‹ La Formation de l'État TchécoslovaqueChapitre 6 sur 40 · DES GUERRES HUSSITES A LA BATAILLE DE MOHACS · texte numérisé non relu

DES GUERRES HUSSITES A LA BATAILLE DE MOHACS

royaume dans l’anarchie et le désordre. Son successeur, Albert d’Autriche, mourut prématurément en 1439, laissant la couronne à un fils posthume, Ladislas, qui régna pendant seize ans sur la Bohême. Un grand seigneur tchèque, Georges de Podiebrad, exerça pendant ce laps de temps la régence, puis fut élu lui-même roi en 1457. Ayant porté ses efforts vers la paix religieuse, le rétablissement de l’ordre et le réveil du sentiment national, il réussit à grouper autour de lui tous les Tchèques, sans distinction de religions, à les ram?ner à l'amour de leur patrie et de leur race et à resouder les uns aux autres les éléments dispersés de son État. S’il ne put conserver le Luxembourg, il réussit à défendre, contre les ambitions du Brandebourg, les deux Lusaces, à l'exception de la contrée de Kottbus qui passa au rang des fiefs hors des frontières.

Le royaume de Podiebrad fut vraiment un royaume national. S'il comptait des Allemands, des Polonais et des Serbes, en Silésie et dans les Lusaces, il renfermait tout le peuple tchèque, sauf celui qui habitait la Basse-Autriche dans la région de Vitoraz. Seule, la branche slovaque restait aux mains des Magyars.

Mais Podiebrad mourut en 1471. A partir de ce moment, la Bohême passa sous la domination de la maison polonaise des Jagellons qui, à la mort du roi de Hongrie, Mathias Corvin, prit également la direction de cet État. En 1516, Vladislav Jagellon transmit sa double couronne à son fils Louis IT; mais 10 ans plus tard, le 19 août 1526, ce roi, qui avait épousé Marie, la sœur de Ferdinand d'Autriche et de Charles-Quint, mourut à la bataille de Mohacs dans un combat qu'il Hvrait aux Turcs. N'ayant pas d’enfants, sa double couronne devait passer, en vertu d’un ancien pacte de famille, à son beau-frère Ferdinand Ier (1). Les États tchèques contestèrent la valeur légale de ce pacte et obligèrent Ferdinand à se faire élire roi de Bohême le 24 octobre 1526.

Les Tehèques avaient tout d’abord refusé de reconnaître ces titres et de livrer ainsi leurs destinées à une dynastie et à une race qu'ils détestaient; mais, s’étant rendu compte de l'impossibilité où ils se trouvaient de se défendre contre les invasions turques sans l’aide des Allemands, ils avaient fini par accepter la souveraineté de la Maison d'Autriche, non d’ailleurs sans lui avoir imposé certaines conditions. Ferdinand avait dû notamment promattre, dès son avènement, de n’accorder des emplois qu’à des Tchèques, de ne faire usage que de la langue tchèque pour correspondre avec eux et de

(1) En 1364, Charles IV avait conclu avec les ducs d’Autriche un pacte Suivant lequel, en cas d’extinction de l’une des deux maisons, d'Autriche ou de Bohême, tous ces territoires passeraient entre les mains de l’autre.

respecter les traditions et les usages des pays tchèques. En un mot, il s'était formé, entre le prince et ses sujets, une sorte de contrat synallagmatique en vertu duquel ces derniers renonçaient à leur indépendance à la condition qu’il leur fût accordé : liberté, justice et protection. Nous verrons comment la maison des Hasbsbourg tint ses engagements; mais nous pouvons dire, dès à présent, que cette date de 1526 est une date mémorable dans l’histoire de la nation tchèque, car elle marque le commencement de sa décadence et de ses malheurs.

Le hussitisme n’épargna point la Slovaquie. Comment d’ailleurs aurait-il pu en être autrement? Les étudiants slovaques ne faisaientils pas leurs études à l’Université de Prague quand se propagea, en Bohême, la doctrine de Wiclef? Les bandes hussites qui, poussées par leur fanatisme religieux et patriotique, étaient allées semer la terreur dans les États voisins, n’avait-elles pas, à plusieurs reprises, traversé les territoires slovaques et, après leur défaite de Lipany, de nombreux taborites ne s’y étaient-ils point fixés?

Tandis que la doctrine de Hus se propageait ainsi en Slovaquie et que la littérature et la langue tchèques y devenaient en vogue, l’un des chefs hussites les plus valeureux, Jean Jiskra de Brandys, groupa sous son autorité les comtés slovaques; il fit de Kosice (Kassa) sa capitale et fonda un royaume qui resta indépendant jusqu’en 1466, date à laquelle furent dispersés et exterminés les derniers aventuriers tchèques.

L'influence tchèque fut encore considérable sous Mathias Corvin. Cet homme avait en effet vécu en Bohême pendant de longues années | et s'y était marié avec la fille de son ancien adversaire, Georges de Podiebrad;il avait conservé un véritable faible pour la langue tchèque dont ilse servait couramment, même dans la rédaction de ses chartes.

Sous Vladislav IT et Louis IT, ses successeurs, qui étaient à la fois rois de Bohême et de Hongrie, les Slovaques restèrent en rapports très étroits avec les Tchèques. Mais à la mort de Louis IT, la Slovaquie retomba avec la Hongrie sous le joug ottoman.

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