‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 122 sur 188 · C. Dareste, ibidem · texte numérisé non relu

C. Dareste, ibidem

duché de Bourgogne, heureusement, avait été donné en 1363 au prince Philippe de Valois, bisaïeul de Charles le Téméraire, avec la clause que, faute d’enfant mâle, le duché ferait retour à la couronne. Or, si cette clause excluait formellement Marie, on pouvait se demander si elle excluait les membres masculins des branches collatérales, car il existait encore un mâle de la maison de Bourgogne, celui-là fidèle serviteur de Louis XI : Jean, comte de Nevers et de Rethel, petit-fils de Philippe le Hardi, par son père Philippe de Bourgogne, également comte de Nevers et de Rethel, lequel avait trouvé la mort à Azincourt. Il ne nous paraît pas, à nous autres modernes qui étudions ces questions sans y apporter aucune espèce de passion, que le roi Jean eût entendu cette clause de réversibilité dans un sens draconien ; mais la question n’offrait qu'un intérêtplatoniqueparce que le comte deNevers, âgé de soixante-deux ans et n’ayant que des filles., n’éleva aucune réclamation sur le duché de Bourgogne, tandis qu’il revendiqua ultérieurement une partie des possessions bourguignonnes dans les Pays-Bas, les duchés de Brabant et de Limbourg dont son tuteur Philippe le Bon l’avait frustré en 1430.

Le duché de Bourgogne et ses annexes furent donc unis au domaine royal ; mais Louis XI ne put y joindre les trois châtellenies composant la Flandre française, lesquelles, aux termes delà cession de 1369, n’étaient cependant transmissibles qu’à la postérité masculine de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre. En revanche, le roi mit la main sur le comté d Artois et sur celui de Bourgogne. Ce fut là une heureuse compensation pour le domaine royal, et un véritable accroissement pour le royaume ; car, par l’annexion de la Franche-Comté, le roi acquérait une province répondant à trois de nos départements actuels : le Doubs, la Haute-Saône et le Jura, et la limite de son domaine, jadis marquée par la Saône, se trouvait maintenant reportée vingt-cinq lieues plus à l’est, jusqu’au Jura.

Malheureusement la paix conclue à Arras le 24 décembre 1482, huit mois avant la mort de Louis XI, ne ratifia pas toutes les conquêtes de ce prince. Les Flamands ne voulurent bien laisser l'Artois et la Franche-Comté au roi, ainsi que les comtés de Mâcon et d’Auxerre et les seigneuries de Salins et de Bar-sur- Seine, que comme dot de Marguerite d’Autriche, petite-fille de Charles le Téméraire, en sorte que, si le mariage du Dauphin avec Marguerite n’avait pas lieu ou si celle-ci mourait sans

EXTINCTION DE LA MAISON d’aNJOU

enfants, la dot faisait retour à son père Maximilien ou à son frère Philippe. Mais on espérait bien en France qu’aucune de ces éventualités ne se produirait.

La manière dont le roi interprétait, en 1477, la clause de réversibilité n’était pas. à proprement parler, une innovation, Louis XI 1 ayant déjà appliquée, dès 1474, à l’apanage d’Anjou venu, comme l’apanage de Bourgogne, d’un fils du roi Jean.

Le duché d’Anjou appartenait, depuis 1434, à l’oncle maternel du roi, René Ie1' d’Anjou, roi titulaire de Sicile et comte de Provence ; or ce prince ayant successivement perdu, en 1470, le duc de Calabre et de Lorraine, seul fils qui lui restât, et, en 1473, son petit-fils Nicolas d’Anjou, également duc deLorraine, ne pouvait espérer laisser ce fief masculin à ses filles ou à leurs enfants ; mais il crut probablement que l’Anjou pourrait passer, après lui, à son neveu paternel Charles, comte du Maine. Louis XI, craignant de voir échapper l'occasion de réunir ce beau duché, déféra son vieil oncle au Parlement comme suspect d’intelligences avec le duc de Bourgogne ; mais les difficultés que le Parlement fit sur la manière de procéder arrêtèrent les poursuites du roi qui, alors, jugea plus sûr de s’emparer du fief qu’il convoitait. Plus tard après la mort du roi René survenue le 10 juillet 1480, il opposa au comte du Maine la règle, déjà appliquée pour la Bourgogne, que, faute d hoirs mâles en ligne directe, l’Anjou devait, comme apanage, revenir à la couronne, et il 1 y réunit en effet.

