‹ La Formation de l'État TchécoslovaqueChapitre 5 sur 40 · DES GUERRES HUSSITES A LA BATAIÎLLE DE MOHACS · texte numérisé non relu

DES GUERRES HUSSITES A LA BATAIÎLLE DE MOHACS

eut Je don d’enflammer ses auditeurs, en greffant ses préoccupations de réforme religieuse sur les revendications nationales du peuple tchèque, tandis que, grammairien habile et esprit cultivé, il posait les règles de l’orthographe de la langue tchèque et créait une langue littéraire nationale. Homme doué d’une grande force de caractère, il s’attira, par sa sainteté extérieure, sa tranquillité d’âme devant ses juges et sa courageuse attitude sur le bûcher, les plus vives sympathies ; il réussit à faire de son hérésie une hérésie d État.

La vié de Jean Hus est trop connue pour que nous nous apesanüissions sur elle, mais elle tient aussi une trop grande place dans l’histoire de la nation tchèque pour que nous n’en rappelions pas, en quelques mots, les principaux traits. Jean Hus était recteur de l’Université de Prague quand s’introduisit en Bohême la doctrine de Wiclef. Dans ses prédications de la chapelle de Bethléem, non seulement il admettait le principe fondamental du maître d'Oxford, la reconnaissanée de l’Écriture comme seule unité infaillible, mais encore il s'élevait contre le culte des saints, l’abstinence des viandes, la confession auriculaire et prononçait de violents réquisitoires contre le luxe des papes et la corruption du clergé bohême. Cité à Bologne par Jean XXII, il fut excommunié pour avoir refusé de s’y rendre. Il dut alors se présenter devant le Concile de Constance; après six mois de procès et un refus formel de se rétracter, 1l fut déclaré hérétique et condamné à la peine des hérétiques, le feu; et cela malgré le «chiffon de papier » sur lequel l’empereur d'Allemagne, avec une fourberie toute germanique, s'était porté garant de sa vie et de son retour à Prague. Jean Hus fut donc brûlé vif en 1415,près de Constance, en présence d’une foule considérable. Un an plus lard, Pun de ses disciples, Jérôme de Prague, subissait le même sort.

Après ces deux supplices, il arriva alors ce qui devait fatalement arriver à une époque où les questions religieuses se confondaïient avec les questions nationales : le peuple tchèque, se croyant provoqué, transforma ces deux apôtres en martyrs et se souleva dans tout le pays.

Malgré leur unité de vue à l’origine, les disciples de Hus ne tardèrent pas à former deux grands partis: l’un modéré, dontles adeptes prirent ie calice pour emblème et le nom de calixlins ou utraquistes, et l'autre, plus radical, celui des laboriles qui tint ses réunions sur le mont Tabor.

Venceslas IV (1378-1419) essaya bien d’enrayer le mouvement, mais il était trop tard. Il s’aliéna les Pères de Constance et ne pu empêcher la révolte d’éclater le 30 juillet 1419,.à la suite de prétendues insultes lancées par les échevins de Prague à l’égard des

utraquistes, lors d’une procession organisée dans les rues de la ville par un moine prémontré du nom de Jean de Zéliv. A cette nouvelle, Venceslas eut un terrible accès de colère qui l’emporta.

Les calixtins et même les taborites, dont la religion défendait pourtant de tuer, prirent les armes et, sous les ordres du farouche chef borgne Jean Zizka de Trocnov, puis du moine Procope le Grand, remportèrent d’éclatantes victoires sur les croisés du pape Martin V et de l’empereur Sigismond, qui briguait le trône de Bohême. Derrière leurs chars de combat, les ancêtres de nos tanks, ils envahirent. la Hongrie, l'Autriche, la Silésie, la Lusace, la Moravie et pénétrèrent jusqu'au cœur même de cette Allemagne qui aspirait déjà à exercer son hégémonie sur le monde, au nom du Saint Empire Germanique.

Mais des divisions ayant éclaté entre les hussites, les calixtins s'unirent aux catholiques et battirent les taborites à Lipany en 1434. Deux ans plus tard, la réconciliation se fit entre les Tchèques et l’Église. Les Pères du Concile de Bâle, par l'accord de Jihlava qu'ils signaient le 5 janvier 1436, admettaient en effet la communion sous les deux espèces; cela ne donnait pas entière satisfaction aux hussites, mais cependant mettait fin aux guerres qui avaient couvert la malheureuse Bohême de ruines et de sang.

Ces guerres qui, provoquées par une sorte de malaise religieux, n'ont pu réussir à y porter remède, ont eu des conséquences incalculables tant au point de vue social que national. Elles ont affaibli le royaume mis à feu et à sang, elles ont excité l'appétit des voisins qui se sont empressés d’arracher à l’État tchèque tout ce qu'ils ont pu lui prendre; elles ont détruit la bourgeoisie, épuisé le peuple et par là même fortifié l'aristocratie féodale. Par contre, elles ont rejeté à l'arrière-plan la civihisation allemande, que la Bohême avait adoptée imprudemment sous les Premysl, et fait revivre, même dans les villes qui étaient les foyers les plus ardents du germanisme, le nationalisme slave, avec ses traditions, sa langue, ses idées; elles ont sauvé la langue tchèque devenue officielle et proclamée, dans une grande partie du pays, la seule langue de l’administration.

Après les guerres hussites, qu'était devenu l'immense État tchèque de Charles [V? Presque toutes les possessions germaniques en avaient été séparées, notamment la marche de Brandebourg, acquise par la dynastie des Hohenzollern. La Bohême avait perdu Pirna et Kômigstein, cédées à la Saxe, et Zittau, attribuée à la Haute-Lusacé. La Silésie avait abandonné à la Pologne, Zator et Oswiecim.

L'empereur Sigismond, reconnu roi de Bohême après les compactats de Bâle, mourut le 9 décembre 1437 en Moravie; il laissa son

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