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MARIAGE DE LOUIS XII ET D ANNE DE BRETAGNE

l’expédition de Charles VIII en Italie, « Anne justifie le jugement « que Brantôme a porté sur son compte : — Elle estoit, disait-il, le « vray image en tout du royLo3Ts,son père... C’est seulement tant « qu’ils exercèrent l’autorité royale », ajoute M. Delaborde, « que « Louis XI et la duchesse de Bourbon travaillèrent dans l’intérêt « de la France ; le père, avant d’en être investi, la fille, quand elle « dut labandonner, eurent une conduite également déloyale et « anti-française. »

La digression à laquelle j’ai dû me livrer au sujet de l’héritage des Bourbons, nous a fait perdre de vue l'une des conséquences, la conséquence la plus grave peut-être de l’avènement de Louis XII au trône de France. Conformément au contrat de mariage de Charles VIII, Anne de Bretagne, veuve, sans enfants et âgée seulement de vingt et un ans, demeurait maîtresse absolue de son duché, unissant à ses droits propres ceux que Louis XI avait acquis de la maison de Blois-Penthièvre. A la vérité, aux termes de ce même contrat, elle ne pouvait épouser que le nouveau roi de France ou, à son défaut, le plus proche héritier du trône; mais cette clause semblait irréalisable, Louis XII étant marié, et comment songer au premier prince de sang? Lejeune comte d’Angoulême avait alors quatre ans.

Cependant le successeur de Charles VIII n’hésita pas un instant. Louis XI 1 avait uni, contre son gré, à sa seconde fille, Jeanne de France, princesse laide et contrefaite, dans le dessein à peine dissimulé d’éteindre en lui la maison d’Orléans. « lis « n’auront guère à besogner, avait écrit ce monarque à Dammar- « tin, pour nourrir les enfants qui viendront de ce mariage ; tou- « tefois se fera-t-il, quiconque en veuille parler. » Louis XII demanda donc et obtint du pape Alexandre VI l’annulation de son union avec la sœur cadette du dernier roi.

Trois semaines après cette annulation, Louis XII épousait, le 4 janvier 1499, dans le château de Nantes, la veuve de Charles VIII. Le contrat de mariage signé par les principaux seigneurs de France et de Bretagne fut beaucoup moins avantageux pour la couronne que ne l’avait été celui de Charles. Anne et ses sujets rêvaient le rétablissement de l’indépendance bretonne ; aussi exigèrent-ils que le duché fût destiné au second enfant, mâle ou femelle, à naître du futur mariage ou, si les époux n’avaient qu’un héritier, au second enfant de cet héritier ; si la duchesse mourait sans enfants avant le roi, Louis XII garderait la Bretagne sa vie

durant, mais après lui elle retournerait aux plus proches hoirs de la reine Anne. Malgré ce nouveau mariage, la Bretagne ne tenait encore à la France que par un lien bien faible. On ne tarda pas à le sentir. Deux fois reine de France, Anne de Bretagne ne fut jamais une bonne Française et jamais elle n’associa dans ses affections les intérêts du royaume à ceux de son duché. En 1501, Louis, circonvenu par les obsessions de la reine, consentit à fiancer une enfant de deux ans, sa fille Claude, alors unique, i avec Charles d’Autriche, petit-fils de l’empereur Maximilien, en > lui assignant pour dot les pays que les Français occupaient alors i au delà des monts, — le duché de Milan, le territoire de Gênes , et le comté d’Asti — ainsi que les duchés de Bretagne et de Bourgogne et même le comté de Blois. Le résultat le plus clair de ce projet incroyable eût été d’enlever la Bretagne à la France, en la livrant à la maison d’Autriche à laquelle on avait entendu l’arracher, en 1491, par le mariage de Charles VIH, et cela au moment où cette maison allait atteindre une effrayante prépondérance en absorbant le vaste héritage espagnol, vingt-cinq ans après avoir recueilli l'héritage bourguignon

Ce fut au cours d’une dangereuse maladie qui faillit l’enlever en 1505 que Louis XII, mieux éclairé par le cardinal d’Amboise, révoqua, par un testament secret, les engagements pris avec la maison d’Autriche « contre l’utilité du royaume et les promesses « du sacre » ; telles sont ses propres expressions. Il ordonna que sa fille Claude fût mariée au comte François d Angoulème aussitôt qu’elle en aurait l’âge. Cette résolution qui dut tranquilliser sa conscience paraît lui avoir porté bonheur : au moment où l’on n’attendait plus que le dernier soupir, une amélioration se produisit dans son état et sa santé se rétablit peu à peu- Il maintint dans sa convalescence ce qu’il avait cru ordonner au lit de mort. Le testament du 10 mai fut renouvelé le 31 mai et confirmé par le serment de la reine Anne. Un conseil de régence fut institué en cas de mort du roi et l’on prit les mesures nécessaires pour les fiançailles du comte d’ Angoulème et de Claude de France.

Cependant Louis XII, redoutant toujours les obsessions de sa femme et éprouvant quelque embarras à déchirer ses traités avec la maison d’Autriche, manœuvra de façon à se faire imposer cette résolution par la nation qui, depuis 1485, n’avait point eu de part directe aux affaires publiques et qu’il ne pouvait appeler à y intervenir dans une meilleure occasion. Ce fut chose facile, l’opi-

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