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TRAITÉ DE BARCELONE

tière du nord et de l'est. Il n’en fit rien, hanté qu’il était parle désir de faire valoir à Naples les droits à lui transmis par la maison d’Anjou, et obéissant d’ailleurs au mouvement général qui, depuis quatre siècles, entraînait les Français vers l’Orient, et au mouvement particulier qui, depuis plus de cent cinquante ans, portait les princes de la maison de Valois à préluder aux conquêtes orientales en prenant pied au delà des Alpes. On n’a peut-être pas assez mis en lumière que, même avant leur accession au trône de France, l’Italie avait été l’objet de leurs constantes préoccupations. N’avait-on pas vu Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, puis son fils, le futur roi Philippe VI, intervenir dans les querelles intérieures de ce pays ? Et depuis qu’ils avaient recueilli la couronne royale, les regards des Valois ne s’étaient-ils pas retournés du côté de l’Italie toutes les fois que la lutte séculaire contre l’Angleterre ou les discordes intestines leur en avait laissé le répit ? Cédant d’autre part à ceux de ses conseillers qui jugeaient la paix nécessaire, et qui trouvaient avec raison que le roi de France ne pouvait, sans blesser l’honneur, garder plus longtemps la dot de Marguerite, Charles VIII se décida à faire la paix pour s’assurer le consentement ou la neutralité de ses adversaires pendant son expédition vers l’Italie méridionale. Sans doute le terrain était mauvais pour continuer la lutte contre la puissance austro- bourguignonne ; l’honnêteté foncière de la maison capétienne l’emporta dans lame du roi, alors que ses antagonistes, le roi des Romains et Ferdinand le Catholique, eussent certainement tenu, dans les mêmes circonstances, une conduite toute différente.

Deux traités mirent donc fin à la guerre : celui du 18 janvier 1493, à Barcelone, avec Ferdinand; celui du 23 mai suivant avec Maximilien, à Senlis.

Ferdinand était le fils du vieux don Juan II, roi d’Aragon, qui, en 1462, avait engagé à Louis XI moyennant 200.000 écus d’or les comtés de Roussillon et de Cerdagne. S’il avait fait alliance avec Maximilien, c’était avec l'espoir de rentrer, sans bourse délier, dans les provinces que ni son père ni lui n’avaient pu racheter et qui, depuis trente ans qu’elles étaient gouvernées parla France, avaient fini par apprécier sa domination. Cet espoir fut réalisé par le traité de Barcelone contre lequel Perpignan, naguère si hostile aux Français, protesta fort énergiquement.

Ferdinand et la reine Isabelle, sa femme, renouvelèrent à ce

prix la vieille alliance qui, durant plus d’un siècle, avait si étroitement uni la Castille à la France ; ils promirent de ne jamais marier leurs enfants à ceux du roi des Romains ni de Henri VII et de ne pas s'opposer aux projets de Charles VIII sur Naples, toutes clauses qui ne tardèrent pas à être violées, tant était naturelle à Ferdinand l’idée de tromper ses adversaires ; car c’est de ce prince qu’on raconte ce trait plaisant : instruit que Louis XII se plaignait d’avoir été trompé deux fois par lui, il s’écria : « Il en a menti, l’ivrogne I je l’ai trompé plus de dix fois ! »

Le traité de Senlis, conclu avec Maximilien, avait un avantage sur le traité de Barcelone : il mettait fin aux protestations du roi des Romains contre le mariage de la duchesse Anne avec Charles VIII qui nous assurait la réunion de la Bretagne. Par compensation, la Franche-Comté devenait une fois encore complètement étrangère au royaume ; l’Artois passait également au gendre de Charles le Téméraire et à son fils, l’archiduc Philippe, mais les Français y conservaient les places fortes de Hesdin, Aire et Béthune où ils s’étaient maintenus : cependant le jour où Philippe aurait vingt ans, soit en 1498, elles devaient lui être rendues en échange d’Arras, l’Artois ne cessant pas d’ailleurs de relever du royaume ; puis les comtés de Mâcon et d’Auxerre ainsi que la châtellenie de Bar-sur-Seine, compris dans la dot de Marguerite, restaient à la couronne en attendant une attribution définitive.

Il est utile de signaler, à propos du traité de Senlis, la restriction de sens donnée au nom d’Artois, nom qui, depuis Philippe Auguste, désignait la partie du comté de Flandre alors détachée de ce grand fief, comprenant le Boulenois, placé, à partir de 1237, sous la suzeraineté du nouveau comté d’Artois. Durant deux siècles et demi, on ne cessa point de considérer, et ajuste titre, le Boulenois comme une dépendance de l’Artois féodal et il en fut ainsi jusqu’à la mort de Charles le Téméraire ; c’est alors que ce pays en fut démembré par l’astucieux Louis XI, après avoir été possédé, en fait depuis 1419, en droit depuis le traité d’Arras (1435), par Philippe de Bourgogne, puis par son fils, au mépris des droits des anciens comtes d’Auvergne et de Boulogne- Apprenant la mort de son cousin, Louis XI rendit le comté, de Boulogne à son légitime possesseur, Bertrand de la Tour, comte d’Auvergne ; puis, le 24 janvier 1478, il l’acquit de ce seigneur qui reçut en échange le comté de Lauraguais en Languedoc.

