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LIMITES DU ROYAUME

En 912 le royaume, alors gouverné par Charles le Simple, sembla de nouveau destiné à s’étendre vers le nord-est, en absorbant cette fois dans son semble, après la mort du dernier des Carolingiens de la branche allemande, Louis l’Enfant, le royaume de Lorraine tout entier, c’est-à-dire la presque totalité des pays cisrhénans situés au nord des monts Faucilles, qui se donna au dernier représentant mâle de la dynastie carolingienne, à ce même Charles le Simple. Malheureusement les dissensions qui amenèrent la chute de Charles le Simple, en 923, replacèrent le royaume de Lorraine sous l’autorité des souverains de l’Allemagne et, malgré les efforts de Louisd’Outremer d’abord, de Lothaire ensuite qui après la mort de l’empereur Otton II, se rendit un moment maître de Verdun, en 985, la Lorraine tout entière fut indissolublement unie pour des siècles à la couronne allemande.

Vous le voyez, Messieurs, à l’avènement de Hugues Capet, les limites du royaume de France se retrouvaient donc les mêmes, à peu de choses près, qu’au lendemain du traité de Verdun. Elles étaient formées, dans presque toute la région orientale, du nord au sud, par des lignes conventionnelles représentant les limites des pagi ou divisions administratives de l’époque franque qui avoisinaient l’Escaut, la Meuse à partir des environs de Mézières, la Saôrle et le Rhône.

A l’extrémité septentrionale du royaume, la limite, partant des bouches de l'Escaut, atteignait Gand par une ligne idéale et suivait ensuite le cours de ce fleuve qu’elle remontait jusqu’en deçà d’Audenarde. Elle dépassait l’Escaut sur les territoires de Tournai et de Valenciennes qui obéissaient alors, le premier à l’évêque de Tournai, le second au comte d’Ostrevant, l’un et l’autre vassauxdu roide France. Plusausud, leCambrésis, relevant alors de l’Empire, la limite du royaume était, vers Cambrai, à quelques lieues en deçà du fleuve. Depuis la source de l’Escaut jusque vers l’endroit où la frontière actuelle de la France atteint la Meuse, la limite du royaume de Hugues Capet était identique, à trois ou quatre villages près, à celle qui sépare aujourd’hui la France de la Belgique. La Meuse limitait ensuite le royaume sur un espace de quelques lieues, c’est-à-dire jusqu’à Mézières qui, ainsi que Doncherv, Sedan, Mouzon et la plus grande partie de l’arrondissement de Vouziers, dépendait alors de l’Empire. La ». limite entre la France et l’Empire ne différait guère ensuite

LE ROYAUME DE HUGUES CAPET

de celle qui séparait encore, en 1789, le gouvernement de Champagne de la Lorraine.

Au delà des monts Faucilles qui limitaient au sud cette annexe de l’Empire qu’on appelait encore le royaume de Lorraine, au delà de ces montagnes qui, en 1789, servaient encore de limite au gouvernement de Lorraine du côté de la Franche-Comté, le royaume français confinait au royaume d’Arles ou de Bourgogne qui obéissait alors à Conrad le Pacifique, troisième représentant d’une dynastie issue de Conrad, oncle maternel de Charles le Chauve. Vers cet état, la frontière du royaume capétien, presque identique à la limite orientale des départements de la Haute- Marne, de la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire, ne s’éloignait pas sensiblement du cours de la Saône, qu’elle suivait exactement à l’est du Maçonnais. Au sud de cette dernière contrée qui relevait delà France, le royaume de Bourgogne comprenait, à l’ouest de la Saône, puis à l'ouest du Rhône, le Forez, le Lyonnais et le Vivarais, c’est-à-dire des pays que représentent aujourd’hui les départements de la Loire, du Rhône et de l’Ardèche. L’Uzège, — on appelait ainsi le pays dont Uzès était le chef-lieu, — l’Uzège, extrémité septentrionale du département du Gard, originairement étranger à la France de Charles le Chauve, et qui avait obéi à plusieurs des souverains qui s’étaient succédé en Provence, était alors rattaché, moralement tout au moins, au royaume de France depuis que la branche de la maison de Toulouse qui dominait sur le Rouergue et sur le marquisat de Gothie y avait fait reconnaître son autorité.

Vers le midi, le royaume de France avait perdu, depuis le traité de Verdun, la moitié occidentale des contrées qui, au delà des Pyrénées, avaient accepté la domination de Charlemagne et de ses premiers successeurs. La Navarre, qui d’ailleurs n’avait jamais pu être considérée autrement que comme un pays tributaire, la Navarre s’était effectivement constituée en état indépendant, sous le sceptre d’une dynastie de race vasconne, à une date qui ne peut guère s’éloigner de l’an 855. Aussi l’autorité du roi de France n’était-elle plus reconnue outre monts que dans la Marche d’Espagne ; c’est le nom sous lequel on désignait le pays qui plus tard, et on ignore pour quel motif, prit le nom de Catalogne. La Marche d’Espagne ne s’étendait encore alors que sur les diocèses d’Urgel, de Roda, de Girone, d’Ausone et de Barcelone ; et Barcelone, ville conquise en 801 sur les Arabes, était alors le chef-

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