THÈSE ALLEMANDE PANGERMANISTE
Lors du démembrement de l'empire austro-hongrois, les Allemands intransigeants, les partisans d’une Gross Deulschland, fermement convaincus, suivant le vieux principe teuton, que tout pays où vivent des Allemands est allemand, invoquaient, eux aussi, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et réclamaient le rattachement au Reich de la Bohême et de la Silésie allemande.
« Pourquoi donc, disaient-ils, accorderait-on aux Tehèques, aux Slovaques, aux Polonais, aux Yougoslaves, aux Roumains, aux Italiens de l’ancien empire d’Autriche-Hongrie le droil de libre disposilion et pourquoi nous le refuserait-on à nous, Allemands de Bohême? Ne sommes-nous pas groupés à proximité de notre mèrepatrie, en nombre important et en masses compactes? N’avons-nous pas conquis sur les hommes et sur la nature le territoire que nous occupons? N’avons-nous pas apporté à ces peuples slaves la civilisation occidentale? Ne sommes-nous pas d’une essence supérieure à celle des Tehèques et des Slovaques? N’avons-nous pas tous la même langue, la même religion, les mêmes caractères et ne sommes-nous pas de même race que nos frères d'Allemagne? Enfin, si les chaînes de montagnes sont pour la Bohême autant de murailles qui la séparent de la Saxe, de la Silésie, de la Bavière, l'Elbe, qui emporte en Allemagne toutes les eaux de la Bohême, n'est-elle pas un fleuve allemand etne fait-elle pas de la Bohême une dépendance de la grande
(4) Elles indiquaient par exemple que, sur 100 indigènes de Bohême, parlaient en 1880 : 37,17 allemand et 62,79 tchèque, et en 1910 : 36,76 allemand et 63,19 tchèque, proportions passées en 1921 à 33,04 et 66,64,
Allemagne? Ce serait commettre un véritable déni de justice que de ne pas permettre le rattachement des districts allemands et mixtes de la frontière aux territoires bavarois, saxons ou silésiens dans le cadre du Reich!» ,
On conçoit aisément tout le regret que peuvent éprouver les Allemands à renoncer à leur Deulschbæhmen, dont Bismark avait bien compris l'importance lorsqu'il disait : « Comment, nous devrions céder à quelqu’un la Bohême, ce plateau où prennent leur source tous les cours d’eau qui arrosent l'Allemagne, ce vaste camp retranché que Dieu lui-même a établi au cœur de l'Europe? Mais ce serait favoriser l’asservissement de l'Allemagne !». Une Bohême indépendante et ennemie de l'Allemagne, n’était-ce pas l’anéantissement des beaux rêves germaniques du Milteleuropa, dont Berlin aurait été la capitale et Prague l’un des principaux points d'appui, et aussi de la fameuse ligne Hambourg-Berlin-Prague-Budapest-Nich-Sophia-Constantinople-Konieh-Alep-Bagdad, sur laquelle on comptait pour rendre l’Empire maître des riches et immenses territoires de la Mésopotamie, de la Perse et des Indes ! Pour les pangermanistes, quelle terrible chute du domaine des utopies dans celui des réalités concrètes ! Comment ne pas s’apitoyer sur les cruelles, mais légitimes déceptions de ces pauvres Allemands qui se croient asservis quand ils ne peuvent dominer !