MA IU AGES D ANNE DE BRETAGNE
la couronne en vertu des droits acquis de la maison de Blois ? C’eût été renouveler la tentative hardie qui avait si peu réussi jadis à Charles V forcé de sévir contre Jean de Montfort ; et d’ailleurs, l 'opinion publique même hors de Bretagne ne se montrait pas favorable à l’annexion violente de ce pays. En dépit du soin pris par Louis XI d’acquérir les droits de la maison rivale des Montfort, la magistrature française, dans sa scrupuleuse intégrité, n’admettait point la réalité de ses droits, encore moins le droit de conquête. Déjà, en 1488, après la fameuse journée de Saint-Aubin, dont l’issue abrégea les jours du duc François II, la Bretagne se trouvant à la discrétion du roi, le conseil avait agité la question de mettre le siège devant Rennes et de conquérir le duché, mais il l’avait repoussée à la suite de l’intervention du chancelier Guillaume de Rochefort. « Quelle que soit l’utilité de « conquérir la Bretagne, disait ce chef de la magistrature, on ne « peut le faire contre le droit et la raison. Les ambassadeurs « bretons demandent eux-mêmes l’examen des droits du roi : ils « ont raison. Si les droits sont fondés, le roi traitera les Bretons « comme des sujets ; sinon, il s’exposerait à un échec irrépa- « rable. » Charles VIII, sans déposer les armes, dut se préoccuper dès lors d’établir juridiquement ses droits. Il n’y réussit guère et le Parlement, en septembre 1488, persistait malgré ses instances à lui refuser un avis favorable.
Le mariage autrichien déclaré, tous les actes bretons se passaient au nom de a Maximilien et Anne, roi et reine des Romains, « duc et duchesse de Bretagne » ; il ne manquait à la duchesse que la présence de son prétendu mari, retenu par une nouvelle révolte des Flandres. Cependant Charles VIII, agissant en maître, convoquait le 27 octobre 1491, à Vannes, les Etats de Bretagne pour leur demander des subsides. Ces Etats se réunirent et, plutôt que d’être taxés, demandèrent le mariage de leur duchesse avec le roi. Au surplus, le duc d’Orléans, arrivé à Rennes, se chargea de la décider : on dut expliquer à la jeune Anne, qui allait bientôt achever sa quinzième année, que son mariage avec Maximilien n’était pas un Vrai mariage : bref Louis d’Orléans rapporta au roi son consentement. Trois jours après, Charles VIII et la duchesse de Bretagne étaient fiancés en secret, et le mariage fut célébré à Langeais, en Touraine, le 6 décembre suivant. Aux termes du contrat, Anne et Charles se transportaient réciproquement et pour toujours leurs droits sur la Bretagne ; si le roi
mourait le premier sans enfants, la duchesse-reine s’engageait à n’épouser que son successeur ou, à son défaut, le plus proche héritier du trône.
L’union de Charles VIII avec Anne de Bretagne qui, confondant les droits de la maison de Montfort avec ceux de la maison de Blois-Penthièvre récemment acquis par Louis XI, semblait devoir enlever définitivement la Bretagne à la féodalité pour en faire une possession royale, fut certainement accueillie comme un événement des plus heureux pour la France elle-même qui alors s’incarnait véritablement dans la royauté. Les applaudissements de la nation trouvèrent plus d’une façon de se manifester et le Roman de Jehan de Paris, roy de France, inspiré par la manière dont Charles VIII fut, en cette occasion, substitué à Maximilien n’est pas une des moins significatives. Et cependant cette solution, si désirable qu’elle fût, lançait notre pays dans une nouvelle guerre. Le roi des Romains ne pouvait endurer, sans tenter de s’en venger, le double affront que Charles venait de lui faire en lui enlevant la princesse qu’il avait lui-même épousée par procureur et en lui renvoyant sa fille Marguerite qui, depuis onze ans, était élevée en France pour être unie à ce monarque ; double affront d’ailleurs assez mérité, car Maximilien, rompant sans motif, dès 1486, le pacte d’Arras, avait alors traité son futur gendre en ennemi.
La coalition de l’Angleterre, de l’Autriche et de l’Espagne qui, en 1491, au cours des différends de Bretagne, menaçait la France, put alors se resserrer : mais les deux alliés de l’Autriche ne désiraient au fond qu’une paix fructueuse. Henri VII n’entra en campagne qu’après avoir, en juillet 1492, entamé des pourparlers avec Charles VIII. Cette fois l’expédition anglaise, descendue au commencement d’octobre à Calais, mit le siège devant Boulogne ; mais au bout d’un mois de vains efforts, on conclut à Etaples un traité qui détachait Henri VII de l’alliance autrichienne. Maximilien eut plus de succès dans ses tentatives pour recouvrer la dot de sa fille Marguerite. La trahison le rendit maître d’Arras et plusieurs places artésiennes capitulèrent également ; d’autre part la Franche-Comté se soulevait contre les Français. Après une tentative infructueuse sur Amiens, Maximilien, à court d’argent, consentit à une trêve d’un an
Charles VIII aurait dû, dans l’intérêt du royaume, poursuivre la lutte contre la maison d’Autriche pour sauvegarder notre fron-