V. — Commerce
L'Office tchécoslovaque des statistiques vient de publier les chiffres définitifs du bilan commercial de la Tchécoslovaquie pour les années 1920 et 1921.
L'’exportation s’est élevée, pour l’année 1920, à 27.569.414.586 c. et, pendant l’année 1921, à 27.312.189.300 c. L'importation a atteint au cours des mêmes années : 23.384.411.783 c. et 22.435.356.046 c. Le bilan commercial s'est donc soldé par un actif, en 1920, de 4.186.002.801 c. et, en 1921, de 4.876.833.254 c.
Les principaux articles d'importation sont les céréales nécessaires pour le ravitaillement de la population et les matières premières destinées à l’industrie. En 1921, la République tchécoslovaque a importé des céréales pour une valeur de 4.532.054.220 c. et en a exporté pour 321.511.610 c.; l'importation a donc dépassé l’exportation de 4.210.542.610 c. Cette balance défavorable s'explique par ce fait que les pays tchèques et slovaques ont vu disparaître pendant la guerre tous leurs approvisionnements et subi, comme tous les autres États, les effets du dérèglement économique mondial; ils importent certainement à l’heure actuelle beaucoup plus de vivres qu'ils n’en importaient dans le passé et qu’ils n’en importeront dans l’avenir, lorsqu'ils auront reconstitué leur cheptel et obtenu de leur agriculture son ancien rendement.
Le fait que cette balance nettement défavorable n’a pas empêché le bilan général des importations et des exportations de présenter en 1921 un actif important, est la meilleure preuve de l’essor remarquable de l’industrie tchécoslovaque.
En 1921, la valeur des importations en coton a dépassé celle des exportations de 26.865.186 c., alors qu’en 1920 la différence avait été de 2.504.230.140 c., en raison de la reconstitution des stocks épuisés par la guerre. La balance est encore défavorable pour les métaux (105 millions) et pour l’industrie électro-technique (580 millions); par contre, elle est favorable en ce qui concerne l’industrie des machines (368 millions), le fer et les articles de quincaillerie (748 millions), les cuirs et les articles de maroquinerie (495 millions), la papeterie (528 millions), les articles de confection (742 millions), les soieries (151 millions). Les principaux articles d'exportation sont : le sucre (3.742 millions), les combustibles, bois, charbons, tourbe
(2.329 millions) et la verrerie (2.020 millions). L'industrie de la laine constitue aujourd’hui, avec ses 4.134.127.593 c. d'exportation et ses 2.066.296.558 c. d'importation, l’un des principaux éléments du commerce extérieur tchécoslovaque (1).
Ces statistiques ne donnent qu’une idée approximative de la capacilé commerciale de la Tchécoslovaquie. Son industrie, qui a dû s'adapter aux besoins des armées, subit encore, comme son agriculture, le contre-coup de la guerre; ses conditions d'échange ont été profondément modifiées par suite de la réunion de la Slovaquie et des pays tchèques et de leur séparation des autres provinces de la Double-Monarchie; sa production a souffert dela pénurie des moyens de transport, de la cherté du charbon, des oscillations du change et de l'incertitude de l’avenir politique, social et économique de l’Europe,
Lorsqu’au sortir de cette période troublée d’après-guerre l’État tchécoslovaque aura réussi à assurer sa stabilité économique, il jouera, au point de vue commercial, le rôle important auquel le prédispose sa position géographique exceptionnelle. Tout d’abord, les régions agricoles du centre et du sud de la Bohême et celles de la Slovaquie apporteront aux districts industriels de la Bohême septentrionale, de la Moravie et de la Silésie, les produits alimentaires qui leur font défaut; en échange, ils recevront de ces mêmes pays les produits manufacturés que leurs usines ne peuvent leur procurer. Pour combler leur déficit alimentaire, les Tchécoslovaques importeront de Hongrie, de Roumanie et de Russie, des céréales, notamment du froment, du seigle, de l’avoine et du maïs. Ils demanderont aux peup'es yougoslaves : des graisses, de la laine, du mercure, des peaux, et aux pays irredenlii : des fruits, des vins, des huiles, etc..., à la Galicie et à la Bukovine : du pétrole, du sel, des œufs et des porcs. En outre, les industries textiles auront recours aux laines et aux cotons d'Australie et des deux Amériques, au jute des Indes, tandis que l’industrie métallurgique continuera à importer pour ses besoins de la houille allemande et des minerais de fer suédois. Par contre, l'État tchécoslovaque continuera à exporter à l'étranger la plus grande partie de sa production de sucre, de houblon et de bière, de bois, de textiles, de verre, de porcelaine, de papier, d'articles en fer et en bois, de potasse, de sulfate d’ammoniaque, de benzol, de chaussures, d’articles en cuir, de machines agricoles et industrielles, de confections, d’allumettes, etc.
(1) Les pays qui font actuellement le plus d’affaires avec l’État tchécoslovaque sont : l'Autriche, l'Allemagne, les États-Unis, la France, la Hongrie, l’Italie, la Polos gne, la Grande-Bretagne, la Yougoslavie,