PREMIÈRE RÉUNION DE GÈNES
sion de l’influence française. Il semblait que les limites de la France fussent trop étroites et qu’elle dût déborder sur toutes les frontières. Aussi la seule modification territoriale importante qu’on puisse signaler pour la période du règne de Charles VI qui précéda la nouvelle invasion anglaise, ne peut guère passer, aux yeux du géographe historien, pour un réel accroissement du territoire français ; c’est en effet l’acquisition d’une province italienne séparée du gros du royaume parla Provence, qui alors obéissait à un seigneur indépendant. Je veux parler du territoire de la république de Gènes qui, depuis Nice jusqu’au delà de Luna, mesurait un développement de côtes de soixante-dix lieues environ.
La république de Gènes s’était placée sous le protectorat du roi de France dès l’an 1392 : elle se soumit complètement à ce prince en 1396, afin d’échapper à la convoitise de Galéas Visconti. Le traité conclu à Paris entre les Génois et la France portait que Charles VI et ses successeurs devenaient à perpétuité souverains de tout les états génois, de sorte que les fleurs de lis de France furent arborées à Gènes et dans toutes les possessions de la République, en Corse, à Chio, à Péra (le faubourg génois de Constantinople) et jusqu’à Caffa, au fond delà mer Noire, sur les plages lointaines de la Crimée. Cependant l’union ne se prolongea pas plus de quatorze années, de 1396 à 1410 : une révolte chassa le maréchal Boucicaut, gouverneur de Gènes au nom du roi Charles VI ; mais plus tard, à plusieurs reprises, la république reconnut la souveraineté de nos rois : sous Charles VII d’abord, de 1458 à 1461 ; sous Louis XII, de 1499 à 1512, enfin sous François Ier, de 1527 à 1528. Il est intéressant de noter que c’est à cette période, de 1396 à 1410, que remontent les premiers liens qui unirent la Corse à la France.
Tel était, à la fin du xive siècle, l’engouement pour les acquisitions lointaines qu’il faisait mépriser les chances d’agrandissement à l’intérieur. Du moins en fut-il ainsi en 1391, après la mort de Gaston Phébus, comte de Foix, vicomte souverain du Béarn, possesseur de nombreux fiefs en Gascogne et en Languedoc, dernier représentant de l’antique maison de Foix. Ne laissant que des bâtards inhabiles à lui succéder, Gaston Phébus avait engagé le comté de Foix au roi Charles VI pour une forte somme, afin de l’empêcher dépasser au vicomte de Castelbon, son neveu à la mode de Bretagne. Les anciens sujets de Gaston désiraient la
réunion au domaine de la couronne ; mais, grâce à l’appui du duc de Berry, le vicomte de Castelbon fut admis au rachat de la terre engagée, conformément au droit féodal, de sorte que l’héritage de Gaston Phébus eut encore ses seigneurs particuliers jusqu’en 1589. Henri IV le réunit à la couronne en devenant roi de France.
On laissa échapper de même, en 1399, le comté de Périgord, confisqué par un arrêt du Parlement, et qui — je vous l’ai dit tout à l’heure — vint grossir l’apanage du duc d’Orléans.
Mais, vers le même temps, on parvint à faire disparaître les dernières menaces qui résultaient encore pour le royaume de l’hostilité de Charles le Mauvais. D’abord en 1395, quand Richard II épousa Isabelle, fille de Charles VI, la France recouvra l’importante place maritime de Cherbourg que le roi de Navarre avait livrée aux Anglais dix-sept ans auparavant ; puis, par la création du duché de Nemours, on put donner satisfaction à l’innocent héritier d’un incorrigible conspirateur sans créer un nouveau danger pour notre pays.
Le duché de Nemours, qui avait pour chef-lieu une localité dont le nom n’avait jamais eu d’importance dans la géographie féodale, fut formé de toutes pièces par le groupement de quinze châtellenies situées : cinq dans le Gâtinais ou dans le pays avoisinant, Nemours, Grez, Château-Landon, Metz-le-Maréchal (qui au xme siècle avait appartenu aux anciens maréchaux de France, Aubry Clément et Henri Clément) et Courtenay, constituant encore au xvme siècle l’élection de Nemours ; les dix autres éparses dans l’ancien comté de Champagne et de Brie : d’abord Bray-sur-Seine, Pont-sur-Seine et Nogent-sur-Seine, représentant le groupe Champenois le plus important ; puis Ervy, Saint- Florentin, Coulommiers, Nogent-l’Artaud, Larzicourt, Beaufort (aujourd’hui Montmorency, au département de l’Aube) et Soulaines, réparties dans les départements actuels de Seine-et- Marne, Yonne, Aisne, Aube et Marne. La dispersion de ces quinze châtellenies ne permettait point à leur possesseur de devenir un vassal bien dangereux. Le duché avait été constitué pour l’assiette des 12.000 livrées de terre que le roi Charles VI accorda en 1404 à Charles III, roi de Navarre, qu’on appelle Charles le Noble, fils et successeur du trop fameux Charles le Mauvais, en échange des possessions normandes et autres confisquées en 1378 sur l’éternel ennemi des Valois. Mais hélas ! si par le règlement