ATTRIBUTIONS DE FIEFS FRANÇAIS
Bourbon en faveur de Guillaume deVienne, seigneur de Bussy, mais cette donation n’eut aucun effet puisque l’armée anglaise allait quitter les rives de la Loire.
Robert de Willoughby, qui devait à la libéralité du régent le comté de Vendôme et diverses annexes de ce comté entre autres la seigneurie de Montdoubleau, avait perdu toute autorité dans ces fiefs à la suite du succès de Charles VII : c’est donc, selon toute apparence, à titre de dédommagement qu’il reçut, le 12 décembre 1431, le comté de Beaumont-sur-Oise, propriété du duc d’Orléans qui, après avoir été réuni un moment au domaine anglais, était passé ensuite aux mains de Bedford, cet accapareur de duchés et de comtés.
Bedford craignit un moment, en 1429, de voirie duc de Bourgogne se réconcilier avec Charles VII : les deux princes français négociaient en effet depuis quelque temps déjà et, en juin 1429. le comté de Champagne et de Brie avait été offert à Philippe le Bon ; l’abandon de cet immense fief ne pouvait être que fort préjudiciable au pouvoir royal, car le comté de Champagne reliait le duché de Bourgogne aux états septentrionaux du puissant prince qui venait d’entrer en possession du marquisat de Namur et dont l’autorité se fût étendue sans interruption depuis le Mâconnais, au sud, jusqu’aux bouches de l’Escaut, au nord. Cette perspective parut cependant, et avec raison, moins effrayante au régent anglais que la perte de l’alliance bourguignonne et, par lettres du 8 mars 1430, il concédait le comté de Champagne et de Brie, occupé en partie par les Français, au fils de Jean-sans-Peur.
Une donation analogue eut lieu le 7 janvier 1432 pour assurer la continuation de l’alliance bretonne : le jeune roi Henri VI abandonnait à Jean VI, duc de Bretagne, et à sa descendance masculine le comté de Poitou, l’un des fiefs les plus étendus de France, même en tenant compte de l’exclusion de la Saintonge et del’Aunis que le souverain anglais se réservait expressément.
Le comté de Clermont-en-Beauvaisis, confisqué sur le duc de Bourbon, fut, le 24 août 1434, transféré au fameux Jean Talbot.
Enfin une des dernières concessions de ce genre fut le don du duché de Touraine, inaccessible, comme le Poitou aux armes anglaises : Jean Fitz-Alan Maltravers, comte d’Arundel, put se qualifier duc de Touraine à la faveur de lettres royaux du 8 septembre 1434.
Vous le voyez, Messieurs, ce n’est pas seulement de la domi-
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nation étrangère, c’est de la dépossession des Français au profit des Anglais que Jeanne d’Arc a sauvé la France. Je ne vous ai énuméré que les plus importantes des concessions faites par Henri V et par le duc de Bedford ; d’autres preuves nombreuses de l’établissement de familles d’outre-Manche dans des fiefs confisqués sur des partisans des Valois se trouvent, pour la Normandie, en un petit volume in-12 publié à Paris, en 1828, par Charles Vautier : « Extrait du registre de dons, confiscations, « maintenances et autres actes faits dans le duché de Normandie « pendant les années 1418, 1419 et 1420, par Henry V, roi d’An- « gleterre, contenant les noms des Anglais auxquels ce prince y « donne des terres, ceux des familles qui les perdirent et les « noms des propriétaires qui conservèrent leurs biens. »
En dehors de ce volume, nous avons un document manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale et publié vers 1860 par M. Léopold Delisle dans le tome XXIII des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. « Partie des dons faits « par Henri V, roi d’Angleterre lorsqu’il se fut rendu maître de la « Normandie. » Ces divers textes prouvent que la France fut alors réellement traitée en pays conquis et qu’il ne s’agissait plus seulement pour elle d’une simple question dynastique. Si les ennemis n’avaient été arrêtés dans leur marche envahissante en 1429, nul doute que les barons d’outre-Loire n’eussent été dépouillés comme les barons des provinces situées plus au nord au profit des capitaines anglais.
L’utilité qu’il y avait à mettre en évidence des faits peu remarqués des historiens et qui donnent à la domination anglaise après le traité deTroyes son véritable caractère m’ayant entraîné à une digression un peu longue, je dois remettre à la leçon suivante ce qu’il me reste à dire au sujet de la guerre de Cent ans.