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CONFISCATION DES BIENS D ARMAGNAC

minges fut réuni à la couronne pour n’en plus être séparé, comme il avait été convenu avec la comtesse Marguerite. Cette clause n’empêcha pas Louis XI d’en disposer huit ans plus tard en faveur du bâtard d’Armagnac, maréchal de France.

Lecomte d’Armagnac Jean V, petit-fils du connétable que l’on vit, de 1407 à 1418, diriger le parti d'Orléans auquel on donna son nom, était avec le comte de Foix, l’un des deux plus grands seigneurs terriens du sud-ouest. Ses possessions formaient alors quatre groupes principaux : le premier, de beaucoup le plus important, se composait du comté d’Armagnac, des vicomtés de Lomagne, de Fezensaguet et de Gimoës, et du comté de l’Isle-en- Jourdain ; le second, de la vicomté de Magnoac, au sud-est de l’Astarac ; le troisième, de la vicomté des Quatre-Vallées située un peu plus au sud encore et contiguë aux Pyrénées ; le quatrième enfin, du comté de Rodez. JeanV avait contracté avec sa sœur, la belle Isabeau d’Armagnac, un mariage incestueux ; ses crimes indignèrent Charles VII au point que ce prince envoya le comte de Dammartin et le maréchal de Lohéac pour se saisir de ses terres et de sa personne. Ils remplirent la première partie de leur mission, mais non la seconde, Jean V s’étant retiré en Aragon, où il avait encore quelques châteaux. Le roi n’en fit pas moins instruire son procès par le Parlement ; le 13 mai 1460, un arrêt définitif le condamna au bannissement avec confiscation de ses biens. Il semblait que les possessions du comte d’Armagnac fussent acquises pour toujours à la couronne quand la mort de Charles VII, survenue quatorze mois après cet arrêt, modifia la situation. Jean V, qui avait jadis favorisé la révolte du nouveau roi contre son père, reçut des lettres d’abolition et fut rétabli dans ses domaines ; mais Louis XI fut, à son tour, obligé de sévir et de confisquer les biens de Jean V pour la seconde fois.

La reprise de l’apanage d’Alençon passa par plusieurs phases analogues à celles que je viens de rapporter. Jean II, celui-là même que Jeanne d’Arc appelait ;< mon beau duc », de la maison de Valois, descendait du frère de Philippe VI, le comte Charles qui, en 1346, était mort à Crécy en combattant les Anglais. Son propre frère, le duc Jean Ier, avait été tué dans la funeste journée d’Azincourt. Quant à lui, l’un des plus dévoués dans la guerre franco-anglaise, il avait particulièrement souffert dans ces luttes et il n’avait recouvré tous ses domaines que lors de la conquête de la Normandie en 1450. Espérant recevoir quelques dédomma-

CHARLES VII. — RECONSTITUTION DE LA FRANCE

gements, il les demanda au roi et attendit vainement et longtemps que Charles réalisât les promesses qu’il avait cru devoir lui faire. Voyant qu’on le leurrait, il se détermina, par le conseil d’un confesseur perfide, à nouer des intelligences avec l’Anglais. Le roi, instruit de sa trahison, le fit arrêter (1456), et, après deux ans de procédure, la cour des Pairs le condamnait à mort, déclarant ses biens confisqués. La peine fut commuée par Charles VII en une prison perpétuelle d’où Jean fut tiré, en 1461, par Louis XI qui lui restitua ses biens, c’est-à-dire le duché d’Alençon, le comté du Perche, et la vicomté de Beaumont (Beaumont-le-Vicomte ou Beaumont-sur-Sarthe, dans l’arrondissement de Mamers) qui, étrangère à l’apanage d’Alençon, comprenait, en dehors de Beaumont et de Fresnay-le-Vicomte d’importantes châtellenies mancelles et angevines : Sainte- Suzanne, Château-Gonthier, Segré et Pouancé. Mais Louis XI vit bientôt, comme pour le comte d’Armagnac, qu’il avait pardonné à un ingrat et, pour punir de nouveaux crimes.il dutle livrer derechef à la cour des Pairs, qui rendit un arrêt analogue à celui de 1458.

L’énergie de Charles VII vis-à-vis du comte d’Armagnac et du duc d’Alençon témoigne que la royauté, de plus en plus forte, entrait, pour ses rapports avec la grande féodalité, dans une ère nouvelle. Instruit d’une part, par la Praguerie, — cette révolte féodale ourdie en 1440 parle Dauphin, le duc de Bourbon, le duc d’Alençon, aidés d’un grand nombre d’autres seigneurs importants, et qui d’ailleurs fut rapidement réprimée, — et, de l’autre, par l'exemple du roi d’Angleterre, Bichard II, qu’on lui avait d’ailleurs rappelé lors de la Praguerie, il ne voulait plus tolérer, dans la grande féodalité, l’esprit d’insubordination développé par les querelles intestines qui avaient signalé la seconde moitié du règne de son père et son propre règne. Charles VII inaugura donc, en fait, la politique de lutte contre la grande féodalité, politique combattue par le dauphin Louis du vivant de son père, puis adoptée et suivie par lui après qu’il eut exercé le pouvoir durant quelque temps.

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