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LA GUYENNE SOUMISE

plantureuse Flandre, de leur bien-être matériel et de leur commerce. Elles ne supportèrent pas sans réclamation le mode récemment inauguré par Charles VII des impôts arbitraires ou tailles perpétuelles accompagnés de la charge de l’armée permanente du roi. Leurs doléances n’ayant pas été accueillies, Pierre de Montferrand, seigneur de Lesparre, accompagné du seigneur de Duras et de divers autres gentilhommes du pays, se rendit en Angleterre pour demandera Henri VI de tenter la reprise delà Guyenne.

Celui qui reçut la mission de l’entreprendre fut le fameux Jean Talbot, comte de Shrewsbury, issu d’une vieille famille qui avait possédé, au temps des rois normands, la baronnie de Clerville, au pays de Caux. Il se présenta, le 22 octobre 1452, devant Bordeaux qui lui ouvrit ses portes et s’installa comme lieutenant général du roi Henri VI dans la capitale de la Guyenne, et la plupart des places environnantes, Bourg et Bla3Te exceptées, ne tardèrent pas à reconnaître son autorité.

A la nouvelle de l’insurrection bordelaise, Charles VII se prépara immédiatement à la guerre. Néanmoins son armée ne put entrer en campagne que le 2 juin 1453 ; dès le 3, les Français assiégeaient de nouveau Chalais, place de Saintonge située sur les confins de l’Angoumois. Enfin, le 17 juillet, la mémorable bataille livrée à Castillon, sur la rive droite delà Dordogne, à quatre lieues en amont de Libourne, et dans laquelle périt Talbot, décida du sort de la campagne et Bordeaux capitula de nouveau le 9 octobre 1453, après deux mois de siège.

Cette fois la Guyenne était définitivement soumise et, bien qu’aucun traité ne fût venu ultérieurement consacrer le nouvel état de choses, cette longue lutte que l’histoire a désignée sous le nom de guerre de Cent Ans était bien achevée. Peu à peu on oublia les deuils qu’elle avait semés, les ruines amoncelées par elle : seule l’occupation de Calais et du Calaisis resta pendant plus d’un siècle le vivant témoignage de cette période néfaste.

Exception faite de Calais et du Calaisis, Charles VII avait, par ses dernières campagnes, rétabli les limites du royaume de ses ancêtres. Vers le sud-ouest, le royaume s’étendait de nouveau

2^8 CHARLES VU. - RECONSTITUTION DE LA FRANCE

jusqu’à la Bidassoa, comprenant la Guyenne anglaise détachée, en fait, de la monarchie capétienne depuis cette année 1337 qui vil commencer la guerre de Cent Ans, en droit depuis le traité de Brétigny de 1360 ; et cette fois le domaine particulier des rois , anglais en tant queducsde Guyenne se confondait dans le domaine des rois Capétiens. En un mot, la Guyenne était désormais unie à la France.

L’œuvre de Charles VII, au point de vue territorial, est donc une des plus belles parmi celles des Valois. Mais — il ne faut pas l’oublier, — si, par la délivrance du pays, il donna satisfaction à la première de nos aspirations nationales, il sentait qu’il en existait d’autres, et de non moins légitimes, qui, subsistant obscurément dans les âmes françaises depuis les partages Carolingiens, se faisaient jour, depuis le temps de Philippe le Bel, dans les écrits des clercs et des hommes de loi. Le premier parmi les rois Capétiens, il tourna franchement ses regards vers le Rhin ; et cela, même alors que l’expulsion des Anglais était loin d’être consommée, au lendemain de ce traité de Tours qui assurait à ses sujets quatre années de répit, de 1444 à 1448. Ce traité une fois signé, il voulut débarrasser la France de ces troupes indisciplinées auxquelles l’habitude du pillage avait valu le nom d’Ecorcheurs, et s’occupa de les écouler à l’extérieur avant de procéder à cette importante réforme militaire qui aboutit à la création d’une armée permanente et à laquelle sont dus, en grande partie, les succès des campagnes de Normandie et de Guyenne. De là les deux expéditions dirigées, dès 1444, l’une par le roi contre les Messins, l’autre par le dauphin, le futur Louis XI, en « Allemagne » comme on disait alors, mais en réalité dans ce que nous appelons maintenant la Suisse.

Il n’entre pas dans le cadre que je me suis tracé de parler de cette dernière expédition qui avait pour but de secourir le duc d’Autriche, allié du roi de France, contre les Suisses. Tout au contraire, je dois dire quelques motsdel’expédition de Charles VII entreprise sous le prétexte de venger Isabeau de Lorraine, femme de René d’Anjou, d’une insulte qu elle avait reçue des citoyens de Metz.

Le territoire des Trois-Evêchés — on nommait ainsi le temporel des évêchés de Metz, Toul et Verdun — dépendait de l’Empire depuis que le royaume de Lothaire était passé aux souverains de l’Allemagne ; il était alors enclavé ou, pour mieux dire,

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