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CHAPITRE III

LES PAYS TCHÈQUES ÉT SLOVAQUES, DE 1526 à 1848

Dès que la Bohême eut ainsi livré ses destinées à l'empire d’Autriche, elle se heurta, elle qui était hussite et devenait protestante sous l'influence des idées de Luther, à une dynastie catholique et centralisatrice.

Dès le mois de mars 1547, les Tchèques, comprenant leur grave im-

prudence, songèrent à recouvrer leur liberté; ils prirent donc parti pour les confédérés de Smalkalde qui venaient de déclarer la guerre à Charles-Quint. Une diète insurrectionnelle s’organisa à Prague; elle décida de donner aux États le gouvernement du Royaume et d'envoyer du secours à l'électeur Frédéric de Saxe pour l'aider à battre Ferdinand, le frère de Charles-Quint. Mais, par suite de leurs hésitations, les Tehèques laissèrent passer le moment favorable pour eux d'intervenir; après le véritable sauve-qui-peut des Saxons à Mühlberg sur l’Elbe le 24 avril 1547, ils se virent contraints de faire leur soumission. Ils furent alors très sévèrement châtiés; le pouvoir royal fut renforcé et la Diète dut proclamer l’hérédité de la couronne dans la famille des Habsbourg.

La paix d’Augsbourg, que Charles-Quint, avant d’abdiquer, signa en 1548 avec les protestants, pour clore les guerres civiles qui avaient ravagé l’Europe centrale, ne devait pas amener la paix religieuse. Si elle fut fidèlement observée sous Ferdinand Ier (1555-1564) et Maximilien II (1564-1576), l'agitation religieuse ne tarda pas à reprendre avec les divisions de la famille impériale.

Sous Rodolphe II (1576-1612), la Hongrie s'étant soulevée, Mathias, son frère, qui y avait été envoyé pour rétablir l’ordre, prit le parti des révoltés, marcha sur la Bohême et obtint de Rodolphe, le 25 juin 1608, la Moravie, la Hongrie et l'Autriche. Mais comme il avait accordé, peu de temps après, à ces provinces la liberté de conscience, la Diète de Bohême la réclama à son tour et l'obtint par la Lettre de Majesté de 1609; la confession tchèque était reconnue et les protestants, autorisés à avoir des défenseurs de la foi chargés de veil-

ler à l'exécution de l'Édit. Deux ans après, Mathias s’empara de la Bohême et, en 1612, après la mort de Rodolphe, il monta sur le trône et prit le titre de roi. Après avoir repris les concessions qu’il avait accordées, il fit reconnaître, en 1617,comme roi de Bohême et de Hongrie, l’archiduc Ferdinand de Styrie, un prince catholique.

Immédiatement, les protestants se soulevèrent, invoquant comme vague prétexte la fermeture de deux temples. Sous les ordres de leurs chefs, Guillaume de Roupa et le comte Mathias de Thürn, ils pratiquèrent, le 25 mai 1618, la célèbre défenestration de Prague, puis formèrent un gouvernement provisoire.

Aïnsi commençait cette formidable guerre de Trente Ans qui, après avoir eu un caractère exclusivement religieux dans les périodes palatine et danoise, devait devenir politique dans celles suédoise et française, par suite de l’accroissement de la puissance des Habsbourg, déjà menaçante pour l'équilibre européen.

Les débuts de l’insurrection furent des plus heureux. Le comte Thurn, l’un des défenseurs de la foi, prit le commandement d’une armée improvisée et réussit, à deux reprises, à battre les généraux de l'Empereur. Un aventurier du nom de Mansfeld, avec des bandes levées à la hâte, s’empara même de Pizen (Pilsen). :

Dès la mort de Mathias (29 mars 1619), la Bohême se jugea assez puissante pour se constituer en État indépendant avec Frédéric V, électeur palatin, comme roi. De son côté, la Hongrie se donnait à Gabor, prince de Transylvanie, qui depuis longtemps caressait le rêve de fonder un État entre l'Autriche et la Turquie.

