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POPULATIONS DU ROYAUME

lieu de cette circonscription féodale de la Marche d’Espagne, qui n’embrassait pas encore Lérrda, Tarragone et Tortose demeurées au pouvoir des émirs musulmans.

Contrairement à ce qui avait eu lieu lors des partages de la monarchie franque aux vie, vne et vme 'siècles, le traité de Verdun, qui doit être considéré comme la charte constitutive du royaume de France, tenait compte jusqu’à un certain point des diverses nationalités réunies jusque-là sous l’empire des Francs. Le second fils de Louis le Pieux, celui que l’histoire désigne, en raison du lot qui lui échut sous le nom de Louis le Germanique ou de Louis l’Allemand, régna sur la plus grande partie des populations de langue germanique auxquelles on adjoignit tout naturellement les populations slaves tributaires des Francs qui résidaient à l’est de la Germanie. Le royaume de la France occidentale, c’est-à-dire le royaume de Charles le Chauve, comprenait presque exclusivement des populations de langue romane, qui occupaient les pays situés à l’ouest de la Meuse, de la Saône et du Rhône; mais à ce royaume, qui englobait en outre les populations germaniques établies entre l’Escaut et la côte du Boulenois, on avait également uni, ainsi que le commandait la géographie, les populations de race bretonne établies à l’extrémité nord-ouest de l'Empire carolingien, dans la péninsule armoricaine, et les populations gasconnes qui dominaient à la frontière sud-ouest au delà de la Garonne. La part de l’empereur Lothaire, formée au point de vue géographique, de la manière la plus bizarre, s’étendait depuis le Zuiderzée jusqu’à l’extrémité méridionale de l’Italie et se composait du tiers oriental de la Gaule, c’est-à-dire de la portion de ce pays située à l’est du Rhin et des Alpes, auquel était jointe l’Italie. Les populations de langue romane dominaient aussi dans cet état qui séparait le royaume de Charles le Chauve de celui de Louis l’Allemand, mais il comprenait un important appoint de populations germaniques dans la plupart des contrées du bassin rhénan, et, par exemple, dans les pays qui forment à présent le royaume néerlandais, la Prusse rhénane, l’extrémité septentrionale de la Belgique, le grand-duché de Luxembourg, l’Alsace, ainsi que quelques parties de la Lorraine et du canton de Berne ;

LE ROYAUME DE HUGUES CAPET

on rencontrait aussi, dans certaines régions du bassin du Rhône soumises à Lothaire, un élément germanique encore important, niais qui depuis a cédé le pas à l’élément roman, dans certaines parties de la Franche-Comté, envahies, à l’époque des grandes invasions, par les Chamaves, les Varasques et les Scodingues, dans le canton de Vaud et dans le Valais.

A l’époque de Hugues Capet, c’est-à-dire dans les dernières années du xe siècle, le royaume de France constituait donc un état dans lequel on parlait presque exclusivement un langage roman et que gouvernait un prince qui n’entendait ni le latin, la langue des clercs, ni l'allemand, la langue de Charlemagne et des souverains qui, depuis Clovis jusqu’à ce prince pour le moins, avaient gouverné la nation franque et les populations occidentales soumises à celle-ci. Le fait que Hugues Capet ignorait la langue allemande, qui cependant était le langage originel de sa mère Hadevide ou Havoie de Saxe, sœur de l’empereurOtton Ier, est implicitement attesté par un chroniqueur contemporain dont l’œuvre historique, retrouYœe en 1833 par Pertz dans la bibliothèque de Bamberg, a été mise à jour par cet éminent érudit quelques années plus tard ; je veux parler de Richer, moine de Saint-Remi de Reims qui, relatant l'entrevue qu’eut à Rome, en 981, l’empereur Otton II avec Hugues Capet, alors duc de France, rapporte qu’Otton s’exprimant en latin, l’évêque d’Orléans faisait fonction d’interprète et traduisait à Hugues les paroles de l’empereur *.

Mais les pays romans du rojTaume capétien, qui, du nord au sud, s’étendaient sur une longueur de 250 lieues, des environs de Saint-Omer à Barcelone, étaient assez différents d’origine, de caractère, de mœurs et même de langage pour qu’un véritable antagonisme séparât les deux principaux groupes dépopulations romanes que le traité de Verdun avait unies. D’autres groupes ethniques, encore plus différents, je l’ai déjà dit, occupaient en outre les régions comprises entre l’Escaut, la mer du Nord et la Canche, la plus grande partie de la péninsule armoricaine, le pays compris entre la Garonne et les Pjménées et, à ces groupes profondément dissemblables était venu s'ajouter, de 911 à 933, dans la province ecclésiastique de Rouen démembrée de la Neustrie, un nouvel élément étranger qui se fondit assez rapidement, en le modifiant quelque peu, dans l’élément roman qui y dominait

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