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TRAITÉ DE TROYES

définitif de la question naY^arraise, on avait supprimé un risque, cela ne sauva pas la France du danger qui allait renaître, plus terrible, du côté anglais.

Le meurtre du duc d’Orléans, le 24 novembre 1407, ouvrait l’ère des guerres civiles. En 1415 le roi d’Angleterre, Henri V. qui, depuis deux ans déjà, avait remplacé son père sur le trône, profita des troubles pour réclamer les provinces cédées cinquantecinq ans auparavant par le traité de Brétigny. Repoussant les propositions des plénipotentiaires français, il prit Harfleur et infligea bientôt à son adversaire le sanglant désastre d’Azincourt : comme il achevait la conquête de la Normandie, le meurtre du duc de Bourgogne à Montereau, en 1419, vengeait celui de Louis d’Orléans et jetait le nouveau duc de Bourgogne dans les bras de Henri V. Le Dauphin, le futur Charles VII, devenu leur ennemi commun, fut proscrit et, le 21 mai 1420, ses adversaires signèrent à Troyesle traiié le plus infâme et le plus funeste à la France, traité enregistré neuf jours après au Parlement et juré par les quatre Facultés de l’Université de Paris. Il y était stipulé que Charles VI, le malheureux roi fou, donnait à Henri V sa fille Catherine en mariage, le déclarant régent du royaume et héritier de la couronne de France à l’exclusion de tout descendant mâle de saint Louis.

Ce traité de Troyes semblait être la conclusion définitive de la lutte qui avait si longtemps divisé la France et l’Angleterre. Il donnait pour bases à la paix l’union permanente des deux pays sous un même monarque, la fusion des deux familles royales en une même famille. Seul le Dauphin, considéré comme complice du guet-apens de Montereau, était sacrifié, lui seul, et en réalité, la France avec lui. C’est ce que comprit fort bien le parti des anciens amis du duc d’Orléans ou, comme on l’appelait alors, le parti Armagnac qui, à le bien prendre, fut alors le parti véritablement national.

Un instant on put croire que le traité de Troyes ne serait pas de longue durée. Henri V expirait le 31 août 1422, à l’âge de trente-quatre ans, précédant de peu dans la tombe son beau-père Charles VI et laissant pour unique héritier un enfant au berceau,

ï34 CHARLES VI. - LA FRANCE MENACÉE DE DISPARAITRE

Henri VI qui, deux mois plus tard, succédait, sur le trône de France, à son aïeul maternel, sous la régence du duc de Bedford, l’un des frères de Henri V.

La guerre continua entre les Anglais et les Dauphinois, — tel était le nom que l’on donnait aux soutiens du roi légitime — et le parti national reculant sans cesse, la cause de l’indépendance française semblait désespérée lorsque apparut Jeanne d’Arc. Je n’ai pas à redire ici ce que chacun sait : la part qui revient à cette fille héroïque dans le réveil de la France et la confiance qu’elle sut rendre au roi qui doutait de la légitimité de sa cause. Mais il nous faut constater la situation des deux partis au moment même où Jeanne entrait en scène, à la fin du mois d’avril 1429.

L’Angleterre dominait alors sur la moitié environ du royaume celle qui comprenait les provinces les plus productives de notre beau pays. Toute la partie de la France située à droite de la Loire, depuis la limite commune du Beaujolais et du Maçonnais (vers l’extrémité méridionale du département de Saône-et-Loire) jusqu’à l’embouchure de la Loire, reconnaissait, à quelques exceptions près, l’autorité de Henri VI. Les états de ce prince s’étendaient même, avec le duché de Bretagne, au delà de la Loire, jusqu’à la limite septentrionale du Poitou. Le roi légitime n’avait guère conservé au nord de ce fleuve que la partie septentrionale de l’Anjou, de la Touraine et du Blésois, une partie du Dunois (la ville d’Orléans, alors assiégée, semblait devoir succomber); 1 e petit comté de Gien et le pays de Puisaye (extrémité sud du département de l’Yonne); il était en outre obéi sur quelques points isolés, parmi lesquels on peut citer le Mont-Saint-Michel, le Tournaisis enclavé dans les possessions septentrionales de la maison de Bourgogne, la châtellenie de Vaucouleurs, de laquelle dépendait le village natal de Jeanne d’Arc, et peut-être aussi la Ferté-Bernard au Maine.

Ainsi, pour employer des noms de provinces encore connus de tous, Henri VI régnait sur la Flandre, française et belge, l’Artois, la Picardie, la Normandie, la Bretagne, le Maine, l’Orléanais en majeure partie, l’Ile-de-France, la Champagne, le Barrois, la Bourgogne et le Nivernais.

Il possédait en plus, dans le midi, le Bordelais, le Bazadais pour la majeure partie, les Landes, le Labourdan et la Soûle composant la Guyenne anglaise.