Thurn, enhardi par ses succès, soutenu par les Silésiens et les Moraves et par les troupes de l'Union Évangélique, entreprit alors le siège de Vienne où s'était réfugié le successeur de Mathias, Ferdinand de Styrie (1619-1637), mais Ferdinand parvint à se dégager et, avec l’aide de la Ligue Catholique, à remporter une victoire décisive, le 8 mars 1620, à la Monlagne Blanche (Bila hora) près de Prague, sur Frédéric V et ses troupes fatiguées et démoralisées.

La Bohême, la Silésie et la Moravie firent alors leur soumission. Elles passaient ainsi définitivement aux mains d’une dynastie allemande et absolue qui, après avoir sévèrement réprimé l’insurrection, allait leur imposer une nouvelle organisation et leur faire subir un long et douloureux martyr.

Dès le 21 juin 1621, les chefs de la révolte montèrent sur l’échafaud, puis le peuple se vit bientôt privé de ses libertés. Les lettres de Majesté furent déchirées, les livres tchèques taxés d’hérésie et brûlés sur les places publiques, les nobles dépouillés de leurs biens et chassés du pays; la langue allemande fut imposée comme langue

officielle, le protestantisme interdit et la religion catholique proclamée religion d’État; des milliers de familles tchèques, qui tenaient à conserver précieusement leurs traditions nationales, durent s’exiler:

Les traités de Westphalie clôturèrent en 1648 cette longue série de guerres qui avait ensanglanté la moitié de l’Europe et amenèrent la paix religieuse, même dans les pays qui, comme la Bohême, avaient été les plus troublés. Mais les pays tchèques, déjà fort ravagés par le feu de la destruction lors des premières guerres hussites, sortaient complètement épuisés des guerres turques, auxquelles ils avaient dû prendre une part active aux points de vue financier et militaire, et surtout de la guerre de Trente Ans; ils ne possédaient plus ni la force matérielle ni la force morale suffisantes pour faire entendre, devant le tapis vert, leurs justes réclamations.

La deuxième phase de la crise hussite, qui avait abouti à la Montagne Blanche, avait si bien achevé de ruiner les pays tchèques, que les souverains autrichiens durent songer à repeupler les territoires dévastés et à leur infuser une nouvelle vigueur. Bien entendu, ils s’adressèrent aux colons allemands. Et alors, tandis que le peuple, dépourvu de chefs depuis l’émigration de l'élite intellectuelle et sociale, perdait peu à peu conscience de sa nationalité, la noblesse tchèque était remplacée par des familles nobles allemandes, telles que les Schwarzenberg, les Mansfeld, les Oetingen; la population étrangère venait en masse, alléchée par les nombreux privilèges qui Jui étaient bénévolement offerts, et la ceinture germanique s’élargissait autour de la Bohême.

C'est ainsi que les Tchèques ne purent conserver leurs positions dans les régions septentrionales de Bilin, d’Usti (Aussig), de Zatec (Saaz), de Zlutice (Luditz), dans celles occidentales de Bor (Haïd), de Domazlice (Taus) et de Manetin. En Moravie, le pays allemand s’étendit également aux dépens du pays national, pour gagner l’importance qu’il a conservée depuis lors.

Les effets d’une telle immigration ne tardèrent pas à se faire sentir sous Marie-Thérèse (1740-1780), Joseph IT (1780-1790) et leurs successeurs : Léopold II (1790-1792) et François Ier (1792-1835), qui voyaient en elle une aide puissante pour absorber le royaume de Bohême dans un État autrichien à la fois germanisé et centralisé.

Dès 1749, la Chancellerie tchèque était supprimée et remplacée par un bureau central d’Empire, ce qui effaçait jusqu’au souvenir de l’existence même de l'État tchèque. En 1774, une ordonnance scolaire prescrivait la langue allemande comme langue de l’enseignement, puis la langue allemande devenait aussi la langue de l’armée. En 1804, était créé le titre d’empire d'Autriche et, en 1815, la

Bohême, la Moravie et la Silésie étaient incorporées à la Confédération germanique.

