SOLUTION: DÈ LA QUESTION
Tel se posait le problème lorsque, au début de 1919, Polonais et Tchécoslovaques s’entretuaient sur ce coin de Silésie. En effet, en dépit des accords intervenus en 1918 entre M. Kramar et MM. Glombinsky, Moraczewski et Dmowski, stipulant que la question de Teschen serait réglée à l’amiable par leurs gouvernements respectifs, les Polonais et les Tchèques avaient successivement envahi, pour diverses raisons, la région contestée et, faisant fi de la solidarité slave, avaient fini par en venir aux mains (1).
Les Grandes Puissances durent intervenir au milieu de ce déchatnement de passions locales pour arrêter cette lutte pénible entre deux peuples frères, leurs amis communs.
La Commission interalliée, désignée pour procéder au nlébiscite réclamé par les Polonais, n'ayant pu réussir, en raison de la surexcitation des esprits, à remplir sa mission, la Conférence des Ambassadeurs fut choisie comme arbitre et chargée de trancher le nœud gordien. Le 28 juillet 1920, elle rendit sa décision, avec l’agrément de MM. Paderewski et Benes, au nom de leurs gouvernements respectifs.
Le tracé de la frontière tchéco-polonaise n’était ni celui adopté le 5 novembre 1918 par le Conseil tchèque de Silésie et le Conseil National polonais de Cieszyn dans leur accord sur leurs sphères d’influence et d'activité, ni celui proposé par la France en avril 1919, ni celui refusé par les Tchécoslovaques à la Conférence de la Paix en septembre 1919 (2); il laissait à la Tchécoslovaquie le district de Frydek, la presque totalité des districts de Frystat et de Tesin et la mettait notamment en possession de la plupart des mines de houille, des importantes usines de Trinec, de la ligne Bohumin-Kosice, par conséquent aussi du col de Jablunkov.
Cette solution n’était certes pas conforme au principe du droil des peuples à disposer d'eux-mêmes, tel qu’on le conçoit dans toute sa rigueur. Les populations intéressées n’avaient pas été consultées et c’étaient principalement des raisons stratégiques, économiques et ferroviaires qui avaient déterminé les représentants des Grandes Puissances Alliées et Associées. Ces raisons, surtout celles économiques, étaient graves d’ailleurs, il faut en convenir. La Tchécoslovaquie ne pourra guère compter, pour assurer la défense de son ter-
(4) V. RIVET, op. cit., p. 85 ets. et GRAPPIN, op. cit., p. #7 ets. (2) V. en ‘ce qui concerne le tracé de ces diverses frontières, le n° de Za Gazette de Prague du 4 août 1920,
ritoire, sur les quelques kilomètres carrés de Silésie qui lui ont été attribués? — Soit ! — En cas de guerre avec la Pologne, elle ne pourrait pas utiliser le col de Jablunkov et notamment s’en servir pour ses transports de troupes? — Sans doute! — La ville de Bohumin aurait pu rendre d’aussi grands services à la Pologne? — Peut-être ! — Mais il est certain que les gisements d’Ostrava-Karvinna étaient plus nécessaires à la Tchécoslovaquie, pays très industriel et pauvre en charbon, qu’à la Pologne, pays appelé, lui aussi, à un grand essor industriel, mais riche en combustibles. La possession ou la perte de ces mines était bien pour l'État tchécoslovaque une question de vie ou de mort. D'ailleurs la frontière tracée par la Conférence des Ambassadeurs ne s'éloigne peut-être pas beaucoup de la frontière ethnographique polono-tchèque.
Bien entendu, la solution adoptée, n’accordant à chacun des deux peuples qu’une partie de ses revendications, devait faire deux mécontents. En Pologne surtout, elle fut accueillie par un véritable orage de protestations. On peut dire qu’elle n’apporta pas la détente, l’apaisement des passions que l’on espérait.