70 % étaient exportés dans les Balkans, en Russie, aux Indes. La ganterie, dont les principaux centres de production sont Prague et les Monts Métalliques, fabrique, avec une habileté et un goût remarquables, toutes les sortes de gants de peau et exporte 90 % de ses produits.
Grâce à la richesse de son sous-sol, l’industrie métallurgique a toujours été très développée en Tchécoslovaquie. En Bohême, où l’on utilise directement les minerais, cette industrie s’est installée à proximité des bassins houillers et sidérurgiques. En Moravie, au
contraire, on se sert surtout des minerais des Carpathes de Slovaquié et des minerais suédois. Les centres métallurgiques les plus importants sont ceux de Kladno en Bohême, de Moravska-Ostrava- Vitkovice en Silésie, de Brno en Moravie, de Zvolen, de Gemer et de Spis en Slovaquie. Les pays tchécoslovaques produisent annuellement 1.700.000 t. de fer brut et 973.000 &. d’acier, dont 163.000 d'acier Bessemer et Thomas et 793.000 d’acier Martin. Le fer brut et les produits demi-ouvrés sont transformés dans les nombreuses usines de pelles, de câbles métalliques, de tuyaux, de limes, de vis, de pointes et de clous, ete... L'industrie des constructions métalliques, concentrée dans les régions de Prague, Brno, Plzen, Moravska-Ostrava, Bratislava, fabrique charpentes en fer, ponts, chaudières, Lurbines, moteurs à pétrole et à essence, machines pour distilleries, brasseries, sucreries. La fabrication des locomotives et wagons et celle des camions, voiturettes et tracteurs automobiles prennent de plus en plus d'extension; ainsi, avant la guerre, les usines sortaient annuellement une moyenne de 250 locomotives et de 12.000 wagons. L'industrie électro-technique, par suite de l’électrification systématique de tout le pays, est appelée au plus bel avenir; celles de la quincaillerie, des machines agricoles, des boutons et des menus articles métalliques, travaillent pour l’exportation.
L'industrie textile est de longue date très active en Tchécoslovaquie, puisque, dès le Moyen Age, des commerçants arabes venaient à Prague pour y chercher des toiles fines de lin; c’est l’industrie tchécoslovaque qui occupe le plus de personnel (700.000 ouvriers et employés). Grâce à son machinisme très mocerne, elle produisait, avant la guerre, 1.300.000 q. de cotonnades, 530.000 q. de lainages, 300.000 q. de tissus de jute, 225.000 q. de toile de lin, soit 80 % environ de la production totale de l’Autriche-Hongrie. L'industrie cotonnière, qui utilise, en cluffres ronds, 3 millions et demi de broches et 130.000 métiers mécaniques (sans compter 20 à 30.000 métiers à main), est surtout concentrée dans le Nord de la Bohême, dans les régions de Liberec et de Nachod, et en Slovaquie autour de Ruzomberok (Rosenberg). L'industrie lainière a pour principaux centres : Brno, Jihlava, Liberec, Krnov; elle emploie 1.100.900 fuseaux et 43.000 métiers et consomme plus de 300.000 £. de laine lavée, 97 % des filatures de lin de l’ancienne Autriche sont sur le territoire tchécoslovaque, notamment dans le pays de Hlucin (Hlutschin) provenant de l’ancienne Silésie prussienne ; près de 2.040.000 broches et plus de 10.000 métiers y sont en activité. Les industries du jute et de la soie, bien que d’importance secondaire, méritent d’être citées. Enfin, on ne peut passer sous silence la fabrication des dentelles
et des broderies qui, en Slovaquie notamment, présentent une rare originalité, la passementerie, le tricotage, la confection, la bonneterie, la fabrication des chapeaux de feutre et des fez,