Aussi ne doit-on pas s'étonner si, pendant cette période où la langue maternelle, en réelle décadence, n’était plus guère parlée que par les paysans dans les campagnes les plus isolées, la littérature tchèque ait subi un temps d'arrêt et n’ait plus été représentée que par quelques rares ouvrages d’une grande médiocrité. « Causa gentis nostrae, nisi Deus adjuvet, plane desperata est », constatait avec peine, en 1810, l'illustre grammairien Dobrovsky, et, en 1827, le grand traducteur Jungmann, découragé, disait avec conviction : « Nous avons eu cette triste destinée d’être les témoins et les complices de l’anéantissement définitif de notre langue maternelle ».

Les craintes et les lamentations des grands patriotes tchèques étaient, i! faut bien le reconnaître, des plus justifiées, car à nalle autre époque de son histoire, la nation tchèque n’a couru un plus grand danger qu’au cours de ce xvirte siècle où l’an ne trouve chez elle aucune trace de vie littéraire.

Heureusement, le souffle de la Révolution française allait raviver, dans l’esprit des peuples, les grandes et nobles idées de nation et de liberté et le Romantisme, bien fait pour séduire les âmes des Slaves, à la fois sentimentales et lyriques, allait ressuseite r en eux l’amour de la langue maternelle qui, en Autriche-Hongrie, a toujours été l’un des facteurs essentiels de la conscience nationale. Un petit groupe d'hommes épris d’idéal devait alors profiter de la maladroite politique gouvernementale pour secouer le peuple de sa torpeur, lui faire reprendre conscience et l’entraîner dans son sillage, vers la réalisation d’un idéal fait de liberté et de justice.

Mais si la politique intérieure des Habsbourg n'avait pas réussi à détruire la conscience nationale tchèque, leur politique extérieure avait commis un mal irréparable en laissant s’effriter le domaine de l'État tchèque confié à Ferdinand.

Dès 1635, les deux Lusaces avaient été cédées provisoirement, mais en fait définitivement, à la Saxe comme fiefs héréditaires.

En 1742, cela avait été le tour de la riche Silésie, passée aux mains du roi de Prusse, Frédéric IT. Le 15 février 1763, le traité de paix d’Hubertsbourg, qui mettait fin à la guerre de Sept Ans, avait attribué 40.000 kilomètres carrés de la Silésie à la Prusse et laissé seulement 5.147 kilomètres carrés à l'Autriche. La nouvelle Silésie autrichienne était notamment amputée d’une partie des territoires d’Opava (Troppau) et de Krnov (Jägerndorf), qui avaient appartenu à la Moravie avant d’être rattachés à la Silésie aux xviet xvrre siècles. Il ne restait plus de l’ancienne Silésie tehèque que le pays de

Tesin (Teschen) et une partie des pays d’Opava, Krnov et Nisa (Neisse).

Non seulement la majeure partie de la Silésie avait été ainsi perdue, mais encore la contrée de Glatz, érigée par Georges de Podiebrad en comté indépendant dans le cadre de l'État tchèque. La perte des fiefs bavarois et saxons avait été officiellement reconnue par le Congrès de Vienne. La Basse-Lusace et la majeure partie de la Haute-Lusace étaient devenues prussiennes, à la suite de la renonciation par les Habsbourg, en leur qualité de rois tchèques, à leur droit féodal sur ces territoires,

En Slovaquie, entre la bataille de Mohacs (1526) et le traité de Pozarevac (1718), les Turcs furent les maîtres absolus du pays. Presque chaque année, tel un torrent impétueux, ils déferlaient sur lui, le razziaient de fond en comble et ne l’abandonnaient qu'après l’avoir dépeuplé et couvert de ruines. De leur côté, les seigneurs profitaient de ce que les rois n’avaient plus aucune autorité sur eux pour opprimer honteusement leurs sujets et les traiter en esclaves. Aussi pendant cette longue période d’invasions, d’injustices, de violences, le peuple fut-il extrêmement malheureux; néanmoins il conserva son individualité, Ce bienfait, il le dut aux guerres hussites qui le mirent en contact avec les prédicateurs et les théologiens de Bohême, à la fréquentation par les étudiants slovaques des universités tchèques, à la lecture des livres de piété rapportés par eux dans leurs familles.

