UNION DU DAUPHINÉ A LA COURONNE
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tagne ne fut point séparée violemment du royaume, car les Bretons entendaient maintenir leur autonomie sans cesser d’être français et la question bretonne ne reçut pas de règlement du vivant même de Charles V. Ce fut seulement le 15 janvier 1381, quatre mois après la mort de ce grand prince, que la paix se fit, à Guérande, entre le nouveau roi Charles VI et le duc Jean IV.
Tels sont les principaux événements politiques et militaires qui, durant les quatorze années du règne de Charles V, apportèrent quelque heureuse modification dans la composition territoriale du royaume de France, ou du domaine de la couronne. Mais on ne doit pas ignorer plusieurs faits que leur moindre importance au point de vue politique m'avait fait réserver jusqu’ici.
Deux de ces faits se rapportent à la limite orientale du royaume, c’est-à-dire à sa limite du côté de l’Empire : l’un et l’autre la modifièrent, bien que fort inégalement. Le premier est l’union effectuée à la couronne de France du Dauphiné de Viennois, lequel, compris entre le Rhône et les Alpes, s’étendait même sur le versant italien dans la partie antérieure de la vallée de la Doire Baltée et duquel relevait le marquisat de Saluces, situé outre les monts ; mais cette annexion, pour importante qu’elle soit, n’est pas un résultat de la politique de Charles V : vous avez vu avec quelle habileté elle avait été préparée par Philippe de Valois. Le second de ces faits concerne la seigneurie de Mouzon, sur la Meuse, à l’orient du comté de Rethel, seigneurie formée de onze paroisses que Charles V acquit, en 1379, par voie d’échange avec l’archevêque de Reims et que, au siècle suivant, on disait encore en «terre d’Empire ».
Parmi les accroissements dont je n’ai point encore pu parler, je mentionnerai d’une façon particulière la châtellenie de Limoges qui fut, en 1371, détachée de la vicomté de Limoges, sur le désir des habitants qui mirent cette condition à leur retour sous la domination française; le comté d’Auxerre, composé d’une quarantaine de paroisses, que le roi acquit la même
CHARLES V, LE ROI RÉPARATEUR
année du comte Jean Esthier, de la maison de Chalon-sur- Saône, pour la somme de 31,000 livres d’or et dont la vente fut bientôt attaquée, quoique inutilement, par la famille du vendeur; en troisième lieu, l’apanage du duc d’Orléans, oncle du roi dont les membres principaux étaient le duché d’Orléans, le comté de Valois accru en 1354 des anciennes châtellenies champenoises d’Oulchy-le-Château et de Neuilly-Saint-Front, et le comté de Beaumont-sur-Oise ; enfin le comté de Dreux, vendu par les héritiers de Simon de Thouars ; Tristan Renault, l’un d’eux, avait cédé les deux tiers de ce comté contre la terre de Benon, en Saintong'e, qui, à cette occasion, fut érigée elle-même en comté.
Si maintenant nous envisageons les aliénations opérées par Charles V, nous constatons facilement que ce prince, qui rétablit la France dans les limites qu’elle avait avant le traité de Brétigny, n’était pas d’humeur à appauvrir le domaine dans les mêmes proportions que l’avait fait le roi Jean, au lendemain du démembrement de 1360. Deux faits l’attestent suffisamment ; d’une part le simple titre de comte de Valois, donné à son fils puîné, dénote l’intention de n’assigner à ce prince qu’un assez mince apanage dont le comté de Valois devrait être la pièce capitale ; d’autre part, la mesure qu’il prit, en 1366, au sujet de l’apanage que son oncle, le duc Philippe d’Orléans, avait reçu en 1344 comme dédommagement du Dauphiné de Viennois. Considérant combien l’opulenceexcessive du duc d’Orléans était préjudiciable à l’Etat, il s’occupa sérieusement des moyens de la réformer. Le prince, sur la première proposition que lui fit le roi, d’après l’avis de son conseil, de se démettre d’une partie de ses domaines, se montra d’abord fort éloigné d’y acquiescer ; vaincu ensuite par les représentations de ses parents et de ses amis, il consentit à remettre tous ses apanages et autres biens au roi, son neveu, pour que celui-ci lui en fît telle part qu’il jugerait à propos. En conséquence, on conclut en plein conseil, à Paris, au mois de janvier 1367, un traité par lequel, après remise totale des biens du prince, le roi lui accorda le duché d’Orléans et le comté de Valois.
Charles V ne se montra pas aussi rigoureux à l’égard de ses