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ABANDON DES DROITS DU ROI SUR LE DUCHÉ DE BOURBON

mariage avec Nicolas, duc de Calabre, mariage qui d’ailleurs n’avait pas été accompli ; elle demandait aussi la fortune personnelle du roi défunt, c’est-à-dire ses biens meubles, les dots des dernières reines, la moitié des acquêts de la succession et, chose plus grave encore, le montant des legs faits aux rois. Cette dernière mention visait spécialement la Provence et la possession éventuelle du royaume de Naples léguées à Louis XI et au Dauphin par le dernier comte du Maine. De ces revendications, la première seule se justifiait ; quant aux autres, le droit public les repoussait parce motif qu’un roi de France ne possédait pas de domaine privé, tous ses biens se confondant avec le domaine de la couronne.

Louis XII, pour éteindre ces revendications, peut-être aussi pour obtenir de la duchesse qu’elle mît fin aux rumeurs séditieuses qui couraient dans son entourage (on insinuait qu’il avait perdu les droits au trône par sa rébellion pendant la minorité de Charles VIII), Louis prit une résolution qui dut combler les vœux secrets du duc et de la duchesse de Bourbon. Dans une ordonnance où il rendait un hommage public et formel à leurs services, il déclara, lui, roi, abandonner en faveur de Suzanne, leur fille unique, le droit de réversibilité qui frappait le duché de Bourbonnais, à défaut d’héritier mâle, en vertu du traité conclu en 1400 entre le duc de Bourbon et le roi Charles VI.

Les historiens modernes ont beaucoup critiqué cet acte de Louis XII : il est évident que, sans y faire d’ailleurs aucune allusion, le roi renonçait ainsi à profiter des stipulations du contrat de mariage de Madame Anne, stipulations dictées par le roi Louis XI et d’après lesquelles tous les biens de la branche ducaledeBourbon, quoique fiefs féminins d’origine, devaient, si le sire de Beaujeu en héritait un jour, retourner à la couronne au cas où il décéderait sans enfant mâle; mais cette renonciation tacite était en elle-même un acte de justice, car il semble bien que Louis XI avait, dans l’espèce, usé de contrainte vis-à-vis de son gendre.

Quant à l’abandon des droits du roi sur le duché de Bourbon, il y aurait bien des choses à dire : Louis XII, d’abord, ne partageait certainement pas, au point de vue de la loi sur les apanages, le sentiment de son beau père et il n’était pas d’humeur, comme ce dernier l’avait fait pour la Bourgogne et pour l’Anjou, à méconnaître les droits de représentants mâles des branches

collatérales. Or la descendance mâle issue du mariage de Jean Ier, duc de Bourbon, avec Bonne de Berry, ne s’éteignait pas avec Pierre de Beaujeu : il existait encore une branche, celle de Montpensier, sortie d’un fils cadet du duc Jean Ier ; de cette branche, la déclaration royale lésait les espérances en ce qui concernait le duché de Bourbon. Il est vrai que Suzanne de Bourbon était fiancée au chef de cette branche, Louis, comte de Montpensier, et que ce mariage arrangeait tout ; mais le comte de Montpensier était d’un caractère difficile et mal équilibré : i apprenant la décision de Louis XII, il quitta le château ducal de Moulins où il vivait comme l’enfant de la maison, brusquement, sans même prendre congé, et signifia une opposition.

C’était la rupture entre les deux branches des Bourbons et par suite le démembrement forcé de leur vaste héritage, le plus bel apanage féodal qui restât dans le royaume. Suzanne porterait le duché de Bourbon à son époux avec les fiefs féminins de la Marche, de Forez et de Beaujeu; tandis que Louis de Montpensier eût recueilli, semble-t-il, le duché d’Auvergne et le comté de Clermont enBeauvaisis, fiefs masculins : dénouement heureux cependant au point de vue de la royauté, qui divisait ainsi une formidable puissance féodale s’étendant depuis le comté de la Marche, à l’ouest, jusqu’à l’extrémité du pays des Dombes, à l’est ; depuis la limite méridionale du Berry, au nord, jusqu’à l’extrémité septentrionale du Bouergue, au sud. Malheureusement Louis de Montpensier mourut en 1501 dans l’expédition d’Italie et, quatre ans plus tard, Madame Anne, qui venait de perdre son mari, obtenait la rupture des nouvelles fiançailles de sa fille avec le duc d’Alençon et la mariait au frère du feu comte de Montpensier, à Charles de Bourbon, le futur connétable, devenu par la mort successive de son frère et de l’époux d’Anne, le chef de la maison ducale.

L’ancienne régente de 1483, vraie fille de Louis XI, était ainsi arrivée au but suprême de ses désirs : rétablir la puissance territoriale de la maison ducale de Bourbon. Dès lors elle plaça ce but tellement au-dessus de l’intérêt comme de la grandeur de la maison royale représentée par son frère que, plus tard, elle ne craignit pas de donner au mari de Suzanne, à Charles de Bourbon, ce conseil trop bien suivi : « Je vous prie et vous commande « que vous preniez l’alliance de l’Empereur ». « Par sa coupable « ambition comme par ses talents politiques, Anne de France », comme l’a dit M. H. -François Delaborde, le dernier historien de

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