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CONCESSIONS D ANNE DE BEAUJEU

ce que ce père eût fait à sa place et céda, avec une bonne grâce apparente, ce qu’elle espérait bien regagner plus tard Le peuple fut gratifié d’une remise partielle de la taille ; l’armée fut réduite, et les aliénations excessives du domaine furent révoquées. On satisfaisait ainsi le populaire ; mais, d’autre part, pour se concilier la grande féodalité, on accorda faveurs et dignités à Louis, duc d’Orléans, et au comte de Dunois, son cousin germain, fils et héritier du fameux bâtard, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, et au duc de Bourbon ; enfin Anne examina les réclamafions territoriales de plusieurs membres de cette aristocratie. Le duc de Lorraine, René II, revendiquant le duché de Bar et le comtéde Provence, obtint gain de cause sur le premier point dès 1484, tandis que le comté de Provence fut déclaré définitivement uni à la couronne par lettres patentes d’octobre 1486. Les fils de Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, furent admis à réclamer son héritage ; on leur restitua le duché de Nemours confisqué sur leur père, ainsi que le comté de Guise et plusieurs domaines qu’ils réclamaient du chef de leur mère, Louise d’Anjou ; mais ils durent renoncer au comté de la Marche donné par Louis XI à son gendre, le sire de Beaujeu. Louis de la Trémoïlle reprit possession delà vicomté de Thouars, avec ses annexes, c’est-à-dire de ce bel héritage poitevin que Louis XI détenait depuis l’an 1462, en vertu d’une donation frauduleuse de Louis d’Amboise, vicomte de Thouars. Charles d’Armagnac, qui, depuis quatorze ans, expiait dans les cachots de la Bastille le crime d’appartenir à la maison si cruellement frappée sous le dernier règne en la personne du comte Jean Y et du duc de Nemours, entra en possession des domaines de la branche aînée de sa maison dont la mort tragique de Jean V, en 1473, l’avait fait le chef. Cependant le Conseil du Roi limita sagement les effets de cet acte de clémence en ne lui accordant la jouissance des comtés d’Armagnac, de Fezensacet de Rodez, et des vicomtés de Lomagne et de Fezensaguet qu’à l’exception des droits régaliens. Cette mesure faisait descendre le nouveau comte d’Armagnac aux rangs inférieurs de la hiérarchie féodale, et encore restreignit-on cet abandon du domaine utile à la vie du possesseur.

Le duc de Bretagne, François II, était, comme au temps de Louis XI, en état d’hostilité latente contre la régente, et sa cour était plus que jamaisle rendez-vous des mécontents. C’est qu’aussi, François II n’ayant pour héritières légitimes que deux filles, la

succession du duché avait éveillé les convoitises royales. Là question cependant ne semblait pas douteuse, la Bretagne étant un fief féminin ; toutefois Louis XI avait entrevu le moyen d’intervenir directement dans la succession, grâce au traité de Guérande, qui, réglant, en 1365, la longue querelle par laquelle, vingtcinq ans durant, la Bretagne s’était vue ensanglantée, avait expressément réservé les droits de la maison de Blois-Penthièvre dans le cas où la postérité de Jean de Montfort viendrait à s’éteindre. Il avait donc engagé, en 1479, le comte et la comtesse de Penthièvre à lui céder à lui-même leurs droits sur la Bretagne pour les faire valoir en cas d’événement, même au détriment des filles de François II ; le prix de la vente fut une somme de 35.000 livres qu’il s’obligea à payer au duc de Nevers, leur gendre, et une autre de 15.000 livres, dont il se chargea envers Isabeau de la Tour, leur créancière. Le roi, de plus, s’obligea à rendre à la comtesse Nicole de Blois où à ses héritiers, dès que lui-même serait en possession du duché de Bretagne, toutes les terres et seigneuries qui, au commencement du siècle, formaient le comté de Penthièvre plusieurs fois confisqué depuis par les ducs bretons. Mais la mort l’empêcha d’exécuter son projet, tandis que François II, médiocrement rassuré par la jeunesse du nouveau souverain, assembla les Etats à Bennes, le 8 février 1486, afin d’assurer sa succession à ses deux filles, Anne et Isabelle. L’assemblée applaudit unanimement à ses vues et promit avec serment d’observer la déclaration qu’il rendit à ce sujet. On ne s’accorda pas aussi bien sur l’importante question de l’époux qu’il fallait donnera la jeune Anne, alors âgée de neuf ans, de sorte que son père mourut, le 9 septembre 1488. sans l’avoir décidée.

Anne, devenue par cette mort duchesse de Bretagne, fut bientôt contrainte d’accepter un époux capable de défendre son héritage. Parmi les prétendants à sa main, son conseil fit préférer le plus puissant et le plus terrible ennemi de la France, le roi des Romains, Maximilien d’Autriche, veuf de l’héritièrede Bourgogne, Marie, qu’il avait épousée en 1477 et perdue en 1481. Le mariage, effectué pa>' procureur dès 1489, fut d’abord tenu secret, et la révélation fit en France l’effet d’un coup de foudre. Ce n’était pas seulement la frontière nord-est menacée parla puissance autrichienne, héritière des états bourguignons, c’était aussi toute sécurité vers l’occident compromise. Que faire en une telle occurrence ? Prendre de force le duché de Bretagne ? L’annexer à

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