RECOUVREMENT DE LA NORMANDIE
L’entrée des Français au Mans fut le point de départ de petites difficultés entre les deux couronnes: chassés de là, des capitaines anglais vinrent s’établir à Pontorson et à Saint-James-de-Beuvron, sur les confins de la Bretagne et de la Normandie, relevant les fortifications de ces deux places, celles-là mêmes qui, après avoir été prises et reprises, pillées et désolées par l’un et l’autre parti, avaient été rasées et déclarées neutres. Enfin, le 24 mars 1449, François de Surienne, dit l’Aragonais, l’un des capitaines au service de Henri VI, rompit ouvertement les trêves en s’emparant de Fougères, au duché de Bretagne. A cette violation de l’armistice, des partisans français répondirent en prenant Pontde-l’Arche et Conches, en Normandie, Gerberoy en Picardie, Saint-Mégrin en Saintong'e et Cognac en Angoumois.
Le 17 juillet 1449, Charles VII tint, au château des Roches-Tranchelion, en Touraine, un conseil qui décida unanimement que le roi était délié du contrat des trêves et, dès le même jour, il adressait aux habitants de Rouen un manifeste pour leur rappeler, avec les droits de sa couronne, les liens qui unissaient la Normandie à la patrie commune. Treize jours plus tard, dans un nouveau conseil, la guerre fut définitivement résolue et bientôt elle fut portée en Normandie.
Les Normands, malgré les sentiments si foncièrement français qu’ils avaient montrés à plus d’une reprise, pendant les trente années d’occupation anglaise, — car il y avait trente ans que la province avait été soumise par Henri V, — les Normands obéissaient encore presque tous à Henri VI. Depuis peu, les Français s’étaient emparés de quelques rares places, parmi lesquelles je citerai Dieppe, en 1435; Longueville, en 1438 ; Granville (Manche) et Louviers, en 1440; Evreux, en 1441. Cette fois l’armée de Charles, secondée par les circonstances les plus favorables, marcha de victoire en victoire. Chaque semaine, presque chaque jour, fut signalée parla soumission de quelque place. Enfin la ville de Rouen, capitale de la province, se mit en insurrection et ouvrit ses portes le 21 octobre 1449. Les Français eurent le bonheur de vaincre les Anglais à Formigny, le 15 avril 1450, en bataille rangée, ce qui précipita le dénouement du duel. Caen, la seconde ville de Normandie, se rendit le 6 juillet, et le 12 août, l’évacuation de Cherbourg par l’ennemi terminait cette merveilleuse campagne qui n’avait duré qu’un an et six jours.
Aussitôt que Charles VII put entrevoir la fin de la campagne
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de Normandie, il se demanda de quel côté il devrait porter les armes. Tout d'abord il songea au Calaisis et un projet de siège de Calais fut arrêté dès le mois d’avril 1450 ; mais il importait d’avoir, pour cette expédition, l’appui effectif du duc de Bourgogne, dans les possessions duquel le Calaisis était enclavé : or l’espèce de neutralité que Philippe le Bon s’imposait alors vis-à-vis de l’Angleterre, par égard pour les intérêts flamands, fit renoncer à ce projet. Le roi Charles tourna alors ses regards vers la Guyenne, et c’est sur elle qu’il dirigea son armée aussitôt après la libération complète de la Normandie.
Les Français ne rencontraient pas en Guyenne les mêmes sympathies que chez les patriotes normands. La Guyenne cependant était presque abandonnée par l'Angleterre en proie aux dissensions intestines qui allaient bientôt faire éclater la guerre des Deûx Roses ; elle n’était défendue que par de faibles garnisons. L’armée française se présenta d’abord devant les forteresses que le hasard des dernières luttes avait livrées à l’envahisseur en Saintonge, en Périgord et en Agenais : Bergerac, Jonzac, Chalais, Sainte-Foy et Montferrant se rendirent sans grande résistance. Un sanglant échec fut ensuite infligé aux Anglais dans le combat de Blanquefort, le 1er novembre 1450, à deux lieues au nord de Bordeaux ; mais la rigueur de la saison ne permit pas à l’armée de poursuivre le cours de ses succès avant le commencement d’avril 1451. Bordeaux, ne recevant aucun secours direct de l'Angleterre, se rendit le 24 juin et la conquête delà Guyenne se termina, le 20 août 1452, par la reddition de Bayonne.
Désormais la France pouvait respirer : le cauchemar de la domination anglaise ne pesait plus sur elle. Calais et son territoire restaient bien encore au pouvoir de Henri VI, mais on pouvait attendre le moment favorable pour tenter un coup de main de ce côté. Malgré les épouvantables guerres civiles qui, durant près de trente ans, déchirèrent l’Angleterre, Calais devait demeurer plus d’un siècle encore au pouvoir de l’ennemi, tandis que, l’année même qui suivit la reddition de Bordeaux, il fallut recommencer la conquête de la Guyenne.
Les populations de la Guyenne anglaise presque complètement étrangères jusque-là aux rois capétiens, avaient, depuis trois siècles, vécu sous le gouvernement des Plantegenêts ; elles se préoccupaient surtout, comme les populations de la riche et