VERS LE RHIN
enchevêtré à travers les deux duchés de Lorraine et de Bar, qui venaient d’être unis par suite du mariage de René d’Anjou, duc de Bar, avec Isabeau de Lorraine. Jusque-là les Trois-Evêchés n’avaient guère eu de rapports avec la France, bien qu’une des trois villes, Toul, se fût mise, cent trente ans auparavant, sous la protection du roi Louis Hutin et que, tout récemment encore, la ville de Verdun eût reconnu momentanément l’autorité du roi de France et payé tribut à la suite de quelques hostilités avec les troupes royales ; mais ces deux villes, ainsi que Metz, faisaient alors autant de petits états indépendants même de leurs évêques et portant le titre de villes libres impériales.
L’invasion des Trois-Evêchés par Charles VII lui parut une occasion toute naturelle d’affirmer le droit imprescriptible de la France à la rive gauche du Rhin, considéré comme sa limite naturelle au nord-est. Aussi, dès le début de l’expédition, adressa-t-il aux populationsdes pays compris entre la Meuse et le Rhin, à l’empereur, aux princes de l’Empire, des mémoires où il revendiquait hautement les frontières antiques de la Gaule qui, disait-il formellement, « s’étendent jusqu’au Rhin ». Malgré le succès relatif de ses armes, Charles VII ne recula pas sensiblement les limites de la France vers l’est : il se contenta de garder Epinal ainsi que le territoire dont cette ville était le chef-lieu et qui s’étendait sur vingt à vingt-cinq de nos communes ayant jusque-là fait partie du temporel de l'évêché de Metz, de sorte qu’Epinal, aujourd’hui chef-lieu du département des Vosges, forma, avec son territoire, une enclave française en Lorraine. Malgré les réclamations de l’empereur Frédéric III, nos rois la gardèrent vingt et un ans, jusqu’en 1466, date où Louis XI la céda au duc de Lorraine. On sait que, par lettres en date du 23 juin 1445, le roi prit sous sa sauvegarde les villes de Toul et Verdun, mais c’était là un simple protectorat, bien différent de l’annexion, comme il résulte en effet des événements ultérieurs.
Parmi les accroissements du domaine royal qui se produisirent dans les limites du royaume, je ne mentionnerai que les accroissements d’une certaine étendue, ayant contribué efficacement à abaisser la grande féodalité : tels furent la réunion des comtés de Valentinois et de Diois, l’annexion du comté de Comminges, la confiscation des biens de Jean V, comte d’Armagnac, et celle de l’apanage ducal d’Alençon.
Le comté de Valentinois et celui de Diois, situés au sud-ouest
CHARLES Vil. - RECONSTITUTION DE LA FRANCE
du Dauphiné et enserrés entre le Dauphiné de Viennois et le Rhône, répondaient à plus de la moitié du département actuel delà Drôme et à la plus grande partie des diocèses de Valence et de Die. Depuis le xue siècle, ils appartenaient à une maison de Poitiers dont on a rattaché le plus ancien membre connu au due Guillaume IX de Guienne, père de la reine Aliéner, mais qui, selon toute apparence, devait son nom à un château de Poitiers, dont certaines chartes voisines de l’an mille attestent l’existence dans la région du bas Rhône. Dans la première moitié du xive siècle, le comte Aymar V reconnaissait à la fois, comme suzerains de ses deux comtés, le roi de France et le Dauphin de Viennois ; mais, après l’acquisition du Dauphiné de Viennois par la maison de Valois, les successeurs d’Aymar V n’étaient plus que les vassaux du roi et de son héritier présomptif. Gette circonstance n’avait pas peu resserré les liens qui unissaient le comte de Valenlinois à la couronne des Valois ; aussi le comte Louis II, exprimant de nouveau son désir de voir son héritage uni à cette couronne d’une façon indissoluble, institua-t-il, en 1419, pour son héritier universel le dauphin Charles, trois ans avant la mort de Charles VI : mais, après sa mort survenue le 4 juillet de cette même année, son plus proche parent, Louis de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, prit le titre de comte de Valentinois et de Diois, en vertu d’une donation qu’il avait, trois ans auparavant, extorquée par la force. Cependant, par un traité conclu à Bourges, le 4 mai 1423, avec le dauphin devenu roi, le prétendant céda tous ses droits sur la succession du comte défunt moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 7.000 florins d’or et, depuis lors jusqu'à la Révolution, les comtés de Diois et de Valentinois Rirent unis et incorporés non point au royaume lui-même, mais au Dauphiné.
Le comté de Comminges, comprenant la vallée supérieure de la Garonne, est partagé aujourd’hui entre trois départements : Haute-Garonne, Arièg'e et Gers ; il répondait environ à la moitié d’un de nos départements. Il fut légué à la couronne par la comtesse Marguerite, dernière héritière de la maison comtale qui gouvernait le Comminges depuis plus de trois siècles ; elle avait épousé en troisième noces Mathieu, frère du comte Jean de Foix. Cependant, par suite d’un arrangement auquel le roi donna son acquiescement, Mathieu de Foix conserva l’usufruit du Comminges de 1443 à 1453, mais, à sa mort, le comté de Com-