LIGUE DU BIEN PUBLIC
avant son avènement au trône ducal. D’autre part, la couronne avait des démêlés avec François II, duc de Bretagne, au sujet d’un droit de régale sur les évêchés bretons que le roi prétendait exercer comme sur les autres évêchés du royaume, tandis que le duc affirmait que, les évêques de Bretagne relevant de lui seul pour le temporel, la régale devait lui appartenir. Le roi reprochait aussi à François II ses relations avec les Anglais, relations non criminelles à la vérité, mais de nature à porter ombrage à la couronne, et ses allures de prince souverain, qu'expliquait jusqu’à un certain point l’indépendance relative que la Bretagne avait presque toujours gardée vis-à-vis de la France. Bref les récriminations réciproques ne tardèrent pas à envenimer la querelle.
Selon nos idées modernes sur le gouvernement, les prétentions de Louis XI nous semblent aujourd’hui bien naturelles. Elles furent considérées comme de dangereuses nouveautés par les grands feudataires qui, sous l’influence du péril commun, tendirent à se rapprocher les uns des autres.
Le roi voyant l’orage se former, convoqua les princes à Tours le 21 décembre 1464 et voulut les faire juges de ses griefs contre le duc de Bretagne. Presque tous répondirent à son appel, sauf le duc de Bourgogne qui envoya deux ambassadeurs. Mais cette assemblée dans laquelle le souverain présenta une sorte d’apologie de sa conduite envers les princes du sang, ne calma pas les craintes des grands vassaux. Dix jours après, le duc de Bretagne signait un traité secret avec le duc de Calabre, fils du roi René et son héritier dans le duché de Lorraine ; il obtenait ensuite l’adhésion du comte de Charolais, puis celles du duc de Bourbon et du duc de Berry. Cette dernière était la plus précieuse aux yeux des conjurés parce qu elle donnait à leur alliance qu’ils appelaient la Ligue du Bien Public, un chef nominal qui, frère unique du roi, était alors, Louis XI n’ayant pas encore d’enfant mâle, l’héritier présomptif de la couronne et qu’on disait avoir été forcé de chercher un refuge en Bretagne contre les embûches de son aîné.
A peine arrivé en Bretagne, le duc de Berry lança, le 15 mars 1465, un manifeste contre le gouvernement de son frère. La guerre du Bien Public était ainsi déclarée et tous les grands vassaux et les princes du sang réunis en une
même ligue, hormis les deux oncles maternels de Louis XI, le roi René et le comte du Maine, et deux autres princes des fleurs de lis, le comte de Nevers, Jean de Bourgogne, cousin germain de Philippe le Bon, et le comte d’Eu, Charles d’Artois.
Le plan des confédérés était de réunir sous les murs de Paris quatre armées venant des quatre points cardinaux, soit de la Flandre, de la Bretagne, du Bourbonnais et de la Lorraine. Louis résolut de le déjouer en prenant l’offensive, entra dans le Berry dont il ramena la plus grande partie à l’obéissance, puis soumit le Bourbonnais et l’Auvergne. Revenu en toute diligence vers Paris pour empêcher la jonction de Charles le Téméraire et de Jean de Calabre, il rencontra l’armée du comte de Charolais à Montlhéry où se livra, le 16 juillet 1465, une bataille longue et sanglante, mais fort peu décisive, après laquelle il put rentrer sans obstacle à Paris. La capitale fut alors bloquée pendant trois mois environ jusqu'à ce que les traités de Conflans (5 octobre) et de Saint-Maur-des-Fossés (29 octobre) eussent mis fin à la guerre du Bien public.
« Par ces traités, dit Philippe de Comines, les princes butinèrent le monarque et le mirent au pillage. » A leurs exigences extrêmement dures le roi céda, « aimant mieux, dit encore Comines, éteindre le feu de cette division par l’argent que dans le sang et les larmes de ses sujets ».
Le frère du roi reçut, en échange du Berry, le duché de Normandie à titre d’apanage transmissible à sa postérité masculine, puis la suzeraineté des duchés de Bretagne, d’Alençon et du comté d’Eu ; toutefois, par une mesure transitoire, le comte d’Eu, vieux et fidèle serviteur de la couronne, resta jusqu’à sa mort le vassal direct du roi. Le comte de Charolais exigea et reprit Abbeville, Amiens, Saint-Quentin et les autres villes de la Somme que Louis XI avait rachetées deux ans auparavant, auxquelles on semble même avoir ajouté les prévôtés de Vimeu, de Fouilloy et de Beauvaisis (le chef-lieu de cette dernière prévôté, appartenant au bailliage d’Amiens, était Grandvilliers, aujourd’hui chef-lieu d’un des cantons les plus septentrionaux de l’arrondissement de Beauvais), le tout rachetable, après la mort du donataire, pour 200 000 écus d’or ; et on lui confirma la propriété de Péronne, Roye, Montdidier et du comté de Boulogne. Le duc de Calabre, Jean d’Anjou, qui jouissait alors du duché de Lorraine, obtint les