CONCESSIONS DE FIEFS FRANÇAIS A DES ANGLAIS
Les terres conquises ne suffisaient pas cependant toujours aux dons, ou du moins on aurait risqué d’annihiler le domaine royal : aussi Henri V, ou le régent de France en son nom, concéda-t-il, en outre, des fiefs situés dans les provinces demeurées indépendantes et qui étaient encore à conquérir.
Dès les premiers jours de sa marche sur le sol français, Henri V avait compris que les lords anglais seraient bien plus intéressés à la conservation de sa conquête si une part quelconque leur en était donnée. C’est pourquoi, l’acquisition de la Normandie à peine achevée, Thomas, duc de Clarence, le propre frère de Henri V, recevait divers domaines situés dans les vicomtés d’Orbec, d’Auge, de Pont-Authon, et de Pont-Audemer (départements de l’Eure et du Calvados). La baronnie d’Ivry, érigée en comté, était donnée à Artus de Bretagne, comte de Richemond, dont la mère avait été la seconde femme de Henri IV d’Angleterre, et le comte en faisait hommage, à Rouen, à Henri V, au cours du mois de janvier 1421. A cette même date, le comté du Perche, faisant partie de l’apanage d’un prince français, le duc d’Alençon, était inféodé à Thomas de Montagu, comte de Salisbury, et le comté de Mortain passait aux mains d’Edmond Holland. Enfin c’est probablement à cette même époque qu’il faut rapporter le don du comté d’Eu, possédéen 1435par Henri Bourgchier, depuis comte d’Essex. Les deux plus importantes possessions delà famille d’Harcourt, les comtés d’Harcourt et d’Aumale, furent également confisquées et données à des Anglais : le comté d’Aumale demeura, durant toute la période de la domination anglaise, à Richard de Beauchamp, comte de Warwick.
Parmi les concessions qui remontent incontestablement aux règnes de Henri V et de Charles VI, on ne doit pas oublier celle du petit comté de Dammartin, au nord-est de Paris. Par la mort de Jean de Fayel arrivée en 1420, ce fief était devenu la propriété de Renaud de Nanteuil, seigneur d’Acy, époux de Marie de Fayel, sœur du comte défunt ; mais, le nouveau titulaire appartenant au parti du Dauphin, Charles VI, alors gouverné parles Anglais, accepta l’hommage d’un capitaine bourguignon, Antoine de Vergy, seigneur de Champlitte. Celui-ci ne put probablement pas s’établir dans le comté de Dammartin, lequel fut en 1425,confisquécomme étant détenu par un « ennemi » (c’est-à-dire par un partisan du futur Charles VII) et, pour rentrer
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en possession de son bien, il dut solliciter du roi d’Angleterre une lettre de don qu’il obtint le 22 juillet 1427.
Le comté de Guise, situé aux sources de l’Oise et aux confins du royaume vers le Hainaut, fut confisqué du vivant de Henri V sur les princes de la maison d’Anjou et, en février 1422, on délivra, au nom de Charles VI, des lettres royaux gratifiant de ce fief Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir, celui-là même qui fut plus tard le premier geôlier de Jeanne d’Arc : ces lettres furent scellées, seize mois plus tard, du sceau de Henri VI, roi de France et d’Angleterre. La conquête du comté de Guise fut pénible pour le seigneur de Beaurevoir, l’un des plus fameux capitaines du duc de Bourgogne : elle était à peine achevée en 1424 ; mais le nouveau comte en mourut paisible possesseur en 1440, cinq ans après le traité d’Arras.
Le maître de Jean de Luxembourg, Philippe le Bon, le plus puissant baron du royaume et dont l’alliance était si précieuse pour les Anglais, ne pouvait manquer d’avoir sa part dans les dépouilles du pays : en 1423, il se fit donner plusieurs territoires importants qu’il devait conserver jusqu’à l’entier paiement de sommes considérables par lui réclamées en exécution de son contrat de mariage avec Michelle de France, sa première femme. Ainsi, le 26 juin 1423, le duc de Bedford lui concéda les comtés de Mâcon et d’Auxerre, avecla châtellenie champenoise de Bar-sur- Seine, qui dès lors suivirent le sort du duché de Bourgogne. Peu de temps après, le 8 septembre de la même année, le roi d’Angleterre le confirmait dans la possession des châtellenies de Péronne, Roye et Montdidier, au comté de Vermandois, qu’il tenait dès 1418, et lui assignait en outre la châtellenie d’Audruick, à l’est du Calaisis, le péage de Saint-Jean-de-Losne et, ce qui avait une bien autre valeur, les seigneuries de Tournai, de Mortagne et de Saint-Amand, c’est-à-dire cette petite province du Tournaisis qui avait excité plus d’une fois la convoitise de ses prédécesseurs, les comtes de Flandre. Malheureusement pour Philippe le Bon, cette dernière partie du don royal demeura sans effet : malgré son isolement, la fidèle et vaillante cité de Tournai parvint à échapper au joug de l’Anglais et de ses adhérents.
Il semble qu’à ce moment, vers l’automne de 1423,1e régent comptât sur de rapides succès : dès le 21 septembre, on le voit disposant des fiefs situés dansles provinces d’outre-Loire demeu-