Aussitôt débarrassés des Turcs après le traité de Pozarevac, les Slovaques profitèrent un tant soit peu de la protection accordée par Marie-Thérèse aux serfs et aux paysans. Malgré cette aide, malgré aussi leur activité, ils ne purent s’arracher complètement à leur misère; restant pauvres et désespérant de voir arriver des jours meilleurs, il continuèrent à s’expatrier,

Pendant ce temps, les Magyars, auxquels allaient toutes les faveurs de la souveraine, sortaient de leur longue torpeur et voyaient s’ouvrir devant eux une ère de prospérité imprévue. Ce réveil dé l’esprit national magyar devait d’ailleurs se poursuivre sous le règne de Joseph IT, le successeur de Marie-Thérèse.

En effet, si dans ses multiples innovations politiques, administratives, religieuses, ce royal révolutionnaire eut quelques idées heureuses, comme celle de clore l’ère des persécutions par son édit de tolérance (1781), de réorganiser l’administration hongroise, de sup-

primer les privilèges féodaux, de réformer la justice, il commit aussi de nombreuses maladresses, notamment à l’égard des Magyars. C’est ainsi qu'il supprima le latin comme langue officielle de Hongrie pour le remplacer par l’allemand, plus propre, à son avis, à l’expansion de la civilisation; c’est ainsi encore qu’en 1786 1l fit transporter à Vienne la Sainte-Couronne, symbole de l'indépendance du pays magyar. Ces brimades eurent naturellement le don d’exciter le nalionalisme magyar qui se développa alors d’une façon remarquable sous l’active impulsion d'écrivains de génie, tels que Révay, Kazinezy, Arany, Petôfi Sandor et des grands orateurs Louis Kossuth, Deak et Eôtvôs. :

En 1791, la Diète hongroise donnait l’ordre de nommer des professeurs de magyar dans toutes les écoles secondaires et supérieures et d'enseigner obligatoirement le magyar dans les écoles. A la Diète de 1825, les Magyars réclamaient la substitution de leur idiome au latin dans les messages aux Chambres et les procèsverbaux de séances. En 1835, 21 comitats réclamaient à la Diète que devant les tribunaux, à l’École et à l’Église on ne se servit que du magyar. En 1839, le Parlement demandait au roi — en magyar ! — que cette langue devint la seule langue de l'administration et de l’école et obtenait de lui sa reconnaissance comme langue officielle. En 1844, la Cour de Vienne, sollicitée par la Diète, décidait que « les rescrits royaux, les propositions, les résolutions et les lois sans exception seraient rédigés et promulgués uniquement en magyar ; à la Diète, le magyar serait seul toléré, le magyar serait la langue exclusive de l’enseignement ». Enfin, le 22 décembre 1847, la Diète hongroise proclamait d’une façon définitive que le magyar serait la langue officielle et exclusive du royaume de Saint Étienne; elle arrachait ainsi brutalement aux allogènes leurs dernières garanties et ne tenait aucun compte des observations, pourtant justifiées, de leurs représentants, notamment de celle que lui avait exposée, le 15 Janvier de la même année,le grand patriote slovaque, Louis Stur. «Il n’est pas de maître, disait-il à juste titre, qui ne sache, d’après son expérience quotidienne, que la langue maternelle d’un enfant est la plus favorable à ses progrès, celle qui convient le plus à l’enseignement. C’est dans cette langue que nous avons appris non seulement à penser, mais à sentir, et le sentiment ne joue pas moins de rôle dans la formation de l’enfant que l'intelligence. Je vous demande donc, dans l’intérêt de mon peuple, de maintenir dans l’école sa langue maternelle, »

