AFFAIBLISSEMENT DE LA GRANDE FÉODALITÉ
toujours bien scrupuleux quant aux moyens; sur plusieurs points il avait définitivement reculé d’une manière fort sensible les limites du royaume par l’adjonction de plusieurs provinces, les unes de tout temps étrangères à la France capétienne, telles que le comté de Bourgogne, entre la Saône et le Jura, la Provence, entre le Rhône et les Alpes, les antres qui en étaient depuis longtemps séparées, telles que le Roussillon et la Cerdagne, entre les Corbières et les Pyrénées. 11 joignit successivement au domaine royal, en plus de ses diverses provinces, la Picardie septentrionale cédée en 1435 à Philippe le Bon, le duché de Bourgogne constitué en apanage par le roi Jean en 1363, l’Anjou puis le Maine, tous deux détachés du domaine en 1356, enfin le duché de Bar qui, jusque-là, avait eu ses princes particuliers. Toutefois ces diverses provinces n’étaient pas toutes venues en la possession royale à titre définitif ; ainsi le Barrois n’avait été transporté au souverain que pour six années, de 1480 à 1486 ; le Roussillon et la Cerdagne étaient à la merci d’un rachat ; l’Artois et la Franche -Comté allaient même faire retour à la maison d’Autriche par suite de la rupture du mariage convenu entre Charles VIII et Marguerite d’Autriche. Mais ce profond politique qu’était Louis XI, ce prince sans scrupules, peu disposé à lâcher ce qu’il avait une fois pris, ne devait pas beaucoup s’effrayer de ce que pareille possession avait de précaire. Déjà ses prédécesseurs, plus foncièrement honnêtes que lui, avaient, en plus d’un cas, notamment pour maintenir l’union de l’important comté de Champagne et de Brie, usé de toutes sortes de moyens dilatoires pour garder certaines provinces dont l’abandon à une nouvelle dynastie féodale eût paru contraire à l’intérêt de la couronne. Louis dut s’endormir de son dernier sommeil en espérant bien que son fils n’abandonnerait pas facilement les provinces nouvellement acquises.
Ainsi deux grandes maisons féodales issues des Valois s’étaient éteintes vers la fin du règne de Louis XI, affaiblissant d’autant cette superbe aristocratie qui avait formé, en 1464, la ligue du Bien Public. Charles, duc de Berry, puis de Guyenne, était mort à vingt-cinq ans sans faire souche. La puissance de la maison d’Armagnac était abattue : Jean V, chef de la branche aînée, rétabli en 1461 dans ses domaines confisqués, ayant payé Louis XI d’ingratitude en participant à la ligue età la guerre du Bien Public, avait perdu définitivement, en 1469, ses biens dont un arrêt du
Parlement prononcé le7 décembre 1470 déclara ensuite la confiscation ; enfin une mort tragique avait, en 1473, dignement couronné l’existence criminelle de ce haut baron. Son cousin germain de la branche cadette, Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, comte de Pardiac, de la Marche et de Castres, était devenu l’époux de Louise d’Anjou, fille du comte du Maine et cousine germaine du roi ; il périt sur l’échafaud, le 4 août 1477, après avoir participé à tous les complots, à toutes les révoltes ourdies contre le roi et obtenu plusieurs fois son pardon ; une partie de ses riches dépouilles vint accroître le domaine, tandis que l’autre allait au seigneur de Beaujeu, de la maison de Bourbon, gendre du roi.
La maison d’Alençon, également rétablie dans ses biens par Louis XI au début de son règne, avait aussi été frappée, bien que moins cruellement. De nouveaux crimes contre le roi avaient contraint celui-ci à sévir contre le duc Jean II : arrêté en 1472, celui-ci fut de nouveau condamné à mort en 1474 et vit une seconde fois commuer la peine capitale en prison perpétuelle. René, fils de Jean II, lui succéda en 1476 dans toutes ses possessions par la clémence du roi auquel il était demeuré fidèle durant la ligue du Bien Public ; mais bientôt sa vie dissolue contribua à lui faire perdre la faveur royale. Devenu suspect au monarque, il fut déféré au Parlement qui, le 22 mars 1483, le condamna à implorer la clémence de Louis XI et à recevoir dans ses châteaux une garnison royale.
Seules les maisons de Foix, d’Orléans, de Bretagne et de Bourbon, — et encore cette remarque n’est-elle applicable aux Bourbons qu’en ce qui touche à la branche aînée de cette famille — seules, ces maisons n’étaient pas en décadence absolue ; mais leur avenir semblait être à la merci d’une ou deux frêles existences ou de la fécondité d’unions parfois mal assorties.
La maison de Foix par exemple, ou plutôt la branche aînée de cette famille, après être arrivée au trône de Navarre (1479). tomba en quenouille dès 1483, et ses riches propriétés allaient mettre la maison d’Albret hors de pair dans la noblesse du sud ouest et lui donner une couronne royale. La branche d’Orléans n’était, en 1483, représentée que par Louis d’Orléans âgé de vingt et un ans et marié contre son gré à la vertueuse, mais disgracieuse, Jeanne de France, fille cadette du roi, et par le comte d’Angoulême, Charles, son cousin germain, âgé de vingt-quatre ans et