‹ La Formation de l'État TchécoslovaqueChapitre 2 sur 40 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Son évolution historique. Sa transformation en État.

Pour que des populations constituent une nation et soient, par conséquent, en droit de se maintenir ou de s'établir en État souverain, il faut notamment, avons-nous dit, qu’elles possèdent une formalion hislorique indisculablement originale et ‘qu’elles aient, dans leur majorité numérique, manifesté d’une facon très nette leur volonté de vivre ensemble sous un même gouvernement,

Ce n'était pas là précisément le cas de l'empire d'Autriche-Hongrie, Véritable image de la tour de Babel, cet État réunissait en effet des populations qui différaient les unes des autres par la race, la langue, la religion, les intérêts, le passé, les aspirations, qui se jalousaient et se haïssaient et qui, pour la plupart, réclamaient leur indépendance politique.

Au contraire, le peuple tchécoslovaque paraissait tout particulièrement qualifié pour revendiquer le titre de nation. Son histoire va nous le montrer. N'’a-t-il pas derrière lui une tradition nationale vieille de douze siècles? S'il a dû vivre, pendant de longues années, dans le cadre de la monarchie des Habsbourgs, n’a-t-1l pas néanmoins précieusement conservé son individualité, en ne cessant jamais de conduire, avec la plus âpre énergie, sur tous les terrains, politique, économique, financier, intellectuel, artistique, sa lutte pour l’indépendance? Enfin et surtout, ses deux branches, tchèque et slovaque, n’ont-elles pas, pendant de longs siècles, manifesté le désir de s’ériger en collectivité autonome et effectivement uni leurs destinées, le jour où ellesont eu la possibilité de se séparer de leurs oppresseurs respectifs, les Allemands et les Magyars?

Pour plus de clarté, cette histoire des pays tchécoslovaques sera divisée en cinq périodes, correspondant, les deux premières, à leurs

origines et à leur apogée, la troisième à leur martyre, la quatrième à leur réveil et la cinquième, à leur transformation en État libre et indépendant (1).

Nous ne retracerons que dans leurs grandes lignes les diverses phases de la vie politique de ces pays, n’ayant d’autre but que celui de faire ressortir les deux bases essentielles sur lesquelles se sont appuyées les revendications des champions de leur indépendance et repose aujourd'hui la solidité du nouvel État : une conscience nationale, assise sur des droits historiques incontestables, et un désir passionné d'autonomie dans lé cadre d’un même État,

(1) Bibliographie : E. BENEs, Le problème autrichien et la question tchèque: Paris 1908; Détruisez l’Autriche-Hongrie, Paris 1916. — J. Bourcrer, Les Tchèques et la Bohême contemporaine, Paris 1897.— A. CHERADAME, L'Europe ei la question d’ Autriche, Paris 1901; L’Allemagne, la France et la question d'Autriche, Paris 1902. — J. CHorin, L’Autriche-Hongrie « brillant second », Paris 1907. — E. Denis, Hus et la guerre des Hussites, Paris 1878; Les origines de l'Unité des frères bohèmes, Angers 1885; Fin de l’Indépendance bohème, Paris 1890; La Bohême depuis la Montagne Blanekhe, Paris 1903; Les Slovaques, Paris 1917. — V. Depecek, La Tchécoslovaquie et les Tchécoslovaques, Paris 1919.— L. BISENMANN, Le compromis austro-hongrois de 1867, Paris 1904; La Tchécoslovaquie, Paris 1921. — E. Fournoz, De la succession d’Autriche, Paris 1918. — R. Henry, Question d’Autriche-Hongrie et question d'Orient, 3e éd., Paris 1908; Des Monts de Bohême au Goije Persique, Paris 1908. — L. LEGER, La Bohême historique, Paris 1867; Le Monde slave, Paris 1873; Études slaves, Paris 1875; Nouvelles Études slaves, Paris 1880, Histoire de l’Autriche-Hongrie, Paris 1888; Russes et Slaves, Paris 1890-99; Za liquidation de l’Autriche--Hongrie, Paris 1915. — L. Ripauzr, Les Nations opprimées. Paris 1918.— SEron Warson, Racial problems in Hungary, Londres 1908.— L. Weiss, La République Tchéco-Slovaque, Paris 1919. — Revues : La Nation ichèque, Paris 1915-19; Le Monde slave, Paris 1917-18; The New Europe, Londres 1916-20.

V. sur les questions juridiques se rattachant à la naissance de l'État tchécoslovaque l’intéressante conférence de M. le Professeur Hobza: « La République Tchécoslovaque dans le Droit International (Revue générale de Droit international Public. 1922).

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