THAITÉ DE SENLIS

Maître sans retour du Boulenois, Louis XI imagina un expédient pour l’affranchir de la suzeraineté du comté d’Artois dans lequel il prévoyait que les héritiers de Charles pourraient un jour rentrer ; afin d’en assurer l’indépendance, de son autorité royale, il transporta l’hommage du comté de Boulogne à la statue de Notre-Dame révérée à Boulogne. En conséquence la sainte Vierge fut reconnue pour la seule souveraine de la ville et du comté de Boulogne ; le roi se déclara son vassal pour le relief d’un cœur d’or du poids de treize marcs que lui et chacun de ses successeurs au trône lui paieraient à leur avènement en lui faisant hommage du comté. Il en fit expédier de Hesdin, au mois d’avril 1478, les lettres patentes, enregistrées au Parlement le 18 août suivant ; après quoi il rendit hommage lui-même entre les mains de l’abbé de Notre-Dame de Boulogne, dans la chapelle de la Vierge, devant son image, et accompagné de toute la cour. La même année 1478, Louis, étant à Arras, donna le 18 avril d’autres lettres patentes pour l’érection de la sénéchaussée de Boulenois, voulant qu’elle ne fût plus responsable « ne à la couronne d’Artois, ne à autre quelconque justice, sauf, dit-il, à notre cour de Parlement ». Grâce à ce subterfuge, le Boulenois demeura à la France en 1493, alors que l’Artois était rendu à la maison d’Autriche ; il ne fit jamais, par suite, partie des Paj's-Bas autrichiens; et c’est pourquoi, appartenant à d’autres maîtres que cette province, il fut rattaché au gouvernementgénéral de la Picardie, dont il faisait encore partie en 1789.

Quant à la Flandre Wallonne, c’est-à-dire les châtellenies de Lille, Douai et Orchies, retenues depuis 1477 et contre tout droit par les Flamands, elles leur restèrent, le traité de 1482 ayant interdit leur revendication si le mariage de Charles VIII avec Marguerite manquait par le fait de la France.

Dix mois après avoir conclu le traité de Senlis, Charles VIII quittait son royaume pour faire la conquête de Naples ; dans son idée, ce n’était que la première étape d’une expédition qui devait aboutir à délivrer Constantinople occupée par les Turcs depuis 1453. Il n’entre pas dans mon cadre de raconter cette rapide conquête, puis la perte presque aussi rapide de l’état napolitain. Je me contenterai de dire que l’abandon du Roussillon et de la Cerdagne en vertu du traité de Barcelone fut une véritable duperie pour la France puisque le roi d’Espagne viola les engagements qu’il avait pris, une première fois le 31 mars 1495, en

38a CHARLES VIII ET LOUIS XII. - RÉUNION DE LA BRETAGNE

signant avec l’empereur Maximilien, le Pape, la République de Venise et le duc de Milan, un pacte d’alliance contre le conquérant de Naples ; une seconde fois, en 1496, en mariant son fils et deux de ses filles aux deux enfants de Maximilien et au fils aîné du roi d’Angleterre. Les événements se chargeaient de donner tort au jeune roi, victime à la fois de sa loyauté et de son grand cœur.

Cependant Charles VIII ne fut pas découragé par les résultats finalement négatifs de cette première et brillante expédition d’Italie; sollicité cette fois par la plupart des coalisés de 1495, il pensait en reprendre la conquête quand un accident mit fin à son règne, le 7 avril 1498.

Charles VIII, mort dans la vingt-huitième année de son âge, ne laissait aucun enfant d’Anne de Bretagne, quoi qu’elle lui eût donné trois fils et une fille. En lui s’éteignait la postérité masculine de Charles VI, et la couronne, de par la loi, passait naturellementàLouis, duc d’Orléans, arrière-petit-fils de Charles V duquel il descendait par cet autre Louis, duc d’Orléans, dont le meurtre par Jean-sans-Pew, en 1407, avait été le prélude des guerres civiles et étrangères qui, réunies, avaient désolé la France pendant près d’un demi-siècle.

La transmission de la couronne s’opéra sans agitation et sans obstacle. Louis prévint une opposition éventuelle en rassurant ceux-là mêmes à qui sa conduite pendant la minorité de Charles VIII aurait pu inspirer quelque défiance. Mais, comme Louis XI en 1461 et après la guerre du Bien Public, comme Anne de Beaujeu à l’avènement de son frère, il dut se résigner à certains sacrifices.

Les plus importants furent motivés par les réclamations de l’ancienne régente dont l’époux, Pierre, d’abord seigneur de Beaujeu et comte de la Marche, avait recueilli, en 1488, à la mort de son frère Jean II, l’héritage entier de la branche ducale de Bourbon.

La duchesse Anne de Bourbon ne réclamait pas seulement une partie de sa dot personnelle, — dot qu’on ne lui avait jamais versée, — mais encore le bénéfice de stipulations faites pour son

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