XVI* LEÇON
CHARLES VII. — FIN DELA GUERRE DE CENT ANS. — LA RECONSTITUTION DE LA FRANCE. - LES PRE¬ MIERS PAS VERS LE RHIN.
La libération de la France. — Recouvrement de Paris. — Prises de Montereau, Montargis, Dreux, Meaux, Louviers, Saint-Sever, Dax. — Trêves de Tours. — Entrée des Français au Mans. — Recouvrement de la Normandie. — Conquête de la Guyenne. — Insurrection de Bordeaux. — Sauf Calais et le Calaisis, la France retrouve ses frontières.
Vers le Rhin. — Expédition contre Metz. — Epinal et son territoire rattachés à la France. — Protectorat de la France sur Tou! et Verdun. — Réunion des comtés de Valentinois et de Diois. — Annexion du comté de Comminges. — Confiscation des biens de Jean V, comte d’Armagnac, et du domaine ducal d’Alençon. — Commencement de la lutte de la royauté contre la grande féodalité.
La grande féodalité sous Charles VII. — Les maisons issues de la race des Valois : Orléans, Anjou, Bourgogne et Alençon. — Maison de Bourbon. — Maison de Bretagne. — Maison d'Armagnac. — Maison de Foix.
La date du traité d’Arras est doublement importante dans l'histoire du règne de Charles VIL D’une part, elle marque une ère nouvelle dans la lutte contre les Anglais dont l’étoile s’obscurcit dès lors et qui voient leur conquête sérieusement menacée, non seulement par la perte de l’alliance bourguignonne, mais aussi, cinq mois plus tard, par la reddition de Paris en février 1436. D’autre part, elle produisit une merveilleuse transformation dans la personne du fils d’Isabeau de Bavière, prince jusqu’alors hésitant et timoré qui, hanté par le néfaste souvenir du meurtre de Jean-sans-Peur à Montereau, après avoir d’abord douté de la légitimité de sa cause, semblait, même après la radieuse apparition de Jeanne d’Arc, n’avoir qu’une foi restreinte dans le succès de la lutte qu’il soutenait contre l'étranger. Le traité d’Arras, en scellant, en 1435, la réconciliation du monarque
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légitime de la France avec le fils de la victime, apporta la paix dansl’âme royale, et on le vit dès lors, roi véritablement digne de ce nom, prêt à signaler son règne par d’importantes campagnes militaires et d’excellentes réformes. C'est ce changement que l’un de ses deux plus récents historiens, Vallet de Viriville, a appelé « la métamorphose de Charles VII » ; c’est ce que l’autre, le Marquis de Beaucourt, qualifie « le réveil du roi ».
Le recouvrement de Paris fut suivi d’un assez grand nombre de succès partiels. Parmi les nombreuses places enlevéesaux Anglais à partir de cette époque, il importe de citer particulièrement Montereau repris en 1437 ; Montargis et Dreux, en 1438 ; Meaux, en 1439; Louviers, en 1440; Evreux, en 1441 ; Saint-Sever et Dax, dont la conquête en 1442 livra, pour un moment, à Charles VII toute la région des Landes de Gascogne. Enfin les Anglais qui, au moment des conférences pour le traité de 1435 avaient refusé de discuter sur des hases cependant honorables pour eux (la Guyenne anglaise et le duché de Normandie laissés au roi d'Angleterre sous la suzeraineté de son oncle maternel, le roi de France), demandèrent, en février 1444, à traiter de la paix ou pour le moins de trêves. Les négociations aboutirent, le 20 mai suivant, à la signature, à Tours, d’un traité de trêve entre les deux couronnes accepté de part et d’autre comme devant servir de prélude à la paix. On y arrêta le mariage du jeune Henri VI avec uneprincesse du sang royal de France, la belle et malheureuse Marguerite d’Anjou, fille du roi René. Le plénipotentiaire anglais promit, en faveur de ce mariage, de restituer le Mans et tout ce que ses compatriotes conservaient dans le Maine à Charles d’Anjou, oncle de Marguerite.
L’exécution de cette clause secrète rencontra de sérieuses difficultés. Le gouvernement de Henri VI n’osait donner hautement l’ordre de l’accomplir, considérée qu’elle était, par les adversaires de la nouvelle reine, commeune stipulation clandestine, illicite et comme un acte de trahison. Après divers délais, l'ordre écrit, mais secret, donné aux capitaines anglais du Mans de remettre cette place au comte du Maine, son légitime possesseur, fut méconnu par ceux auxquels il était adressé de sorte qu’au mois de mars 1448, après quatre ans d’une paix ininterrompue, le roi de France dut recourir à la force ouverte et envoyer une armée d’occupation qui s’empara de la ville presque sans coup férir et sans rupture officielle des trêves.