Pendant longtemps, les Slovaques, bien que relégués à l’arrière plan et atteints dans leurs droits les plus sacrés, ne s’étaient pas rendu

compte des dangers de la renaissance magyare; ils avaient été à peine troublés par ces lois iniques qui préparaient la prépondérance des descendants d’Arpad dans l’État hongrois. C’est qu’en effet, à cette époque où la vie intellectuelle de la Bohême était devenue quasi léthargique, la Slovaquie était, elle aussi, tombée dans une somnolence insouciante et rêveuse qui la rendait mélancolique, résignée et inaccessible à la haine. Il est probable que l’idée elle-même de résistance aurait fini par disparaître chez les Slovaques si deux des leurs, Kollar et Safarik, écrivains de talent, grands patriotes et panslaves acharnés, n'avaient publié, l'un, La Fille de Slava et La Solidartité lilléraire entre les tribus et les langues slaves, l’autre, Les Anliquilés slaves et L’Ethnographie, chefs d’œuvre-bien faits pour relever des courages défaillants et regrouper pour l’assaut des troupes démoralisées.

Le mouvement nalional slovaque, ainsi déclanché, se développa très rapidement et ne tarda pas à se heurter violemment au mouvement national magyar. Le gouvernement hongrois, confiant en sa force et convaincu que ses minorités nationales étaient incapables de soutenir une longue résistance, prit aussitôt des mesures de répression très sévères pour arrêter le développement de cette renaissance slave. Les patriotes slovaques, bien loin d'abandonner la partie engagée, se groupèrent alors en sociétés et fondèrent des journaux et des revues de propagande; ils entreprirent, d'accord avec leurs camarades de misère, les Roumains, les Ruthènes, les Croates, une lutte sans merci contre leurs tyrans communs, qui professaient le plus profond mépris pour tout ce qui n’était pas magyar et déclaraient avec emphase : « Extra Hungarium non est vita, auf, si est vita, non ita ».

Malheureusement, les grands chefs slovaques, autour desquels s'était groupée l'élite intellectuelle du pays, notamment Louis Stur (1815-1856), l’âme de la résistance, et ses dévoués collaborateurs Hodza et Hurban, commirent une imprudence si grave qu’elle aurait pu être fatale à l’unité morale tchécoslovaque. Voulant en effet provoquer dans le pays un large mouvement populaire et nationël, ils crurent nécessaire de s’adresser à la masse dans sa langue maternelle; ils reprirent alors le projet de Bernolak, qui, vers la fin du xvirte siècle, s’était ingénié à donner à ses compatriotes une langue différente du tchèque, depuis les hussites la langue littéraire du pays, et à faire prévaloir un dialecte local. En 1846, après de longs efforts, Stur parvint à faire adopter par les luthériens le dialecte slovaque le plus répandu; mais il échoua auprès des catholiques qui préféraient l’idiome de Bernolak. Scission linguistique éphémère ! car, en 1850, le professeur à l'Université de Prague, Hattala, réussit

à rapprocher catholiques et protestants en leur faisant accepter sa Grammalica linguoe slovanicoe et en 1851,'à Presbourg, une conférence linguistique consacra officiellement l’idiome national.

Cette imprudence, ajoutée à la méfiance religieuse des deux peuples et à l’abandon des Slovaques entre les mains des Magyars, rendit les relations entre Prague et la Slovaquie moins régulières et moins amicales; elle faillit rompre à tout jamais les liens puissants qui les avaient toujours unies l’une à l’autre. Ce fut l'oppression magyare, de plus en plus rigoureuse, qui rapprocha à nouveau les Slovaques de leurs soutiens héréditaires de Bohême et de Moravie.

Au point de vue territorial, la Slovaquie s’était accrue, pendant le xvinie siècle, aux dépens de la Pologne, du cercle de Caca (Csacza), dans le comitat de Trencin, ainsi que de la partie septentrionale du comitat d'Orava. De plus, en 1769, le gouvernement autrichien avait feit occuper, pour l’incorporer ensuite à la Hongrie slovaque, la partie septentrionale du comitat de Spis, qui avait été affectée en 1412 par le roi de Hongrie Sigismond, en garantie d’un prêt hypothécaire à lui consenti par le roi Jagellon, et qui était depuis restée entre les mains de la Pologne.

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