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LA GRANDE FÉODALITÉ SOUS CHARLES VII

Au moment où commence la lutte de la royauté française contre ce que j’appelle la grande féodalité, il importe de connaître les principaux membres de cette redoutable aristocratie et d’expliquer comment Charles VII lui-même avait été amené à la fortifier aux jours de détresse en augmentant, par des dons, la puissance territoriale de quelques hauts barons dont il avait cru s’assurer le concours.

N’était-ce pas lui, en effet, qui, dès 1425, avait cédé le comté de Bigorre ainsi que la châtellenie de Lourdes, son annexe, à Jean de Grailly, comte de Foix. gouverneur de Guyenne et de Languedoc, dont les ancêtres avaient été de fougueux partisans des Plantegenêts et dont un frère défendit leur cause jusqu’en 1453, c est-à-dire jusqu’au dernier moment ? N’était-ce pas lui aussi qui avait ordonné, en cette même année 1425, que le duc de Bourbon serait mis en possession du duché d’Auvergne, réuni en 1416 à la couronne à la mort du duc de Berry, et ce, en exécution d’un engagement pris en 1409 par le roi Charles VI et dont l’exécution avait rencontré diverses difficultés? N’était-ce pas lui encore qui, pour conclure la paix avec Philippe le Bon, lui avait cédé, à Arras, de nombreux territoires en Picardie et dans le voisinage du duché bourguignon ?

Dans les dernières années du règne de Charles VII, la grande féodalité comprenait les maisons d’Orléans, d’Anjou, de Bourgogne et d’Alençon, toutes quatre issues de la race des Valois : la maison de Bourbon, qui tirait son origine du plus jeune fils de saint Louis, la maison de Bretagne, sortie de celle de Dreux, qui avait pour auteur un des fils puînés du roi Louis le Gros, enfin les maisons d’Armagnac et de Foix.

La maison d’Orléans que les malheurs publics avaient fort appauvrie, se composait alors de trois princes, cousins germains du roi. Charles, duc d’Orléans qui, prisonnier des Anglais depuis Azincourt, passa vingt-cinq années en captivité, possédait le duché d’Orléans et le comté de Blois, d’une part ; le duché de Valois, le comté de Soissons et la seigneurie de Coucy d’autre part ; enfin le comté de Beaumont-sur-Oise et, hors du royaume, le comté d Asti. Jean, comte d’Angoulème, son frère,

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livré en otage aux Anglais en 1412, ne recouvra la liberté cju’après trente-deux ans. Enfin le célèbre bâtard d’Orléans, Jean, était comte de Dunois et de Longueville, et fut la souche de la maison ducale de Longueville.

La seconde maison d’Anjou, qui remontait au duc Louis, second fils du roi Jean, comptait aussi trois principaux représentants : le roi René, son fils, le duc de Calabre, et son frère Charles, comte du Maine. René, roi titulaire de Sicile, possédait en France le comté d’Anjou et le duché de Bar, lequel relevait en partie de l’Empire, et, en dehors du royaume, le comté de Provence. Le duc de Calabre, qui portait ce titre comme héritier présomptif du roi titulaire de Sicile, gouvernait le duché de Lorraine, depuis la mort de la duchesse Isabelle, seconde femme du roi René, en 1453. Enfin Charles du Maine joignait à son comté du Maine, pour lequel il rendait hommage à son frère aîné, une ancienne, possession de sa famille, le comté de Guise qui lui était revenu du chef de sa femme, Isabeau de Luxembourg.

La maison de Bourgogne était de beaucoup la mieux pourvue de toutes les maisons féodales françaises ; elle formait alors deux branches ayant pour chefs, l’une le duc Philippe le Bon, l’autre, le comte Charles de Nevers, son cousin germain. Celui-ci aurait dû hériter, en 1430, des duchés de Brabant et de Limbourg dont le duc Philippe, alors tuteur de ce prince, s’empara indûment pour les unir à ses propres états, ne laissant à Charles que le comté de Nevers, avec la baronnie de Donzy, son annexe, et, en Champagne, le comté de Rethel. Quant à Philippe le Bon que son incomparable puissance territoriale faisait surnommer le grandduc d’occident, il possédait à l’est du royaume le duché de Bourgogne et ses annexes : comtés de Charolais.de Mâcon, d’Auxerre, châtellenie deBar-sur-Seine, et, à l’est du duché, en terre d Empire, le comté de Bourgogne, c’est-à-dire la Franche-Comté avec son annexe, la seigneurie de Salins, qui y était unie depuis 1267. Au nord de la France, il tenait le comté de Ponthieu, les villes et territoires du bassin delà Somme que lui avait assurés le traité d’Arras, le comté d’Artois et celui de Flandre, auxquels il avait ajouté, en terre d’Empire, la majeure partie des territoires qui formèrent plus tard les Pays-Bas autrichiens, à savoir : la seigneurie de Malines, que son père avait possédée avant lui, le marquisat de Namur qu’il acheta, en 1421 du marquis Jean III et qu’il occupa sans difficulté à la mort de celui-ci, en 1428 ; les duchés de

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