L’Anjou ne fut pas d’ailleurs la seule partie des possessions de son oncle que Louis XI parvint à annexer à la couronne. Le duché de Bar, appartenant au roi René depuis l an 1419, en vertu de la cession que lui avait faite son grand-oncle maternel, le cardinal duc Louis de Bar, excitait d autant plus sa convoitise qu’il était, pour ainsi dire, une porte ouverte pour communiquer du duché de Luxembourg, la plus orientale des possessions néerlandaises de 1 ancienne maison bourguignonne, avec les deux Bourgognes dont Louis XI s’était saisi après la mort du Téméraire. Le roi négocia donc avec le roi René et, en janvier 1480, ce bon prince lui transporta pour six ans la ville et prévôté de Bar-le- Duc, à la condition de conserver ses droits, dignités et prééminences et de recevoir chaque année une somme de 6.000 livres, stipulant en outre que les habitants conserveraient leurs privilèges. Louis XI fit dès lors gouverner en son nom Bar-le-Duc et plusieurs autres villes du duché qu’il garda jusqu'à sa mort et

qu'il put laisser à Charles VIII en vertu de cet engagement temporaire et bien que le duché de Bar dût, aux termes du testament du roi René, passer au petit-fils maternel de ce prince René II, duc de Lorraine.

Ce n’était pas à René II que son aïeul laissait son beau comté de Provence : il l’avait légué, en même temps que ses droits à la couronne de Sicile, au seul mâle survivant de la maison d’Anjou, son neveu, le comte Charles II du Maine ; mais celui-ci ne survécut que dix-sept mois seulement à son oncle et mourut le 12décembrê 1481, ayant institué pour légataire de tous ses biens le roi de France, dont il était le cousin germain. Après cette mort, Louis XI entra en possession de la Provence qui répondait alors à nos trois départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Basses- Alpes, plus une petite partie des Alpes-Maritimes actuelles, du comté du Maine formé, en 1440, d’un démembrement de l’apanage d’Anjou, ainsi que des autres seigneuries du défunt. Mais le duc de Lorraine forma opposition, non seulement contre le testament du comte Charles, qui était hors d’atteinte, mais contre celui de son aïeul, alléguant que la Provence et le royaume de Naples ayant été souvent gouvernés par des femmes, ils appartenaient légitimement à sa mère et qu’ainsi le roi René n’avait pu anéantir des droits positifs par un acte arraché à sa faiblesse. Le roi de France, de son côté, put faire valoir contre René II un pacte de famille et d’anciens testaments de deux princes de la première maison d’Anjou qui avaient appelé à leur succession des mâles, quoique dans un degré plus éloigné, préférablement aux filles. La question resta indécise pendant le reste du règne de Louis XI qui demeura en jouissance par provision ; mais Charles VIII la décida de fait en réunissant ou, pour mieux dire, en annexant à perpétuité la Provence à la couronne par lettres patentes du mois d’octobre 1486.

C’est ainsi que les Valois prirent possession d’une province jusque-là étrangère au royaume de France et qui, située au sud du Dauphiné, s’étendait, comme lui, entre le Rhône et les Alpes; à partir de cette époque, ils prirent ce titre de « comte de Provence et de Forcalquier» encore employé en 1789 par Louis XVI dans ceux des actes royaux qui regardaient cette belle part de l’héritage du roi René.

Dans un règne de vingt-deux ans, Louis XI avait, vous le voyez, considérablement accru la puissance royale, sans avoir été

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