Moins de trois mois après l’arrivée de Jeanne à Chinon,

JEANNE D'ARC. - TRAITÉ d’aRRAS

Charles VII était sacré à Reims, le siège d’Orléans avait été levé, l’Orléanais, la Champagne et le Barrois reconnaissaient de nouveau l’autorité du roi légitime.

La mort de Jeanne d’Arc marqua un temps d’arrêt dans les progrès des Français : le Maine cependant avait été en partie dégagé, mais le grand obstacle était la puissance bourguignonne qu’on eût voulu détacher de l’alliance anglaise. Charles VII avait déjà conclu avec le duc Philippe le Bon des trêves successives qui avaient duré du 28 septembre 1424 au 1er novembre 1428 ; le 13 décembre 1431, une nouvelle trêve générale entre la France capétienne et la Bourgogne fut conclue pour six années. Les négociations continuèrent. Enfin un congrès se réunit à Arras, en juillet 1435, pour aviser aux mo}rens de terminer la guerre entre la France, l’Angleterre et la Bourgogne. La première séance eut lieu le 5 août et le congrès se prolongea durant un mois et demi ; les Anglais y participèrent, mais ils montrèrent de telles exigences qu’on ne put s’entendre. Alors le duc de Bourgogne consentit à traiter sans eux, ce qu’on n’avait pu obtenir de lui jusque-là : la mort du duc de Bedford, survenue le 14 septembre, mit fin à ses hésitations et, six jours après, la paix était conclue.

Afin d’obtenir un résultat si nécessaire au salut de la France, Charles s’était résigné à tous les sacrifices. Il abandonnait à son cousin de Bourgogne non seulement les comtés de Mâcon et d’Auxerre, la châtellenie champenoise de Bar-sur-Seine, les châtellenies de Péronne, de Roye et de Montdidier en Picardie, toutes terres, que le duc Philippe occupait au moins depuis 1423, en vertu d’une concession faite par le duc de Bedford au nom de Henri VI, mais encore toutes les villes, terres et seigneuries appartenant à la couronne sur les deux rives de la Somme ; c’està-dire Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville avec tout le comté de Ponthieu, Doullens, Saint-Riquier et quelques-unes des possessions rojrales situées à la frontière, vers l’Escaut, comme Crèvecœur et Arleux en Cambrésis et Mortagne en Tournaisis. Toutefois la cession des villes de la Somme et des domaines de la frontière était faite avec faculté de rachat pour le roi, moyennant la somme de 400.000 écus d’or. La cité dcTournai, si vaillamment fidèle au monarque légitime durant les terribles épreuves des quinze dernières années, resta unie au domaine royal ainsi que Saint-Amand et la petite province du Tournaisis,

réserve faite de Mortagne compris dans la cession faite au duc. Mais Charles VII abandonna également à Philippe le Bon la garde de l’abbaj'e de Luxeuil, quoique ce territoire, formé d’une vingtaine de paroisses et enclavé dans la Franche-Comté, fût rattaché au royaume de France depuis la fin du xme siècle par suite de l’union du comté de Champagne au domaine de la couronne.

A ce prix, la Flandre, l’Artois, la Picardie, la Bourgogne et le Nivernais soumis à la maison ducale de Bourgogne reconnurent l’autorité de Charles VII auquel se rallia bientôt aussi le duc de Bretagne. Ainsi la Normandie et la Guyenne anglaise demeuraient à peu près les seules provinces où les Anglais dominassent réellement. Ailleurs ils possédaient çà et là des places encore nombreuses ; mais, sept mois plus tard, Paris allait leur échapper.

En réconciliant Philippe le Bon avec Charles VII, le traité d’Arras enlevait au roi d’Angleterre le plus puissant allié qu’il comptât dans le baronnage français, le seul qu’il eût trouvé dans la maison de Valois : il marque par cela même un arrêt décisif dans la tentative d’asservissement de notre pays par les Anglais. On pouvait d’autant moins se faire illusion sur les chances des envahisseurs que, sept jours avant la signature du traité francobourguignon, le gouvernement étranger en France perdait son chef, le duc de Bedford, qui avait su gagner personnellement de nombreuses sympathies. Il me paraît donc utile de jeter un coup d’œil sur les conséquences que la conquête aurait eues sur la France au point de vue territorial.

La soumission définitive au roi d’Angleterre aurait eu pour conséquence fatale l’établissement dans le pays d’une nouvelle et puissante féodalité étrangère. Tout d’abord l’envahissement successif des provinces françaises semblait devoir enrichir le domaine du roi, grâce aux confiscations opérées au détriment des fidèles serviteurs des Valois ; mais il fallait stimuler l’ardeur des capitaines anglais, les intéresser à cette guerre injuste, et il n’y avait certes pas de meilleur moyen, pour atteindre ce résultat, que de distribuer aux vainqueurs les dépouilles des vaincus.

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